Souvenirs d’enfance au village

 

Le village de mon enfance et de mon adolescence n’a pas connu l’essor touristique de Cadenet, ni la floraison des activités associatives gauchistes; c’est un village sans attrait paysager, où le soleil n’est jamais bien fort, où les aléas du ciel inspirent peut-être méfiance et prudence aux habitants. Mais si j’en crois Le Goff, les gens du Sud sont également très réservés et peu enclins à « l’ouverture aux autres » tant vantée par les bobos parisiens (qui ne la pratiquent guère !). Au Midi comme à l’Ouest, en Provence comme en Bretagne, l’amitié des autochtones ne se donne pas facilement; il faut la conquérir, et toute conquête n’est jamais acquise; le « vivre ensemble » est une affaire bien plus compliquée que ce qu’en croient les petits ravis de la crèche du républicanisme citoyen ! – Déjà, vivre à deux…  

C’est par la petite école, privée, mixte, catholique, que je suis entré dans la « communauté villageoise »; les rapports de mes parents au village ont été d’abord difficiles, car ils venaient d’une autre région (bien qu’ils fussent nés ou eussent grandi au village); mon père fut en butte, je crois, à une certaine hostilité de la part d’une sorte de petite « oligarchie » locale, qui voyait d’un mauvais oeil ce paysan entreprenant de 40 ans (qui reprenait l’exploitation de son père). La rigueur voire la dureté de nos conditions de vie, je parle de ma famille, déclenchaient certaines remarques malveillantes au coeur du village où régnait une plus confortable douceur de vivre. Je pus me rendre compte en effet en allant jouer chez des copains qu’ils étaient mieux installés que moi, qu’ils avaient leur propre chambre, et bénéficiaient d’une hygiène de vie que je n’avais pas. L’entente avec le curé et les nouveaux instituteurs de CM1-CM2 ne fut pas non plus très bonne; mon père ne voulait pas m’inscrire à une « classe verte » de quinze jours dans les Alpes; or ce refus risquait d’entraîner l’annulation totale du projet; il dut céder. Cette histoire ne me fut révélée qu’il y a une vingtaine d’années par mon ancien instituteur, qui avait gardé le silence sur l’opposition de mon père; j’en fus très ému. Je garde de très bons souvenirs des années 1970, je travaillais bien à l’école, j’aimais lire, et même écrire, j’allais à la messe tous les dimanches avec mon vélo, et je jouais au foot dans le club du village; j’étais un enfant très doux et très souriant, je plaisais beaucoup aux grands-mères.

Le séjour de classe verte à Bourg-Saint-Maurice dans les Alpes (juin 1978) fut un très grand moment de découverte et de camaraderie; nous en reparlons encore aujourd’hui entre copains, avec un peu de tristesse et de tendresse, car l’un d’entre nous a disparu à l’âge de 22 ans. Nous étions trois garçons alors à « aimer » la même fille, qui avait du reste une apparence « garçonne »; je crois qu’elle en « aimait » un des trois, mais je suis sûr que ce ne fut pas moi; mes jeux de mots l’exaspéraient, je l’entends encore ricaner. Elle habite toujours au village, célibataire, comme moi, et on ne l’a jamais vue avec « quelqu’un » ni avec « quelqu’une » (longtemps ce fut mon hypothèse !). « Allez, vous feriez un beau couple de retraités ! » me dit parfois un de mes copains. Sans doute pas, car l’humour en vieillissant ne s’arrange pas.

L’autre facteur de camaraderie villageoise fut bien sûr le foot; j’y ai joué de 11 à 18 ans; pour bien jouer, avec entrain et discipline, il faut une bonne entente entre les joueurs et avec l’entraîneur; je me souviens de très bons matchs, malgré les pelouses en mauvais état et les conditions climatiques difficiles; mais à partir de 15, 16 ans, certains comportements changent, la sexualité entre en ligne de compte et perturbe l’harmonie du jeu; on s’étonne en se moquant d’un copain qui n’a pas de « jus » sur le terrain: « alors ? qu’est-ce que t’as foutu cette nuit ? » Réunir l’équipe n’est pas toujours facile, certains joueurs ne peuvent pas venir aux entraînements (ceux qui sont internes dans des lycées éloignés). La dispersion s’aggrave avec les 17-18 ans; je dus moi-même interrompre le foot pour mieux préparer le bac; puis, voyant le jeu se durcir, et mon « intégrité physique » menacée, d’autant plus que j’étais un bon dribbleur, je décidai de me retirer du club au moment où je devais aussi quitter le village pour aller à l’université.

Si je limite l’enfance à 15 ans, elle fut aussi marquée par l’obligation d’aller à la messe; Le Goff consacre un chapitre à l’évolution de la pratique religieuse à Cadenet, village pourtant anti-clérical de gauche; dans le mien, ni anti-clérical ni de gauche, on retrouve pourtant les mêmes attitudes; beaucoup de « simagrées » comme disait mon père, désignant par là les « grenouilles de bénitier », et la petite oligarchie villageoise toujours proche du curé; je me souviens surtout de l’éclairage de l’église, très intense dans les grandes occasions, mais beaucoup plus terne et austère la plupart du temps; qui plus est, l’église était froide à cause de l’humidité du béton et du ciment au sol. Je crois que je regardais plus que je n’écoutais; mais « l’oeil écoute » comme dirait Claudel. Je regardais souvent le grand vitrail latéral qui représentait un prêtre poignardé par des protestants lors des guerres de religion; à l’arrière-plan l’église était en flammes; en fixant longuement la scène, on pouvait voir les flammes trembler, et le poignard s’enfoncer plus profond. Mais si je tournais le regard de l’autre côté, vers l’assistance et les bancs du centre, parfois s’y trouvait une jeune fille que j’appréciais, dont le profil pouvait présenter un petit intérêt esthétique; le recueillement de la messe est l’occasion d’exagérer certaines idées.

Au-delà de 15 ans, le bar ou le « café des sports » tend à remplacer la fréquentation de l’église; s’y produisent d’autres comportements, d’autres réflexions; je ne garde pas de très bons souvenirs de ce lieu dit de sociabilité; très vite je compris que ma conversation n’y était pas vraiment adaptée; si j’ai un petit talent pour les jeux de mots, je n’ai pas le sens de la répartie et de la réplique; les jeux, billard, flipper, baby-foot, ne m’ont jamais intéressé non plus; je m’y suis essayé, mais sans élan et comme persuadé instinctivement que ce n’était pas mon style. Après 15 ans la recherche du style est parsemée de tentatives et d’hypothèses. On passe beaucoup de temps quand même à chercher ce qu’on a sans doute déjà trouvé auparavant mais sans le savoir. « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé » lit-on dans les Evangiles. Eh oui.

Le village a bien changé depuis trente ans; des lotissements ont été construits, mais le bourg en lui-même s’est vidé, le garagiste est parti, la plupart des bars ont disparu; plus d’épicerie non plus, mais un salon d’esthétique, « Belle et essentielle », juste en face l’église; la question du Salut compte désormais moins que celle de l’épilation. La traditionnelle « fête des poneys » qui marquait la fin des grandes vacances a également disparu; le terrain de courses est aujourd’hui traversé par la nouvelle ligne TGV. Le village participe au Téléthon et encourage la préservation de l’environnement en n’utilisant pas de pesticides pour ses espaces fleuris. Une nouvelle école, publique, a été construite; mes copains, et leurs femmes, contestent toutefois la politique de madame le maire, qui dépense trop d’argent selon eux; la commune est très endettée.

Y passerai-je ma retraite ? Oui, j’aimerais bien me rapprocher de mes copains d’enfance, mais le village ne m’attire pas; je le trouve sans charme aucun, et comme cicatrisé de partout; j’aurais peur d’y voir les blessures du passé.                                                          

La fin du village

 

    Je lis d’une traite le livre de Jean-Pierre Le Goff, La fin du village (1); je m’en veux un peu d’abord de ne pas en avoir entendu parler au moment de sa première publication en 2012. Cela fait cinq ans et au rythme où vont (se dégradent !) les choses, c’est déjà une petite éternité ! Le livre a été salué et récompensé dans le Midi de la France; beaucoup moins au Nord. Jean-Pierre Le Goff, d’origine bretonne (ça alors !) et ayant vécu en Normandie (comme beaucoup de Bretons), a passé ses vacances dans le Luberon à partir des années 1980. Son livre retrace l’évolution du village de Cadenet, situé entre Avignon et Aix.

(1): Jean-Pierre Le Goff, La fin du village, Folio-Gallimard, 2017, 771 pages.

Jean-Pierre Le Goff est un sociologue aujourd’hui en retraite (68 ans), qui a exercé différentes activités « de terrain » avant de publier des essais fort critiques sur l’héritage de Mai 68, sur la Gauche (à l’agonie), sur le « malaise dans la démocratie »; il a également établi une comparaison entre l’idéologie managériale des entreprises et le réformisme pédagogique de l’Education (voir son livre « La barbarie douce », sous-titré: « la modernisation aveugle des entreprises et de l’école ».) – Bref, il s’est acquis une réputation de sociologue dissident, qui se démarque des habituels discours bien pensants des gauchistes subventionnés, des apparatchiks et des pédagos de l’Education. Dissidence toute relative cela dit, qui, à la manière de celle de Michel Onfray, lui permet quand même de passer dans les médias grand public (2).

(2): France-inter, émission de Jean Lebrun du 24 février 2017. Signalons aussi le documentaire télé de Michel Delais, tiré du livre, et diffusé en 2015. Accessible sur youtube en tapant « la fin du village ». 

Le regard critique de l’auteur se retrouve un peu, même dissimulé par le style « neutre » et « objectif » de l’enquêteur de terrain qu’il a été auprès des habitants de Cadenet. Regard critique où je vois même surtout le pessimisme, et peut-être l’inquiétude, d’un homme aujourd’hui « ancien » (et sage ?) qui a constaté la terrible évolution du village, qui justifie amplement le titre choisi pour le livre. Bien sûr, des avis contraires se sont exprimés, et nul doute que les gauchistes associatifs et éducateurs sociaux, les saltimbanques artistes plasticiens, fumeurs de joints et joueurs de djembé, à un degré moindre les « managers » et les « gestionnaires », voire les « féministes » et les droits-de-l’hommiste anti-racistes, se soient sentis égratignés par un livre qu’ils n’auront eu aucune peine, en ne le lisant pas, à taxer de passéisme et de crypto-fascisme !

Oui, Jean-Pierre Le Goff a bien du mal à réprimer que « c’était mieux avant ! » – Je le comprends. On a tous, passé la quarantaine (personnellement j’entre bientôt dans la cinquantaine !), la nostalgie voire la mélancolie d’une France aujourd’hui disparue. Cette « France moisie » ainsi que l’appellent les connards et les connasses d’aujourd’hui, était une France de villages très actifs, de petites villes très commerçantes, et de grandes villes fort bureaucratiques mais appréciées pour leurs hôpitaux et leurs universités. J’ai un peu connu cette France-là, mais déjà elle s’éteignait en entrant dans le tunnel du mondialisme étatique, dont elle n’est évidemment pas sortie aujourd’hui. C’est un tunnel kafkaïen, sans fin et sans direction. « Ou es-Kon va et Keskon fait ? » comme le dit un supporter de l’OM bien connu des médias. C’est en effet le système des K, comme à l’époque de l’empire d’Autriche-Hongrie (la Kakanie) où vivait le jeune Kafka. Mais revenons à Ka… à Cadenet.

Autrefois village de paysans et de vanniers, rustique, frugal et provençal, Cadenet atteint aujourd’hui près de 4500 habitants; il est devenu un espace « péri-urbain » ou « rurbain », dans la zone  d’activité et de commerce d’Avignon et d’Aix, au coeur d’un important « réseau » d’échanges et de communication (autoroutes, TGV, aéroports). Jean-Pierre Le Goff dresse le tableau de ce « nouveau monde »: fonctionnaires, employés, retraités, touristes, commerçants intermittents et nouveaux entrepreneurs; la culture villageoise ancestrale a disparu, « les hommes à casquette » ont laissé la place aux tee-shirts (ou « ticheurtes » comme l’écrit Le Goff) et aux petites jupes, voire aux foulards musulmans… Une autre « culture » s’est développée, celle des associations subventionnées, une cinquantaine ! qui proposent toutes sortes d’activités, sportives, musicales, ludiques, corporelles, artistiques, informatiques, etc. Cette « culture » tend à se « formaliser », de plus en plus soucieuse de ses projets et de ses finalités, à l’instar de la pédagogie de l’Education nationale; Jean-Pierre Le Goff s’amuse un peu de l’obsession « citoyenne » de ces activités et de cette culture associative et scolaire. Les « anciens », notamment les Anciens Combattants de l’Algérie, déplorent, eux, qu’on ne les invite pas et que les cérémonies du Souvenir se vident; les enseignantes du collège voient en nous des beaufs, des fachos et des racistes, déclare l’un d’eux. Autre fracture, qui marginalise les « anciens », entre d’un côté les « écolos » désormais majoritaires, les bureaucrates tatillons du Parc naturel du Luberon, et d’un autre côté les derniers chasseurs de la région (environ 200 tout de même). Les libertés d’aller et de venir, de pisser tranquille dans la nature, de « promener » (on ne « se » promène pas ici, on promène !), sont de plus en plus minces. Des règlements et des panneaux partout !   

Au Bar des Boules, que fréquente Le Goff, les langues se délient et les coeurs se lâchent un peu; évidemment, petites consciences sensibles et étriquées s’abstenir ! Mais du reste, les bien pensants et les « cultureux » ne viennent pas ici; la plupart des gens restent chez eux, il y a deux fois plus d’habitants qu’autrefois mais on voit deux fois moins de monde, constatent les derniers « autochtones » ; et d’enchaîner: « nous sommes des « survivants », « une espèce en voie de disparition »,   »seulement nous, on ne nous préserve pas ! », lancent-ils à « Jean-Pierre », qui achève son livre sur ces mots.

Un très bon livre, écrit avec simplicité, mais très riche d’observations, et accessible au plus grand nombre; si je l’ai dévoré, c’est qu’évidemment j’y trouve et retrouve ce que j’ai moi-même un peu vécu dans mon village d’enfance, malgré les différences de « tempérament » politique et religieux entre la Provence « rouge » et la Bretagne cléricale et chouanne, c’est qu’évidemment enfin je partage les observations de Jean-Pierre Le Goff sur la culture associative et scolaire. Les amateurs de la « nouvelle gauche plurielle » et de Terra Nova seront quant à eux consternés (ou réjouis !) par le tableau; auquel ils ne manqueront pas d’ajouter la touche finale du score du Front National, qui a grimpé en flèche, à Cadenet et dans tout le Vaucluse au cours des vingt dernières années. Sur ce point, Le Goff reste assez discret. Discret également sur les clubs sportifs (rugby ? foot ? vélo ?) ou sur les possibles « trafics » (on n’est pas loin de Marseille !). Il se contente dès l’introduction de résumer le sentiment général d’un malaise:  » Une partie des Français sont fatigués, non pas de la modernité, mais du modernisme entendu comme une fuite en avant impliquant des sacrifices et des efforts incessants, qui mène le pays on ne sait où et le défigure d’une manière telle qu’il devient impossible pour eux de s’y retrouver. » (p. 15).

En effet, et l’un des vieux habitants de Cadenet se pose la question des rénovations des bâtiments anciens; jusqu’ici, dit-il, on a encore pu voir des acheteurs qui respectaient le style d’autrefois, les poutres et les grosses pierres; mais demain ? Déjà des villas d’architecture « contemporaine » avec larges baies vitrées sont apparues sur les collines; et regardez les publicités, nous dit cet homme inquiet, on n’y voit plus que ce genre de maison. Mais ce sont là, au demeurant, des questions de riches ! Car dans la moitié des villages français, loin des « grands axes », les maisons tombent en ruines et tous les commerces ferment. On y verra bientôt, on y voit déjà des squatters et punks à chiens, des djihadistes et des antifascistes, des zadistes et des migrants, toute une « déglingue » comme on dit en Provence.

Finalement, Cadenet s’en sort bien !         

 

                                  

Alexandre

 

   Alexandre dit le Grand est un personnage historique fabuleux dont les conquêtes ont changé la « face du monde »; fabuleux parce que la littérature « politique » ou « courtisane », de l’Antiquité à nos jours, lui a prêté toutes sortes d’ambitions et de projets, que sa mort précoce, à 33 ans, a interrompues. L’historien Pierre Briant, « le » spécialiste français de la question « alexandrienne », a proposé en 2016 une synthèse des différentes interprétations, parfois fantaisistes, souvent idéologiques, de l’action et de « l’oeuvre » du Conquérant macédonien. J’ai lu cette synthèse, immédiatement publiée en poche*, non seulement parce qu’il s’agit d’un livre assez bon marché (en dessous de 15 euros), mais parce que le sujet, tout en étant fort éloigné en apparence de ce que j’enseigne, se rattache à la « science historique », à ses méthodes, à ses déviations ou divagations, et parce qu’en somme, ainsi que je l’ai très vite compris en lisant la quatrième de couverture, il s’agit d’un « essai » sur l’utilisation de l’histoire ancienne à des fins « contemporaines », politiques, stratégiques, diplomatiques, mais aussi littéraires, artistiques (expo et musées), médiatiques, commerciales. Ce foisonnement d’objectifs douteux fait sans doute sourire ou soupirer l’historien qui, de son côté, cherche à dégager les explications les plus honnêtes, les plus « objectives », les plus sereines… Le livre de P. Briant, intitulé « Alexandre- Exégèse des lieux communs », n’a toutefois aucune dimension pamphlétaire contre les récupérations, les recyclages et les vulgarisations de la mémoire alexandrienne; c’est un essai lui-même foisonnant, en huit chapitres d’inégale longueur et plus ou moins chronologiques, dont j’ai retenu quelques idées ou informations.

*: Gallimard, Folio-histoire, 2016, 660 pages.

1) L’axe principal de la mémoire d’Alexandre est son action conquérante vers l’Orient; celle-ci divise les historiens, les écrivains, les philosophes, les politiques, les diplomates, les militaires, et leurs publics; toutefois, la vision dominante, la plus courante disons, reste celle du « Grand » conquérant magnanime qui « partage » ses conquêtes et veut même y associer ceux qu’il a vaincus; de l’Antiquité à la Renaissance, auteurs et peintres célèbrent un « héros » qui combine la force virile de l’action aux vertus du « pouvoir » pacificateur; l’Eglise romaine (et byzantine !) salue celui qui en propageant l’influence grecque et la culture livresque (bibliothèque d’Alexandrie) a permis la diffusion de la religion chrétienne, par-delà les races et les « nations ». La conquête du Nouveau Monde américain pose aux humanistes européens la question des « autres »; et Montaigne alors de déplorer que les conquistadores ne se soient pas inspirés et encore moins réclamés d’un Alexandre généreux et désireux de « métissage » (par des mariages comme ceux de Suse); évidemment, signale P. Briant, cette interprétation « morale » ne s’appuie sur aucune source historique et s’inspire de la vision mythique de Plutarque. L’expansion de l’empire ottoman (apogée au XVIe) ravive la question de l’Autre, musulman, turc, perse, hindou, asiatique, et j’en passe, offrant une renommée encore plus mystérieuse à celui qui autrefois aurait pu tout unifier; et du reste, cette image d’Alexandre est également revendiquée par certains sultans.

Cette vision positive, progressiste et « multiculturelle », a surtout été forgée entre 1750 et 1850, de Montesquieu (L’Esprit des Lois) à l’historien allemand Droysen; Alexandre devient la figure emblématique de l’expansion occidentale qui vise à « civiliser » l’Orient; cette « mission » pré-chrétienne s’apparente à la théorie de la « destinée manifeste », que défend ou soutient Droysen, « luthérien profondément convaincu », ainsi que partisan de l’unification allemande autour de la Prusse. Montesquieu et la philosophie des Lumières, dite libérale, préfère vanter les mérites d’un Alexandre « raisonnable » et pragmatique, soucieux d’améliorer le commerce et l’économie des pays conquis. Toutefois, moins connu, est le point de vue critique de Charles Rollin, qui précède de quelques années celui de Montesquieu; adepte d’une histoire « maîtresse de vie », qui doit servir de leçons pour les jeunes gens de la noblesse, il condamne la « folie » meurtrière d’Alexandre, ses aventures et son irresponsabilité, lui déniant toute forme de « sagesse » politique, laquelle doit consister avant tout à protéger les siens, ses soldats et son peuple; ce point de vue critique se développe surtout avec les ravages des conquêtes révolutionnaires, puis napoléoniennes, et rejoint en quelque sorte l’avertissement de Robespierre: « les peuples n’aiment pas les missionnaires armés ».

2) Les critiques et le point de vue globalement négatif sur Alexandre caractérisent plutôt le XXe siècle; bien sûr les jugements admiratifs ne disparaissent pas, et la « question coloniale » ou « indigène » pose de nouveau les ambitions et les limites des Européens, de la culture helléno-chrétienne (très en vogue chez les administrateurs anglais formés à Oxford ou Cambridge), face aux Orientaux. Assimilation ou séparation ? Et pourquoi ne pas envisager l’hypothèse, alors, d’une « orientalisation » des Européens ? Les théories raciales ou racialistes s’emparent elles aussi de la question et de la mémoire d’Alexandre; les nationalistes grecs sont très vifs et susceptibles à ce propos: pas question d’imaginer que leur pays ait pu être contaminé par du sang asiatique rapporté par les conquêtes du Grand conquérant ! Quant aux nazis, ils rejettent bien sûr l’idée du « métissage » ou de la fusion-assimilation culturelle des peuples, qui dans le cas d’Alexandre n’aurait pu profiter qu’aux plus nombreux, c’est à dire les Orientaux; partisans d’un hellénisme nordique (les héros d’Homère n’étaient-ils pas grands et blonds ?), les nazis préfèrent imaginer un Alexandre « seigneur de guerre » qui organise ses conquêtes autour et en faveur d’un « axe » irano (aryano ?)-macédonien.

Les critiques anti-alexandriennes redoublent après 1945: c’est le « dynamitage » des Droysen, Tarn et autres partisans d’une « mémoire positive » éclairant l’avenir ! La mission civilisatrice de l’Europe (mais point celle de l’Amérique) a échoué; les conquérants ou supposés tels ont entraîné ou déchaîné des réactions collectives qu’ils n’ont pas contrôlées. L’historien américain E. Badian (1925-2011) veut déplacer le regard sur les « victimes » de la politique d’Alexandre, qu’il présente, non comme un fou sanguinaire, un aventurier intrépide, mais plutôt comme un calculateur froid et cynique, un chef solitaire et paranoïaque, éliminant méthodiquement ses rivaux et opposants (une sorte de Staline ?). Lui aussi du côté des « victimes » et d’une interprétation « post-coloniale », l’historien australien Albert Bosworth (1942-2014) dresse un portrait « terrible » d’Alexandre:  » On peut considérer que tuer était ce qu’il faisait de mieux. » ou bien: « les massacres ont régulièrement marqué les grandes victoires d’Alexandre. »

3) Malgré tout, l’image du Conquérant brille encore; comment l’expliquer ? Pour ce faire, Pierre Briant ne se limite pas à l’historiographie proprement dite; la figure d’Alexandre continue en effet de fasciner et « d’inspirer », par exemple des groupes de Heavy Metal, tels Iron Maiden, Iron Mask, qui exaltent l’image du guerrier agressif et brutal, un message très inquiétant selon l’historien, car il fait aussi écho à la notion du « choc des civilisations » en vogue depuis le début des années 2000. Dans le contexte post-11 septembre, Hollywood et Oliver Stone ont proposé un Alexander the Great qui renoue avec le mythe du héros civilisateur, largement inspiré de Plutarque; le film n’a pas eu grand succès malgré le battage promotionnel. Qu’importe; les interventions américaines au Moyen Orient (Afghanistan, Irak) après 2001 ont relancé l’intérêt pour Alexandre dans les milieux diplomatiques, militaires, géo-stratégiques: les généraux américains (Wesley Clark, Petraeus) recommandent la stratégie du conquérant macédonien de s’appuyer sur les élites locales afin de mener des contre-insurrections victorieuses. Mais l’historien L.F Bolt, de son côté, imagine plutôt l’hostilité radicale et les pièges que vont rencontrer au Moyen Orient les GI’s, comme sans doute ce fut le cas pour les soldats grecs d’Alexandre. Grecs ? Le livre de P. Briant s’achève sur une autre utilisation de la mémoire du Conquérant: à propos de l’indépendance de la « Macédoine » en 1991, issue de la décomposition de la Yougoslavie. La Grèce tient en effet à conserver son Alexandre, et s’oppose à la revendication d’un Alexandre macédonio-slave de la part des « nationalistes » de la République de Macédoine. Le nom même de Macédoine n’est toujours pas reconnu par Athènes.

Loin de ces discussions passionnées, les petits élèves français de la classe de 6e, et leurs enseignants d’histoire, ont été invités par le nouveau programme de 2008 à s’intéresser au personnage d’Alexandre, à ses conquêtes et à leurs conséquences, mais en évitant l’image aujourd’hui dépassée d’une fusion des différents peuples; on se contentera, ajoute le programme, de parler de « contacts », de « coexistence » et de « syncrétisme », notamment dans le domaine culturel et artistique, entre le monde grec et les peuples d’Orient. Cette modestie et cette prudence sont de mise en effet par les temps qui courent. Au lycée, on est encore plus modeste et prudent, puisqu’Alexandre n’y est point du tout enseigné. Ni vu ni connu !

Je dois donc dire pour conclure que la lecture du très bon livre de Pierre Briant, d’un découpage un peu gênant toutefois, ne comble pas seulement une lacune dans ma culture historiographique; mais elle m’a obligé à un bel effort intellectuel dont ces quelques lignes sont en quelque sorte la sueur.                                 

Trois auteurs

 

   J’écoute hier soir, en m’endormant un peu, une bonne émission de radio où les invités comparent les écrivains Houellebecq et Dantec; le premier serait un « schopenhauerien » et le second un « nieztschéen »; autrement dit, Houellebecq écrit que la vie est une souffrance perpétuelle et qu’il faut par conséquent se féliciter de tout ce qui peut l’adoucir, y compris la « soumission » à une religion qui déresponsabilise l’homme, en l’occurrence l’islam; Schopenhauer, lui, regardait plutôt du côté du bouddhisme comme apaisement de la souffrance. Dantec, en revanche, écrit que la vie est un combat et qu’il faut savoir identifier ses adversaires, ses ennemis, ses faux amis (pires que les ennemis !); mourir, oui, mais les armes à la main !

  Si le succès de Houellebecq est beaucoup plus grand que celui de Dantec, à tel point, selon l’un des invités, que le monde entier connaît aujourd’hui le nom de cet écrivain, et que la Pléiade s’approche à grands pas de lui, c’est bien qu’il traduit une aspiration ou une respiration générale, et que ses romans (et ses poésies à un degré moindre), bien plus faciles à lire que ceux de Dantec, qui sont d’un vocabulaire post-pubère parfois ésotérique, se rattachent finalement à une tradition romantique d’amour impossible et d’utopie érotique (rôle du voyage). L’amour est impossible parce que les conditions spirituelles d’un Amour plus grand capable d’endosser et d’englober tous les amours possibles, ces conditions ont été érodées, laminées, liquéfiées. Sans doute le capitalisme, au sens marxiste de « marchandisation » des individus-producteurs et consommateurs, qui s’associent et se confondent avec les marchandises (rôle de la publicité), a-t-il été la « grande lame de fond » du renversement des consciences, des esprits et des coeurs, mais il se peut aussi que d’autres facteurs aient facilité ou n’aient du moins pas su empêcher le déclin ou la décadence de l’Amour. Une immense érudition pourrait éclaircir ce que par intuition je me contente de supposer.

  L’autre grande différence qui sépare Houellebecq de Dantec, et ses lecteurs inconditionnels entre eux, c’est que le premier est un « naturaliste » ou un « matérialiste » (la nature est faite de matière), tandis que le second tente d’aborder des conceptions ou des prétentions métaphysiques, considérant bien sûr que la matière est en mouvement, perpétuel, atomique, entropique, et que l’infiniment petit par son infinité insaisissable est indescriptible, imprescriptible et indestructible. Houellebecq, lui, s’est arrêté aux « particules élémentaires », c’est à dire une possibilité encore humaine de maîtriser (de) la matière; pour Dantec en revanche l’homme ne peut rien maîtriser de cette matière dont le mouvement déjoue toutes les assignations cognitives et préventives; on le voit par exemple avec les OGM, qui après plusieurs années d’exploitation ne se comportent plus du tout comme au début, provoquant aussi des mutations virales; les exploitants sont désemparés et les exploiteurs (chimiques) se frottent les mains.

  Pour résumer, disons que derrière le désespoir social et culturel des romans de Houellebecq, on devine quand même un espoir humain, un « positivisme » de l’intelligence, notamment féminine, qui dans toute sa tendresse relèvera l’homme, le mâle, de ses abîmes de négation et de reniement. De façon moins grandiose ou moins romantique, les romans de Houellebecq sont surtout amusants à lire et un peu « bouffons » dans leurs scénarios et mises en scène. Rien de tel avec Dantec, qui ne croit pas au « génie » de la femme, et pense au contraire, à la manière de Léon Bloy, qu’elle est la créature même de l’asservissement et de la trahison (parce que les hommes lui mentent beaucoup). Par ailleurs les livres de Dantec ne sont pas drôles du tout à lire; les deux hommes n’écrivent manifestement pas avec le même carburant.

   Je me suis lancé dans la lecture d’un roman actuel, La septième fonction du langage, écrit par un certain Laurent Binet; le livre est en poche depuis quelques mois, pour le prix de 8,3 euros*; ça me va. L’auteur est un professeur de littérature, 44 ans, il a enseigné en banlieue parisienne, sans doute pour rester au contact du pouvoir culturel métropolitain; que dis-je ! Pour y pénétrer. La fiche wikipédia nous apprend en effet que Laurent Binet a été en relation avec V. Trierweiler, afin d’écrire un journal de la campagne de François Hollande en 2012. Le livre s’est mal vendu. En revanche, La septième fonction du langage est une réussite, saluée par toute la critique, et qualifiée de « jubilatoire » par le public des bobos.

  Oui, je le reconnais, c’est une sorte de farce romanesque assez drôle, un peu potache par moments, où l’auteur imagine que Roland Barthes a été assassiné, et non pas seulement renversé par une camionnette; l’enquête se faufile dans la faune intellectuelle de « l’avant-garde » parisienne: Sollers, Kristeva, Foucault, Derrida, Deleuze, Althusser, puis va voir Umberto Eco à Bologne en Italie, enfin aux Etats-Unis où sévissent les spécialistes américains de la philosophie du langage et des signes: Jakobson, Austin, Searle, Chomsky, et j’en oublie. Le résultat est un roman très « intello », qui peut lasser ou agacer en raison de sa « virtuosité » un peu scabreuse; plutôt de gauche, l’auteur parvient à dresser toutefois un tableau très satirique du « milieu » de la « French theory », où Foucault passe son temps à se droguer et à se faire enculer; quant à Sollers… Ne dévoilons pas ce qui lui arrive**. Bien sûr, on a droit à quelques scènes de baise, avec des femmes très actives et très militantes; enfin le roman se déroule sur fond de campagne électorale française entre Giscard et Mitterrand. Laurent Binet, joueur de tennis de bon niveau, nous gratifie aussi d’observations sur le jeu de Borg et de Mac Enroe, mais il prend la liberté (que je ne m’explique pas bien) de faire gagner Lendl à Roland-Garros en juin 81 (alors que c’est bien Borg qui l’emporte !). Bref, c’est un roman « total » et « foisonnant » qui fait cohabiter ou coexister différents registres et niveaux de langage; les amateurs d’épures romanesques éviteront cette lecture; quant aux autres, comme moi, ils seront plutôt amusés et intéressés, sans toutefois crier au génie. Difficile d’être génial en effet quand on s’appelle Binet, archétype du petit Français provincial, comme dans Madame Bovary de Flaubert (« Huit heures sonnèrent. Binet entra. »); la moindre des choses pour un romancier, me semble-t-il, est d’adopter un pseudonyme. Le mien est trouvé depuis longtemps. Reste à écrire un roman !

*: Grasset, 2015, puis Livre de Poche, 2016, 478 pages.

**: Et c’est pourquoi le roman a plu à la critique de « droite »; d’aucuns n’hésiteront pas à dire par conséquent que ce genre de roman contribue à un certain poujadisme et populisme anti-intellectualiste… C’est le point de vue de mon collègue de philo, qui défend Foucault et Deleuze, considérant que ce sont avant tout de grands théoriciens et philosophes, aujourd’hui dénigrés par des gens qui n’ont jamais fait l’effort de les lire et se contentent de les caricaturer par leur réputation et leur image (homosexualité, alcoolisme, et jusqu’aux ongles très longs et très sales de Deleuze !).                                                        

Dualités

 

Si Pénélope avait été moins occupée et moins chère, je lui aurais bien donné mes copies à corriger; les profs sont quand même un peu maso, ils partent en vacances avec plein de travail ! J’ai décidé de rester par conséquent; et j’ai de beaux restes; la vie, en tout cas la mienne, me semble pouvoir se diviser en deux grandes parties; la première partie est celle des expériences et de l’énergie, des entreprises et de la volonté, et la seconde est celle des observations, des réflexions, des commentaires. Ces deux parties sont de durée inégale; la première peut être très longue, et la seconde très courte, ou inversement, cela dépend des personnes. Mon cas semble assez clair, je suis entré dans la seconde depuis quelques années. Mais ce n’est pas encore une grande et belle clarté; mon métier en effet me rend un peu ténébreux; il me semble qu’on demande aux professeurs des qualités contradictoires: une énergie virulente, communicative, un dynamisme combatif, rigoureux et stratégique, mais aussi une faculté d’observation et d’empathie qui demande du calme et du relâchement. Je ne suis pas assez « bel esprit » (de gauche) pour décréter que les contradictions s’annulent et se retrouvent complémentaires au service d’une Cause publique supérieure et souveraine au pied de laquelle doivent s’écraser les modestes conséquences d’un individualisme plus ou moins fatigué. La problématique n’est pas nouvelle: penser à soi ou penser aux élèves ? En d’autres temps, mon petit blog m’aurait valu la guillotine pour « intrigues personnelles » et corruption du service public ! 

Le philosophe Yvan Droumaguet écrit dans Ouest-France (17 février) son désaccord avec la politique scolaire de ces vingt dernières années; il s’appuie sur des chiffres éloquents: « une étude du ministère de l’Education nationale montre qu’en 2015 seuls 55,8 % des élèves de CM2 écrivaient correctement « le soir tombait » (63, 5 % en 2005, 87,1 % en 1987). Le pourcentage tombe à 16,8% pour « elle les a peut-être vus » (29,6 % en 2005, 32,3 % en 1987)… Il dénonce la « pédagogie dite inversée » où les élèves sont censés produire eux-mêmes leurs savoirs; cette absurdité accroît les inégalités et nivelle par le bas. En corrigeant mes copies de bac blanc, j’ai la confirmation de cette évolution: plus de la moitié des copies est d’une rédaction déplorable, quasiment illisible; l’autre petite moitié comprend en revanche d’excellentes productions auxquelles j’ai donné la note maximale. Je suis même tombé sur le passage suivant, qui m’a sidéré, où l’élève explique l’opposition d’une majorité d’Américains à l’entrée en guerre de leur pays en 1940: « selon eux les Etats-Unis doivent rester maîtres de leur destin et ne doivent pas céder aux pressions du lobby juif des Anglais… ni céder aux pressions des grandes industries qui auraient intérêt à travailler pour la guerre… Les Etats-Unis ne doivent pas aider la Grande-Bretagne à garder son empire. » De telles remarques ne viennent pas des professeurs (moi-même je m’abstiens de parler de lobby juif !); elles viennent alors de lectures « hors-cours »; on est à la limite de la dissidence !

Restons réalistes: c’est toujours l’hiver mais les jours rallongent, et les oiseaux chantent vivement, le matin avant six heures, et le soir à la tombée de la nuit; les températures deviennent douces, je sors un peu, pour aller voir la nouvelle bibliothèque de la ville, et bien sûr pour pédaler. Cette forme de quiétude (toute relative et provisoire) m’empêche de m’intéresser à l’affaire Théo ainsi qu’aux derniers rebondissements de la campagne électorale*; à la bibliothèque j’observe quelques musulmanes en foulard qui étudient sagement; c’est un lieu public, mais comme elles n’en perturbent pas l’ordre, on les laisse ainsi vêtues; tolérance ou compromission ? Le foulard ne me dérange pas, en revanche la longue robe noire qui occulte tout le visage est assez inquiétante; elle peut même faire peur au détour d’un rayon dans un supermarché ! Sur mon vélo, moi aussi je suis tout de noir vêtu, en combinaison intégrale, qui laisse deviner toutefois mes formes musculaires tout à fait seyantes (et saillantes). Je ne provoque par ailleurs nul effroi, mais bien au contraire des regards admiratifs sur mon passage. Ce sont là des différences considérables.

*: et du reste la campagne électorale rebondit à l’affaire Théo, puisqu’on a pu voir toute la gauche (pas grand monde au demeurant malgré les exagérations médiatiques) soutenir le gentil Théo (de son vrai nom Théodore Luhaka, de nationalité congolaise) contre les policiers très méchants et très racistes.

De la route au canapé: je regarde les matchs de rugby à la télé; l’opposition Galles-Angleterre du 11 février a été de toute beauté; en revanche la prestation de la France contre l’Ecosse fut bien médiocre. La victoire du PSG contre Barcelone a occupé à satiété les journalistes de L’Equipe et les autres; ce journalisme-là est d’une naïveté confondante; il y a pourtant de quoi ricaner, car ces deux équipes de milliardaires sont financées en partie (en très grande partie pour ce qui concerne le PSG) par le Qatar, qui est également propriétaire de la chaîne de télé BeIn Sports qui diffuse les matchs en exclusivité. Malgré les protestations des téléspectateurs, lues de façon ironique par Pascal Praud, qui présente l’émission quotidienne 20 heures Foot sur I-Télé, le PSG bénéficie d’une couverture médiatique privilégiée et passablement grotesque; du reste, la dérision et le sarcasme s’invitent de plus en plus au coeur de ces émissions de parlotte consacrées au foot; elles prennent en somme une dimension comique, bouffonne, qui oblige régulièrement Pascal Praud à jouer au professeur menaçant: « un peu de calme messieurs ! on ne s’entend plus ! » – Dès qu’il est question d’argent et d’investissement, surtout, le même Pascal Praud prend brusquement un air grave afin de défendre les présidents de clubs, car, dit-il, c’est le métier le plus difficile qui soit au monde (!) – Sur mon canapé j’éclate de rire. Face à lui le jeune et trépidant (ou trépignant) Bertrand Latour souligne au contraire les erreurs, les égarements et sans doute l’incompétence de certains dirigeants, qui utilisent le foot pour y faire du « business », c’est à dire pour recycler des fonds d’origine douteuse via des sociétés-écrans et des réseaux d’agents recruteurs; en somme, le recrutement de joueurs noirs permet de blanchir l’argent ! Bref, du néo-colonialisme sous la couverture de l’anti-racisme !   

A mon avis, le dénommé Théo, grand noir très costaud, qu’on a pu voir sur son lit d’hôpital avec un maillot de foot, pourrait intéresser un club; il a tout à fait le profil du joueur actuel, en plus de sa notoriété promptement acquise grâce aux médias complaisants; on pourrait le voir invité prochainement dans l’émission de Pascal Praud en compagnie du rappeur Rost, lui aussi très costaud, avec son tee-shirt moulant où l’on peut lire: « Et si on s’en sortait ! » – Que de raisons d’espérer en effet ! – Je préfère n’y pas penser tant il est vrai que les espoirs des uns font le désespoir des autres.

Réconciliation nationale ? Le slogan de Soral est pour le moins trompeur; en l’état actuel de décomposition nationale, de creusement des inégalités sociales (et culturelles), de dualités de toutes sortes, que la campagne électorale dans sa phase finale ne manquera pas d’aggraver, je ne vois pas comment la France pourrait s’éviter dans les années à venir une des plus graves crises de son histoire. Mais sans doute ne suis-je pas assez « politique » pour me laisser ainsi aller à d’aussi sombres prévisions. Je connais le mot de Maurras:  » Le désespoir en politique est une sottise absolue. » Tout en connaissant aussi quelle fut la « fortune » de son auteur.                                             

Alchimie

 

Qu’est-ce que l’alchimie ? Disons, sans entrer dans les détails, que c’est la chimie d’autrefois, d’il y a très longtemps, au Moyen Age par exemple, avant l’invention du microscope. Les alchimistes travaillaient en secret à découvrir ou mettre au point des fusions métalliques, à changer les corps, transmuer le mercure en argent et le plomb en or; ils étudiaient la matière, lisaient beaucoup, et en somme étaient eux aussi des « humanistes », mais leurs recherches défiaient la Nature, et attentaient par conséquent à l’ordre divin. Cet humanisme-là n’est donc pas enseigné, et sa dissidence se remplit d’intrigues, de rumeurs, de « théories du complot » ! Longtemps, la science et les savants de la matière (Newton par exemple) conserveront l’héritage de cette alchimie occulte et hermétique; mais à mesure que la science pénètre par les livres et les salons dans l’opinion publique occidentale (XVIIIe), elle doit se débarrasser de cet héritage « mal pensant »; la bonne pensée philosophique (voltairienne puis rousseauiste) consiste à dire en somme que la Nature n’a point de secret, que la Raison peut tout expliquer, et qu’il revient aux hommes en société de se montrer raisonnables. Puis, c’est le XIXe, dont voici un tableau dans le roman de Huysmans, Là-bas:

-  » Quel gâchis, bon Dieu ! – Et dire que ce XIXe siècle s’exalte et s’adule ! Il n’a qu’un mot à la bouche, le progrès. Le progrès de qui ? le progrès de quoi ? car il n’a pas inventé grand chose, ce misérable siècle ! Il n’a rien édifié et tout détruit. A l’heure actuelle, il se glorifie dans cette électricité qu’il s’imagine avoir découverte ! Mais elle était connue et maniée dès les temps les plus reculés, et si les sciences n’ont pu expliquer sa nature, son essence même, les modernes sont tout aussi incapables d’expliquer les causes de cette force qui charrie l’étincelle, et emporte, en nasillant, la voix le long d’un fil ! Il se figure aussi avoir créé l’hypnotisme, alors que, dans l’Egypte et dans l’Inde, les prêtres et les brahmes connaissaient et pratiquaient à fond cette terrible science; non, ce qu’il a trouvé, ce siècle, c’est la falsification des denrées, la sophistication des produits. Là, il est passé maître. Il en est même arrivé à adultérer l’excrément, si bien que les Chambres ont dû voter, en 1888, une loi destinée à réprimer la fraude des engrais… ça, c’est un comble ! » (1)

(1): Là-bas, 1891, GF, 1978, p. 139.

Je suis un amateur de Huysmans, découvert au lycée en classe de Première grâce à un professeur lui-même spécialiste de cette « fin de siècle »; le progrès, le capitalisme et la république forment alors la trilogie, ou le système dirait-on aujourd’hui, que brocardent et dénoncent les trois quarts des écrivains; et c’est pourquoi les historiens bien pensants évitent de s’y référer; la littérature n’est pas sérieuse ! Fort heureusement, avec l’Affaire Dreyfus, on va voir des écrivains devenir des « intellectuels », c’est à dire des journalistes ! Zola est la bête noire de Huysmans, et Là-bas s’ouvre par une charge contre le romancier du naturalisme: « le lourd badigeon de son gros style… l’immondice de ses idées… et d’avoir glorifié la démocratie de l’art ! ». Cette décadence de l’esprit a des racines lointaines et géographiques; selon Huysmans, la Pucelle elle-même n’est pas innocente, je cite:  » A supposer que Jeanne d’Arc ait continué ses travaux de couture auprès de sa mère, Charles VII était dépossédé et la guerre prenait fin. Les Plantagenêts régnaient sur l’Angleterre et sur la France… Il y aurait eu ainsi un unique et puissant royaume du Nord… Au contraire, le sacre du Valois à Reims a fait une France sans cohésion, une France absurde. Il a dispersé les éléments semblables, cousu les nationalités les plus réfractaires, les races les plus hostiles. Il nous a dotés, et pour longtemps hélas ! de ces êtres au brou de noix et aux yeux vernis, de ces broyeurs de chocolat et mâcheurs d’ail, qui ne sont pas du tout Français, mais bien des Espagnols ou des Italiens. En un mot, sans Jeanne d’Arc, la France n’appartenait plus à cette lignée de gens fanfarons et bruyants, éventés et perfides, à cette sacrée race latine que le diable emporte ! »(2)

(2): Ibid, pp. 68-69

Je ne partage évidemment pas ce point de vue anti-méridional; mais c’est le rôle et l’intérêt des romans et des romanciers de nous amuser et divertir par des curiosités d’opinions et de jugements; car les livres d’histoire n’en contiennent pas beaucoup, et nous débitent toujours le même genre de scientificité qui se veut ou se croit au-dessus de la mêlée; une chose me frappe, c’est qu’il y avait à l’époque de Huysmans une ardente curiosité pour l’histoire et une intense activité littéraire ou journalistique; les Souvenirs de Léon Daudet, monarchiste maurrassien et méridional, et lui aussi auteur d’un pamphlet contre le XIXe (« Le stupide XIXe siècle »), évoquent en partie et de façon partiale toute une « alchimie » intellectuelle, idéologique et sociale, tout un bouillonnement d’idées et d’expériences, où l’on voit, au passage, que l’Affaire Dreyfus n’a pas seulement opposé deux blocs ou deux camps, mais des dizaines, avec toutes sortes de subtilités un peu ésotériques pour nous autres en 2017, où l’on devine aussi le rôle des « salons » et des « cabinets » ministériels dans cette « effervescence » de l’opinion publique; et le monarchiste Daudet de résumer la situation: « l’affreux magma de police, de finance et de proxénétisme qu’est le régime républicain. »

Il se peut qu’aujourd’hui, avec internet, nous retrouvions une part de cet esprit d’autrefois, de cette manière un peu alchimique, autodidacte, amatrice, de combiner les idées et les expériences sans suivre les recettes de la recherche universitaire; évidemment, les « professionnels de la profession », les spécialistes bardés de diplômes et de titres, s’en offusquent, et méprisent tout ce petit « tiers-instruit », ce prolétariat de l’enseignement qui se permet d’écrire des blogs et de soutenir des thèses farfelues ! Les institutions, telle l’Education soi disant nationale, cherchent elles aussi à endiguer ou à refouler cette prétendue « dissidence » politique et intellectuelle qui s’exprime sur la toile*. Même le courant monarchiste se prend à rêver d’une possible restauration, si j’en crois les petites chroniques de Jean Philippe Chauvin, que j’ai un peu connu autrefois du côté de l’université de Rennes 2.

*: Le Monde, Google et l’Education dite nationale viennent de lancer un système appelé Décodex, qui jugera de la fiabilité des sources sur internet.

 

Bien sûr, tout cela reste virtuel et sans danger pour le Système ! Mais l’opinion en est changée, les sondeurs et les conseillers en communication ne savent plus comment analyser ou interpréter la « versatilité » du corps électoral, et les efforts d’Arte ou de France-Culture pour défendre les derniers fragments de la « pensée 68″ rencontrent de moins en moins de partisans; même mon frère (très peu soixante-huitard), aujourd’hui retraité, est touché par le phénomène de la « réinformation », et m’avoue au téléphone qu’il a découvert un site très intéressant (RT News) qui lui donne « un autre son de cloches », je le cite; c’est son voisin, « un homme très cultivé », qui l’a renseigné; mais mon frangin a bien compris qu’il ne pouvait pas révéler ses nouvelles opinions à tout le monde… Je le rassure: « avec moi tu peux te lâcher ! » –                                                

Perestroïka

 

Les profs sont fatigués; c’est toujours le même scénario à l’approche des vacances: beaucoup de collègues sont à moitié grippés, ont des toux grasses ou sèches, et se plaignent de leurs classes; manifestement le lycée où j’enseigne ne va pas bien; le proviseur est transparent ou invisible, la « vie scolaire » est débordée par les incidents et les méchantes excuses des élèves; le trafic de « shit » redouble, et les femmes de ménage sont atterrées par la saleté et les dégradations des toilettes; de plus en plus de bruit enfin dans les couloirs; bref, je vais songer à demander ma mutation. Mais sans être sûr que ce soit beaucoup mieux ailleurs. Mes collègues de SES sont persuadées que si, il est vrai que les résultats en série Es sont très mauvais (moins de 75 % au Bac); tout le monde par ailleurs constate une dégradation du niveau et des « compétences », et les collégiens qui nous arrivent sont pour un tiers quasiment des illettrés ! Enfin, si j’en juge par la récente visite du président de la Région, un mercredi après-midi, en l’absence des élèves, mon lycée aurait été choisi pour expérimenter un système de vidéo-surveillance. Tout cela n’augure rien de bon.

Les collègues les plus « professionnels », les plus investis comme on dit, déplorent qu’il n’y ait plus de « projet d’établissement », ou qu’en tout cas, parce qu’il y en a forcément un dans les textes, le proviseur n’en parle guère; les critiques redoublent contre lui depuis plusieurs mois; il manque de présence, d’autorité, c’est un carriériste parfois méprisant avec le « petit personnel » et fort dédaigneux à l’égard de certains professeurs. Les collègues « littéraires » lui reprochent sa nullité verbale (ne parlons même pas de rhétorique !), et surtout l’accusent d’être responsable de la dégradation du niveau en série Es voire en série L, en y faisant passer les élèves de seconde les plus faibles, « qui ne peuvent pas aller en série S » ! – Finalement, le projet d’établissement est assez limpide: valoriser la série S avec l’option SI, Sciences de l’Ingénieur; beaucoup de lycées procèdent un peu de cette façon: en exhibant leurs « classes prépa » et en négligeant le reste.

Les collègues les plus « républicaines égalitaristes » sont scandalisées; je devine aussi à travers leurs doléances que le message féministe rencontre de plus en plus d’hostilité, de la part d’une majorité d’élèves masculins (les futurs ingénieurs !); je n’entends pas donner raison à certains de ces « petits cons » qui affichent leur morgue; mais ils se font l’écho en quelque sorte d’une opposition de plus en plus virulente dans certains lycées  au discours idéologique professoral et institutionnel, porté par un personnel très féminin. Car le féminisme est le cheval de Troie du mondialisme oligarchique. Certains élèves de 1è S, dont je suis le prof principal, m’ont avoué à l’occasion de l’élection de Trump qu’ils avaient eu droit à des cours de « propagande » (je les cite) de la part de la collègue de français et de la collègue d’anglais; mais ce sont de bons élèves, qui restent courtois et savent repérer les points de vue; il n’en va pas de même avec les élèves de la série STI (de futurs techniciens) qui se comportent de façon vulgaire et quasiment bestiale (dixit ma collègue d’espagnol) quand ils se retrouvent en cours général (la plupart du temps ils sont dans des « ateliers » avec le bleu de travail !). Là, les « républicaines égalitaristes » sont un peu embêtées; bien sûr elles défendent le principe que tous les élèves ont « droit » à des cours d’espagnol ou de philo, mais elles reconnaissent que ces élèves sont pénibles voire insupportables; que faire alors ? Eh bien, nous disent-elles, il faut améliorer les moyens ! C’est à dire créer des postes ! La bonne vieille rengaine syndicale. 

Ce n’est pas mon avis; je suis favorable au contraire à une grande simplification de l’Education dite nationale; favorable à une sélection et une spécialisation précoces, entre 13 et 15 ans; que les élèves qui ne savent ou ne peuvent pas tenir en classe soient sortis du système scolaire; ils (et elles) seront placés dans des centres d’apprentissage, au grand air, et même, pour certains, au large, avec la possibilité de parcourir le monde ! Les éducateurs gauchistes fumeurs de joints seront progressivement remplacés par des maîtres et des maîtresses de métiers. L’Eglise et l’Armée retrouveront un peu de leur mission « civilisatrice » ! La découverte de l’Afrique fera beaucoup de bien à ces « jeunes » de quartiers qui emmerdent tout le monde. Côté enseignement, je propose de simplifier les matières et de procéder à des regroupements: les profs de français de collège peuvent aussi enseigner l’histoire-géo ! et réciproquement ! les profs de maths peuvent enseigner la physique ! et les profs de langues peuvent enseigner plusieurs langues ! Cela signifie de revoir en amont (n’est-ce pas Benoît ?) la formation: autonomie des universités, multiplication des instituts privés, libéralisation des savoirs; recrutement local et régional des enseignants, contrôle continu des connaissances et des compétences, et possibilité d’enseigner en collège à partir de 20 ans, avec une année de stage pour faire ses preuves; je supprime les inspections; les collègues devront s’améliorer au contact des élèves et en se donnant des conseils; bref, qu’ils se comportent en adultes nom d’une pipe ! et qu’on cesse de les infantiliser et de les domestiquer ! Je supprime également les programmes et la pénible idéologie républicaine; que les établissements et les enseignants soient libres de ce qu’ils veulent dire et faire ! Evidemment ce sera un peu de travail supplémentaire, mais un bon travail, intéressant et qui « responsabilise » ses acteurs ! Dans cette perspective, je suis favorable à un enseignement du « local »; au lieu de parler de la mondialisation dès la classe de CP (c’est le cas aujourd’hui !), qu’on parle de l’histoire, de la géo et de l’économie de la région ! En Normandie par exemple il faut parler des abbayes, des vaches, du vélo, et de Flaubert ! Qu’on épargne aux jeunes élèves (jusqu’au lycée) les discours généraux et approximatifs sur la république et les droits de l’homme !

En fait, avec mes réformes, l’Education dite nationale sera peu à peu vidée de son contenu; expurgée ! nettoyée ! Plus de ministre et plus de commission de ceci ou de cela ! A la place, un conseil des profs et un conseil des chefs d’établissements par région (modes de désignation à déterminer) qui se réuniront quatre fois par an: bilan des actions pédagogiques, des initiatives des uns et des autres, recommandations et propositions. Quant aux salaires, allez, 2000 euros pour les débutants et 100 euros* de plus tous les deux ans, puis des systèmes de primes en fonction des régions, des établissements et du travail réel de l’enseignant ! A ce propos: 15 heures de cours minimum et jusqu’à 5 heures sup’ autorisées. Entre 20 et 30 élèves par cours; présence non obligatoire des élèves; mais obligation de passer des épreuves; bref, liberté et responsabilité.    

*: sous réserve du maintien de cette monnaie étrangère sur le sol national.   

Je n’entre pas dans les détails; mais on a compris que cette réforme s’inscrit dans une politique générale de rupture totale avec le système actuel, dont l’essoufflement à la soviétique me semble patent; mais il manque la dernière étape, et ce sera sans doute Macron notre … Gorbatchev !

  

 

Le prix de la réputation

 

 

     Je n’ai jamais porté les hommes politiques dans mon coeur, je n’aime pas leurs manières, je n’aime pas leur verbosité, et à l’exception d’un seul, aujourd’hui très âgé, ils parlent un français dépourvu de littérature, de poésie et de traditions chansonnières. Ils respirent tous le formatage idéologique des soi disant grandes écoles, science-po, l’Ena, et les fondations anglo-saxonnes. Ils connaissent à fond le fonctionnement des institutions de la république et des réseaux de la mondialisation, les deux étant imbriqués, mais ils n’ont qu’une très vague connaissance de la société française. Ils prétendent pourtant « sillonner » le pays, aller à la rencontre des « gens du terrain », mais en vérité ne s’entretiennent jamais plus de cinq minutes qu’avec des responsables, des élus, des patrons d’entreprises; leurs programmes électoraux sont façonnés « en amont », par des experts, conseillers et consultants de fondations et de « think tanks »; par exemple un Jacques Attali ! Il s’agit ensuite, et c’est le rôle des « communicants », de présenter ces programmes à l’opinion et aux publics par des formules et des périphrases qui en dissimuleront les véritables projets. Cette « stratégie » peut faire penser à la séduction et à la drague; sauf qu’ici, la putasserie médiatique s’entremet pour rabattre le public, offrant aux hommes politiques une réputation de chasseurs fort usurpée, comme la plupart des réputations.

Réputation dont le public est bien mal renseigné; en revanche, dans le « microcosme » parisien comme aurait dit le lyonnais Raymond Barre, tout se sait et tout se tait; le sexe est devenu une arme politique et électorale; réputation en effet, parce que les hommes et femmes de pouvoir n’ont bien souvent pas grand chose à faire ou à dire pour coucher avec un tel ou une telle; selon un proverbe africain, « tant que les lions n’auront pas d’historiens, les histoires de chasse seront toujours à la gloire des chasseurs »; pour un homme qui n’a aucun pouvoir, en revanche, séduire une femme et coucher avec elle peut s’avérer fort compliqué, et la complication finit par rendre la chose décevante. On l’a vu enfin avec DSK, le commerce sexuel des hommes politiques peut prendre une tournure scandaleuse, aux antipodes de l’idéologie des droits de l’homme dont ils se réclament cependant quand il s’agit de défendre une « politique globale », c’est à dire pour les peuples, mais point pour eux-mêmes !

La réputation peut coûter cher à l’homme politique, et c’est l’affaire Fillon, qui actuellement secoue l’opinion publique française; il s’est toujours agi pour ce monsieur de la bonne bourgeoisie de droite dite conservatrice et catholique de passer pour un père de famille respectable; or l’on découvre depuis quelques jours que la dite famille coûtait bien cher en l’occurrence… Mais que fallait-il acheter ? La presse ne s’interroge pas vraiment là-dessus, et s’en tient à la vague notion de ces « privilèges » dont la droite conservatrice serait en quelque sorte coutumière. Madame Fillon incarne pour le coup la « grande bourgeoise », à la fois discrète et impérieuse, très économe de ses mots mais très libérale avec l’argent public des Français, et ce d’autant plus aisément que cette femme est d’origine britannique ! Les réponses de Fillon aux accusations ont été bien faibles et même maladroites; on voit là que le bonhomme manque singulièrement d’envergure. En politique la règle n°1 est d’écarter et de faire taire les bonnes femmes; notamment Rachida Dati, que je crois la plus véhémente d’entre toutes. Hamon, lui, respecte assez bien cette règle, avec la bienveillance des médias: sa femme occupe un poste important dans le groupe international de luxe, LVMH, et ne partage sans doute pas les positions idéologiques de son mari, sur le travail du dimanche ou l’abrogation de la loi Khomri. Quant à Macron, son jeune âge semble le dispenser de toute réputation, et les médias veulent nous le présenter comme un puceau de la république, un « parfum de jouvence »…  Drôle de parfum qui respire les millions de la City et des réseaux de la grande finance internationale.     

   Tout cela montre aussi à quel point l’argent est facile pour ces gens qui n’en ont jamais manqué ! et si facile qu’il leur paraît étonnant qu’on puisse en manquer ! En vérité, cela me fait toujours penser à l’histoire que Marcel Proust aimait raconter: quand le peintre Whistler dînait avec des gens très riches, et qu’aucun d’entre eux ne lui acheta de toiles alors qu’il avait besoin d’argent, non pas qu’ils fussent mal intentionnés à son égard, mais parce qu’ils n’imaginaient pas un seul instant qu’un de leurs convives pût avoir besoin d’argent ! Dans un autre registre j’aime aussi beaucoup l’anecdote d’un humoriste français (dont le nom m’échappe) dînant à la table de Rothschild, quand celui-ci à un moment du repas lui lance: « allez, vous qui êtes si drôle, racontez-nous maintenant une histoire ! », et l’humoriste, sans se démonter, de répliquer: « et vous, baron, qui êtes si riche, signez-moi donc d’abord un petit chèque… ».

L’affaire Fillon vient aussi désorienter une opinion publique déjà passablement désaxée et donner tort à ceux qui se réjouissaient un peu vite (n’est-ce pas Henry de Lesquen ?) du renouveau de l’opposition droite-gauche et de la nécessité par conséquent de faire des « choix clairs ». Or cette affaire ranime surtout l’impression d’un processus électoral décidément imprévisible et obscur. Gustave Le Bon nous a appris il y a plus de cent ans que la « psychologie des foules » est un mélange complexe de croyances, de moeurs, de traditions, d’héritages, et d’opinions versatiles; que les « forces irrationnelles » n’obéissent pas aux « discours de la raison »; et que les hommes politiques les plus efficaces sont davantage des « meneurs » que des « penseurs »; aujourd’hui, en notre époque de fébrilité et d’instabilité morales, où s’entrecroisent et s’entrechoquent toutes sortes d’opinions et de moeurs, où les foules elles-mêmes se décomposent et se désagrègent dans le grand accélérateur de particules qu’est devenu internet, les « meneurs » pourraient avoir l’avantage, mais ce sont plutôt des « suiveurs » et des valets qui se présentent aux élections en Europe occidentale; et ils ajoutent de l’hypocrisie et de l’intrigue à un « corps électoral » déjà méfiant. La rencontre des deux phénomènes est même une source de grands risques pour la survie démocratique des systèmes politiques.

Macron, à qui semble profiter pour l’instant l’affaire Fillon, est le prototype du suiveur et du valet; ses manières et son verbe donnent une certaine impression de fausseté, de mensonge, d’hypocrisie, et de terrible dépendance; ce petit monsieur est évidemment un « produit » du système lancé sur le marché électoral; et son budget de communication auprès des médias doit le faire passer pour un candidat crédible, sérieux, plein d’avenir; en vérité, c’est une arnaque intégrale, et il faut souhaiter que les Français s’en rendent compte, par les signes extérieurs de fausseté ou de vacuité que ce petit monsieur ne manquera pas de laisser échapper de sa bouche et de ses manières. Mais je le répète, la « psychologie des foules » et de l’opinion publique (et ce sont là deux notions assez différentes, que Gustave Le Bon n’avait pas encore bien repérées dans son ouvrage pionnier) est devenue fort compliquée et instable, laissant donc de grandes chances au candidat le plus agité et agitateur, le plus nerveusement et physiologiquement incertain. Ce n’est donc pas en 2017 que la France sera de nouveau dirigée par un vrai meneur. La dissolution spasmodique de ce pays va donc se poursuivre, jusqu’à l’épilepsie fatale.                                    

Un peu de muscle quoi !

 

Je fréquente un milieu professionnel où la culture du muscle est largement décriée; que dis-je, elle ne relève pas de la culture ! Les collègues de sports (EPS comme on dit) ne défendent même pas le contraire, selon eux la vraie culture sportive doit consister à maîtriser ses gestes, ses efforts, et contribuer en somme à l’éducation citoyenne d’une démocratie de gens raisonnables. Ainsi, depuis plusieurs années, s’est mis en place tout un discours contre « les gros bourrins », les impulsifs, les impétueux, les Rambo et les Rocky. Mais le discours ne semble guère efficace; car je vois de plus en plus de jeunes gens très musclés dans mes classes; quand viennent les beaux jours ils arborent des maillots moulants qui sculptent leurs pectoraux. Et je n’entends ni ne vois rien de menaçant ou d’arrogant dans leurs attitudes; au contraire, ce sont bien souvent, et presque toujours, des jeunes gens fort courtois, des mâles tranquilles et sûrs de leur force; la majorité d’entre eux se trouve en série scientifique; les petits branleurs sans muscle, prétentieux et vulgaires, squattent en revanche les autres séries, ES et L.

J’explique à mes élèves de Seconde que la Renaissance fut aussi une éducation nouvelle des manières et des comportements; notamment des manières de se tenir à table; je leur fais lire des petits textes d’Erasme et de Rabelais, qui déclenchent un peu l’hilarité, où il est dit qu’il ne faut pas se saisir à pleines mains de ce qui se trouve sous son vêtement ! où il est conseillé de contrôler ses vents, non pas en les comprimant mais en cherchant un moyen de les rendre, sinon inodores, du moins inaudibles ! Une fois passé le rire collectif, j’explique que cette maîtrise de soi est opposée par les auteurs à la quasi bestialité des paysans de l’époque, qui urinent et défèquent en public; ce qui est évidemment faux ! La Renaissance se présente donc comme un discours à l’usage des courtisans et des bourgeois qui participent à la constitution d’une société de « cour » et au renforcement des pouvoirs de l’Etat. Cette « civilisation » ou cette « éthique » des moeurs se rattache aussi au renouveau de la discipline religieuse, qu’il s’agisse de la réforme protestante ou de la contre-réforme catholique. La peinture en montre les effets, ce sont les doux portraits de Léonard de Vinci et de Raphaël, ces visages paisibles et dorés qui respirent la confiance et peut-être aussi l’intrigue. A contrario de ces poses quasi photographiques, Michel-Ange, lui, nous propose du muscle en action ! Des élans de cuisses ! Et tandis que l’Eglise catholique cherche à adoucir les moeurs et les consciences, les papes du XVIe peuvent admirer la force virile de la Création au dessus de leurs têtes.

D’une manière générale, l’histoire enseignée au lycée parle fort peu du muscle; il y avait dans un manuel des années 1990 une illustration qui plaisait beaucoup aux élèves, où l’on pouvait voir sur une décoration de vase attique des esclaves travaillant dans les mines, et l’un d’eux semblait muni d’un organe viril démesurément long; il fallait leur donner une explication ! Et je crois avoir dit alors que la longueur du sexe était la marque de la condition servile; puisque les dieux de l’Olympe de leur côté sont toujours sculptés avec de tout petits appendices ! Cette distraction n’est plus de mise à présent; nos manuels ont éliminé les illustrations de type « sexiste » ! Il nous faut donc parler des Grecs, des Romains et des autres, sans jamais mentionner leurs activités corporelles; il faut parler de la « citoyenneté », qui est d’un ennui pédagogique parfaitement hypocrite, et se priver des jeux olympiques, des courses de chars et des orgies ! A cet égard, le livre de Laurent Turcot, Sports et Loisirs, « des origines à nos jours », est tout à fait intéressant (1). L’auteur y montre bien sûr l’importance culturelle et sociale des activités « sportives » (le mot n’apparaît qu’à l’époque moderne, au cours du XVIIIe), de l’Antiquité au Moyen Age, avant que l’Eglise chrétienne n’y mette un peu d’ordre; puis ce sont les Etats, au moment de la Renaissance, qui règlementent et codifient ces pratiques ludiques et « sportives »; les humanistes, comme Erasme, se disent « effrayés par les désordres que cause la fureur du jeu » (2). Mais les édits et les avertissements ne parviennent pas à éradiquer cette « fureur », et les autorités s’accommodent du développement des « loisirs » et des « divertissements » en essayant d’y trouver des justifications morales, ainsi que des intérêts lucratifs (et ce sera l’invention de la loterie mentionnée à Venise dès le XIVe puis à Paris sous François Ier, quoique sans grand succès dans un premier temps).

(1): Laurent Turcot, Sports et Loisirs, une histoire des origines à nos jours, Gallimard, 2016, Folio, 680 pages.

(2): op.cit. p. 312

Le muscle est donc le parent pauvre de l’Education nationale, ainsi que du gauchisme droit de l’hommiste et féministe; il suffit par exemple d’entendre les insultes proférées à l’encontre de Poutine et de ces affreux Russes qui osent encore gifler leurs enfants ! « Vraiment, quel progressisme ! » m’a lancé ma collègue franc-maçonne; je n’ai pas répondu. Tant de conneries ont déjà été dites au nom du Progrès. Je me réjouis plutôt de constater que se développent une contre-culture du muscle, une dissidence du biceps, une guérilla des mollets, toute une jeune population prête à des emplois physiques ! Hélas, hélas, ce potentiel musculaire et athlétique a de redoutables ennemis: l’alcool, la drogue et le revenu d’existence de Hamon. On sait un peu ce que certains Etats ont fait pour pervertir leurs jeunes populations; le trafic de la drogue a été développé dans les quartiers populaires urbains des Etats-Unis afin de corrompre et de dissoudre les velléités idéologiques et musclées de certains groupes « révolutionnaires ». Trente ans de pourrissement sous l’égide des « bons démocrates » droits de l’hommiste ! Trente ans de condescendance intellectualiste et subventionnée à l’égard des « quartiers » ! Trente ans de mascarade multiculturelle et de mixité bidon ! Trente ans de junk food ! Et pour aboutir à un foireux Obamacare afin de soigner les épaves de cette corruption organisée ! Toujours la même stratégie: « Ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes »… 

Je reviens de ma tournée cycliste: un chien a failli me déchirer le mollet gauche; mais j’ai enclenché un braquet qu’il n’a pu suivre; deux minutes plus loin, rasséréné, je me suis félicité de la réactivité de mon muscle. On dira ce qu’on voudra, mais dans certaines circonstances, c’est mieux qu’un long discours. 

            

 

 

 

                                  

Du petit lait

 

Je parviens chaque semaine à trouver Rivarol dans le supermarché de mon quartier; et je dois dire que la lecture de cet hebdomadaire m’intéresse beaucoup; les articles sont bien écrits, bien construits et m’apprennent mille choses; quelle différence surtout avec le reste de la presse ! Ouest-France est de plus en plus consternant, vide, creux, péniblement hypocrite. Mais il me faut tout de même le lire un peu pour apprécier la béante bien pensance bourgeoise et pseudo- catholique dont il est le reflet. Outre la nullité de sa russophobie et à présent de sa trumpo-phobie, qui consiste à recopier les « prescriptions » idéologiques de la « grande presse » parisienne (Le Monde, Les Echos, L’Express), il s’avère également très partial et partiel dans ses « reportages » économiques et sociaux; rien n’est plus faux que de croire ou de penser qu’en raison de son « centrisme » électoral ou politique, Ouest-France est un quotidien plus « mesuré », plus « modéré » et plus « objectif » que les journaux dits engagés. En vérité, il distille le poison du mondialisme, et la plupart de ses articles, y compris ceux du « terrain » et de la ruralité, partent du principe ou du postulat que l’économie et la société « modernes » sont mondialisées; il faut donc développer des « réseaux », créer des pôles de compétitivité, accueillir des touristes et des migrants, et simplifier les démarches administratives. C’est le programme Macron.

Contre le poison du mondialisme, il faut boire le petit lait de Rivarol; on y fait l’éloge de Trump et de ses premières mesures anti-immigration et protectionnistes, car il s’agit en effet selon le nouveau président de protéger le peuple américain des désordres extérieurs (en partie provoqués par la politique de Washington sous les précédents présidents); on dresse le tableau désastreux de la politique extérieure de Hollande, notamment en Afrique noire (le sujet m’intéresse par rapport à un chapitre de terminale que je dois actuellement enseigner); et je peux lire ceci:

 » Il est vrai que l’intervention armée française au Mali en janvier 2013 a empêché des djihadistes arabes et touaregs, déjà implantés dans le Nord, de s’emparer de Bamako et de l’ensemble du Mali (…) Il existe une tradition régionale d’empires djihadistes, remontant au moins au XVIIIe siècle, sinon au XIIe siècle; leurs ravages accomplis au XIXe siècle, comprenant massacres et réductions en esclavage massives, avaient servi à justifier au nom de l’humanité la conquête coloniale de la Troisième République dans les années 1880-1890. Nous en sommes encore largement là (…). Surtout, la France ne reçoit rien de positif en échange de ce sauvetage permanent d’Etats africains structurellement très fragiles, car regroupant artificiellement des ethnies qui se détestent depuis des siècles. Le contexte de stagnation économique et d’explosion démographique, avec un doublement de la population tous les quinze ans au Sahel, n’arrange vraiment rien, bien au contraire. Les conflits pour les rares terres cultivables en un contexte semi-désertique ou désertique n’en sont que plus exacerbés, avec en particulier des luttes entre ethnies pastorales et ethnies agricultrices, qui ne peuvent plus cohabiter. La solution, qui n’en est pas une, consiste à envahir l’Europe. François Hollande aurait-il obtenu des contreparties minimales d’Etats qui ne subsistent que par le soutien militaire français, comme le Mali ou le Niger, à savoir le retour dans le bon ordre de centaines de milliers de clandestins, au moins, outre les millions de « légaux », présents en France, et l’arrêt des filières, peu discrètes, d’immigration clandestine ? Absolument pas. Les présidents africains s’y opposent régulièrement, exigent un droit sans limite à l’immigration en Europe. »

Oui, sans aucun doute, et je me permets d’ajouter à cette longue citation que la contrepartie (et la motivation !) de l’aide militaire française est la concession des mines d’uranium à la compagnie Areva, ainsi probablement que des « cadeaux » africains (diamants et autres !) destinés aux « frères » maçonniques français. (je m’étonne d’ailleurs que Rivarol n’ait pas souligné cet aspect non négligeable de la « Françafrique » !)

Encore une dose de petite lait: le stratège dissident M. Drac explique dans les colonnes de Rivarol que la mondialisation atteint certaines limites: hausse des salaires dans les pays émergents, faible productivité des pays pauvres, « prise de conscience par les multinationales de la vulnérabilité des chaînes logistiques intercontinentales »… Mais, poursuit-il, la mondialisation n’implosera vraiment que si se produit une grave crise terminale du système financier, ou bien si la « coopération-compétition » entre la Chine et les Etats-Unis est rompue par le protectionnisme de l’un des deux pays. En revanche, la mondialisation des flux d’information est irréversible, selon M. Drac, « et l’époque où les pays constituaient des espaces mentaux collectifs distincts et isolés, c’est terminé. » – Sur ce point, je ne suis pas aussi catégorique; beaucoup de gens se servent d’internet et des médias, non pour comprendre les autres et parler anglais, mais au contraire pour redécouvrir et approfondir leur « moi je », ou leur « nous » d’opposition au mondialisme culturel ! Du reste, M. Drac souhaite une refonte nationale et collectiviste de la France:  » 10 grands ministères, 20 provinces, 400 « pays » représentés chacun par un député. Suppression du Sénat… Plus de départements, plus de cantons, plus de communes, plus d’académies et de rectorats… Prévoir de grands placards… Enfin, constitution d’une milice populaire sur le modèle de l’armée suisse (…) Une mesure-choc sur l’identité nationale: à l’ère des migrations tous azimuts… passage au droit du sang. Bref, si j’étais président, je choisirais l’option « ça passe ou ça casse ». (1)

(1): Tous ces extraits viennent de Rivarol du 26 janvier 2016.

Ce sont là des propos fort « stimulants » comme disent les bien pensants; hélas, impossible d’en faire état à l’intérieur de l’Education soi disant nationale; celle-ci autorise et vante les caricatures lamentables de Charlie, mais sanctionne les propositions et les discours salutaires; la question du salut (public) n’est pas (encore) à l’ordre du jour. Je lis dans Ouest-France le portrait d’une prof d’anglais exemplaire, sélectionnée pour un concours des pratiques pédagogiques les plus innovantes et performantes; elle enseigne dans une classe internationale au lycée Nelson Mandela de Nantes; je vois le genre ! Bien sûr c’est une enseignante hyper-dynamique qui développe l’inter-activité et la créativité des élèves, elle n’enseigne plus du tout en « magistral » depuis longtemps; c’était l’enfer, dit-elle, les élèves s’ennuyaient et moi aussi. Rien de tel à présent. « C’est super, ça pulse, parfois un peu trop, le matin elle est déjà à cent à l’heure » rapporte un élève. Ce genre de prof est en effet très fatigant; le « nervous breakdown » ou le « burn-out » n’est pas loin. Personnellement, je préfère développer des qualités spirituelles de silence, de retenue, de douceur, et pourquoi pas, d’ennui; car l’ennui est un trouble qui motive des aspirations nouvelles; le rôle du prof n’est pas seulement de produire du « plein » (beaucoup de bruit pour rien !), il est aussi et surtout de créer un genre de vide.                                                       

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