En tournée

 

Je passe quelques jours en Bretagne; il faut bien que je montre un peu le bout de mon nez, on me reproche assez souvent de vivre reclus en Normandie; on voudrait me voir faire du tourisme; on se demande ce que je peux bien  »bricoler » dans mon petit appartement; donc, j’effectue ma tournée, familiale, régionale, pascale; j’observe, j’écoute, je parle un peu. La situation de ma mère se dégrade, elle se néglige, ne s’intéresse à rien, et n’est presque plus invitée par les personnes de son âge. Je vais aux informations dans le village, c’est accablant, et j’en éprouve bien du chagrin. La maison de retraite se rapproche. C’est ainsi, depuis la mort de mon père, les relations familiales se distendent un peu; je prévois que ma frangine va bientôt faire sécession; comme beaucoup de femmes de sa génération, elle s’est économiquement émancipée tout en ayant subi les dernières mesures « réactionnaires » de la société patriarcale, misogyne, sexiste; son caractère est un peu agressif sur certains sujets, et d’une manière générale sa conversation manque de souplesse. Mais il faut reconnaître et saluer son « activisme » ou son savoir-faire qui laissent peu de place en effet aux négociations. Enfin, comme dans beaucoup de familles, ainsi que j’ai pu le constater à mots couverts, les relations entre les soeurs et les belles-soeurs sont déplorables, les premières accusant les secondes de manipuler leurs frères, et les secondes accusant les premières d’avoir des intentions possessives et vénales. Une chose ressort en tout cas de ces « histoires de familles », c’est que le sexe féminin y joue bien souvent un rôle belliqueux. Pour une « sainte », de temps en temps, que de harpies et de mégères ! Imaginez un instant un débat télévisé entre Marine Le Pen et Nathalie Artaud ! Mais au bout de dix minutes elles se jettent l’une sur l’autre comme deux chattes en chaleur !  

Une de mes belles-soeurs, la plus gauchiste de toutes, mais d’un gauchisme réactionnaire (qui s’explique justement par le discours très patriarcal de son milieu social d’origine), verse dans toutes les « thèses » médiatiques proférées à l’occasion de l’élection; et ne manque jamais de solliciter mon avis, avec l’intention de le contredire; cette fois, c’est à propos de la rafle du Vel’d'Hiv’; bien sûr, ma belle-soeur est persuadée que la France a collaboré à l’extermination des Juifs, après avoir fait déporter des millions d’esclaves noirs; je lui réponds que c’est très exagéré de dire et de penser cela, que la traite négrière avait commencé bien avant que des marchands « français » (souvent juifs d’ailleurs) ne viennent se mêler au « commerce triangulaire »; quant au Vel d’Hiv’, en effet ce sont des policiers français sous l’autorité de Vichy, elle-même sous l’autorité nazie, qui ont raflé des milliers de Juifs vivant à Paris (la plupart d’origine allemande, et n’ayant pu obtenir la nationalité française suite aux mesures restrictives prises à cet égard par les gouvernements radicaux-socialistes des années 1930 !); mais de là à impliquer la responsabilité de la France et de tous les Français, y compris nous autres à présent, je réponds à ma belle-soeur que c’est grotesque et que Marine Le Pen a bien eu raison de soutenir la thèse gaulliste et mitterrandienne du refus de repentance nationale. Elle n’est pas d’accord, même si je vois assez vite qu’elle ne maîtrise pas vraiment le sujet, ce qui est bien normal du reste, car c’est un sujet tout de même assez complexe où les spécialistes eux-mêmes se déchirent. Evidemment je me garde bien d’évoquer le rôle du CRIF, de Klarsfeld et de toute la clique judéo-médiatique très présente sur nos écrans depuis plus de quarante ans.

Je me demande cependant si cette notion de repentance ne serait pas elle-même une conséquence de la déchristianisation de la société française; l’Eglise a longtemps servi de socle moral au pays, comme tout historien ou professeur d’histoire digne de ce nom devrait être en mesure de le reconnaître; les rois avaient les pieds rivés à ce socle; et s’attaquer à l’Eglise c’était s’attaquer au pouvoir du Roi; il est archi-faux de soutenir, ainsi que le fait la vulgate scolaire sur la monarchie absolue, que l’ensemble de la société française n’avait du coup aucun droit, aucune liberté, et que régnait partout le plus despotique « bon plaisir » du souverain et d’un clergé notoirement corrompu et corrupteur. Le moindre livre d’histoire sur l’Ancien Régime nous montre très vite le contraire (1). L’Eglise exerçait un rôle d’assistance sociale et morale qui pouvait aussi avoir une valeur éducative; c’est l’abbé de L’Epée qui fonde au milieu du XVIIIe une école des signes pour les sourds et muets (ainsi que nous le montre le film Ridicule de P. Leconte), tandis que les philosophes des soi disant « Lumières » discutent à l’infini de la relativité des jugements (surtout ceux des autres) dans leurs salons et cabinets. Peu à peu, et non sans résistance, l’Eglise perd de son influence, politique, sociale, culturelle; la puissante idéologie des Lumières devenue le socle des républiques françaises se transforme en rouleau compresseur des écoles et des médias. Les prêtres ont été remplacés par les services sociaux de l’Etat-Providence; et pour certaines questions d’ordre plus intime, des psychologues et psychanalystes consultent et délivrent à présent leurs remèdes, souvent très coûteux; mais il faut payer pour se sentir sinon guéri du moins soulagé (du porte-monnaie). « Là, con, fesse », comme aurait dit Lacan, et tout un vocabulaire freudo-marxiste a subjugué les modestes Je vous Salue Marie et Notre Père d’autrefois. Enfin, si j’en juge à travers ma belle-soeur, cette « médication » civile soi disant savante et progressiste génère surtout des comportements et des opinions d’une intempestive fébrilité, qui produit elle-même une « moraline » générale de la docilité (exemple: ma belle-soeur pleure souvent, peut même quitter un repas à cause d’une petite phrase prononcée contre elle, mais une demi-heure plus tard se montre d’une parfaite gentillesse et se remet à rire un peu nerveusement…). Beaucoup de Français et de Françaises ont ainsi été frappés, et c’est pourquoi la notion de repentance fonctionne aussi bien.

(1): Dans La France et les Français, op. cit., le chapitre écrit par Roland Mousnier sur les institutions politiques sous la monarchie met en valeur la construction et le fonctionnement de l’unité du royaume et du pouvoir d’Etat à travers l’existence d’un grand nombre d’assemblées, de corps et de conseils qui défendaient les intérêts et les besoins des différentes villes et provinces; c’était l’unité par la diversité, en somme, et non « dans » la diversité; un tel système rendait par ailleurs superflue la notion de « séparation des pouvoirs » chère à Montesquieu, belle formule, mais totalement fausse, écrit R. Mousnier. En revanche, il y avait un « équilibre des pouvoirs » (et de fréquentes rivalités) qui fut malmené par les crises, les famines, les guerres, les révoltes; le rôle de l’Etat fut accru sous une forme jugée déplaisante voire humiliante par nombre de Français. Surtout quand l’on vit que cet Etat n’agissait plus avec l’Eglise mais bien contre elle; telle fut l’unique logique de la Révolution.     

Je vais à la messe pascale dans une petite église bretonne près d’Auray; sur une grande affiche pastorale, on peut voir un Jésus-Christ aux traits gaulois, qui fait penser à Vercingétorix; mais la forme de ses moustaches et de ses yeux globuleux n’est pas non plus sans évoquer Léon Blum; je suis un peu perplexe. L’œcuménisme par les images consiste à vider le catholicisme de son contenu doctrinal; le prêtre a cependant belle allure, grand, fin, et de type « caucasien »; il insiste sur la notion de pardon, qui signifie également bienveillance et clémence; il parle des « zones d’ombre » que nous avons tous, mais qui prouvent aussi que nous sommes éclairés; du clair-obscur en somme; toute petite, toute fragile, la flamme doit pouvoir nous guider. Mais à travers quoi ? Les ténèbres ? Un couloir menant à une chambre ? Eros ou Thanatos ? J’avoue regretter un peu n’avoir pas de cheminée dans mon appartement; comme autrefois dans ma maison forestière. J’ai bien une lampe à pétrole offerte par mon ami dissident, mais je ne trouve jamais l’occasion de m’en servir. Quoi qu’il en soit, la messe touche à sa fin, et on ouvre les portes centrales; d’habitude on n’en ouvre qu’une seule; belle lumière extérieure, j’en ai les yeux éblouis.

                                                                                       

Commentaires

  1. Le Comte dit :

    On en est tous un peu là, en effet, dans les familles. Bonne lampe à pétrole, Grand !
    :-)

  2. DEVERSON dit :

    Nos parents se sont sacrifiés pour que devenions des gens bien. leur vieillesse arrivée, nous voudrions les aider à notre tour comme ils l’ont fait, mais nous ne pouvons qu’être les témoins impuissants de leur déchéance. C’est le drame qui nous laissera toujours inconsolables.

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