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Archive pour novembre, 2016

Le fond de l’automne

 

Nous entrons dans le fond de l’automne, les arbres perdent leurs feuilles, les pluies sont froides, bientôt ce sera la neige. Je pédale un peu moins, je vais peut-être prendre un cm de gras. Rien du tout à côté de mon collègue d’histoire, au ventre sénatorial. Lui aussi m’interpelle sur la Russie et Poutine; décidément, qu’ont-ils tous en ce moment ? Et qu’il me faut sans cesse répéter les mêmes choses; mais peine perdue. A quoi bon discuter ?

Peut-être y a-t-il dans le fait d’écrire comme un ras-le-bol de la discussion; une aspiration à quelque tyrannie contre le bla-bla… Si les écrivains de gauche sont si mauvais, aujourd’hui s’entend, c’est qu’ils se croient démocrates et perpétuent à l’écrit l’insupportable bla-bla des discussions; et c’est pourquoi ils sont invités et récompensés partout, notamment dans les écoles, prix lycéens, etc. Ils se croient démocrates, dis-je, mais le sont-ils vraiment ? A la manière de mon collègue ventripotent, ils atteignent très vite le point de leur intolérance; « toute vérité n’est pas bonne à dire » me prévient sentencieusement celui-ci. Alors, je me tais. On connaît l’idée très étroite que ces gens-là se font de la démocratie: « poser des bonnes questions afin d’avoir de bonnes réponses », selon la formule de Ségolène Royal ! Et elle aurait pu ajouter, car elle le pense: ne pas laisser le peuple poser les questions. Finalement, c’est Georges Marchais qui avait tout compris: « Taisez-vous Elkabbach ! »

Et dire qu’il est toujours là, ce vieux grigou de la médiacratie ! Je ne regarde plus les émissions politiques depuis longtemps; on me dit que les choses changent un peu; je lis dans Ouest-France un assez bon « point de vue », cela arrive, où le professeur Christian Lequesne écrit:  » La crise de 2008 a fait entrer les sociétés occidentales dans une nouvelle ère qui peut être qualifiée de post-libérale. Elle se traduit par un tournant qui commence à marquer la fin des managers technocrates et le retour des tribuns en politique. Certains y verront, non sans raison, le retour triomphant du populisme et donc un certain danger. On peut dire, plus simplement, qu’il s’agit du retour de la politique et que cela n’est pas nécessairement incompatible avec la démocratie. »(1)

(1): Ouest-France, 23 novembre

Petite objection toutefois au professeur Lequesne: puisqu’il parle du retour triomphant du populisme, à quelle époque et dans quel pays selon lui le populisme a-t-il déja été triomphant ? En Allemagne sous Hitler ? En URSS sous Staline ? En France sous Philippe Auguste ? En Egypte sous la reine Cléopâtre ? Il n’y a jamais eu de populisme triomphant, M. Lequesne, sauf dans votre méconnaissance idéologique de l’histoire ! Les historiens qui travaillent (il y en a) sur les régimes totalitaires savent bien que la « part du peuple » y fut des plus modestes, et qu’il ne faut pas prendre les images d’archives de propagande (foules acclamant Hitler, etc.) pour des réalités sociales et culturelles ! Mille fois pour une, les idéologies sont des atteintes aux mentalités, aux moeurs, aux traditions, au bon sens ! Mille fois pour une, selon la formule de Saint-Just, le peuple n’a qu’un ennemi, c’est son gouvernement !

Et Fillon ? On devine chez ce monsieur un peu austère (une sorte de Jospin de droite) un certain mépris du peuple, notamment du peuple qui travaille; vouloir prolonger la durée d’activité jusqu’à 65 ans, et augmenter le temps de travail hebdomadaire des fonctionnaires (par exemple des enseignants), des employés et des ouvriers, c’est manifestement la volonté de l’oligarchie mondialiste qui s’exprime dans le programme de ce monsieur Fillon. Lequel se garde bien évidemment de dénoncer le parasitisme financier des milieux d’affaires et des marchés spéculatifs qui chaque année prélèvent des milliards sur le dos des Français qui bossent ! J’ai tenté de regarder et d’écouter le débat télévisé entre Fillon et Juppé, les deux candidats de la droite mondialiste; eh bien je me suis endormi au bout d’une demi-heure; c’est que le travail d’une journée de prof est fatigant ! C’est aussi que ce débat s’est avéré d’un ennui profond. Du politiquement correct de droite, aussi creux et superficiel que celui de gauche. J’ai cru comprendre toutefois que les deux candidats étaient d’accord pour légiférer en force, pendant l’été, une manière de sodomie estivale des Français ! Juppé fournira un peu de vaseline; Fillon non.

Je ne crois pas exagéré par conséquent de parler d’un programme « fion » ! Les Français qui semblent l’approuver et le désirer, souvent des personnes âgées, ont sans doute un peu oublié les sensations de l’affaire; comme ils et elles ont oublié que Fillon a déjà dirigé le gouvernement de la France pendant cinq ans (2007-2012); et que cette période n’a pas été particulièrement bénéfique pour les travailleurs ( le chômage a fortement progressé). On me dit enfin que Fillon incarne aujourd’hui le conservatisme, les valeurs morales, voire la trilogie « Travail-Famille-Patrie »; c’est très exagéré ! Je vois surtout un candidat qui exploite habilement le rejet de la gauche et du gauchisme et qui profite surtout de la nullité de ses adversaires, au sein de la droite pour commencer. Quant au soi disant néo-gaullisme de Fillon qui serait favorable à un rapprochement avec la Russie, là encore on surestime les intentions d’un candidat qui ne remet pas en cause l’alliance atlantique et l’influence écrasante de celle-ci en Europe.

La vraie raison du succès de Fillon c’est son anti-islamisme; et sur cette question, il est en effet très facile de prendre en défaut tous les autres candidats et leurs clientèles, à commencer par celle des profs, dont le slogan « pas d’amalgame ! » est aussi peu efficace que le « no pasaran » d’autrefois. Mais l’anti-islamisme de Fillon saura t-il s’attaquer à ses causes internationales ? et saura t-il épargner les « musulmans du quotidien » qui, j’ose le croire, ne projettent pas de soumettre la France en dhimmitude ?

Il est à craindre que ni Fillon ni les autres ne désignent les vrais fauteurs de troubles et les vrais responsables des difficultés de la France; et qu’on assiste par conséquent à de bien mauvais procès: contre les fonctionnaires, contre les musulmans, contre les chômeurs, contre les Français de souche, contre les députés et les sénateurs*, etc. Bref, contre le peuple et le « populisme », puisque tel est dorénavant le mot derrière lequel ou par lequel se crispent tous ceux qui, comme les journalistes, cherchent à protéger et défendre les promoteurs et les actionnaires du mondialisme, qui les financent.

*: ce n’est pas en réduisant le nombre des élus de la Nation qu’on résoudra les problèmes des Français, bien au contraire ! Car cette mesure ne fera qu’augmenter le pouvoir des technocrates non élus et des parasites de toute sorte, des « managers » ainsi qu’on les appelle, et qui n’ont en général qu’une politique: supprimer des emplois !

 L’affaire électorale et politique s’annonce complexe et tendue; je ne prétends pas avoir tout compris; et je ne suis pas encore bien sûr de mon choix de 2017; il faut toujours laisser un peu de place à l’imprévu. Pour le moment, je dois répondre à des questions professionnelles et familiales, qui s’accumulent, et c’est pourquoi il n’y aura pas de texte, ni chronique ni commentaire, dans la semaine à venir. Retour possible le 9 décembre. On verra.                                   

Sport et mondialisation

 

C’est un vaste sujet, mais à travers trois exemples on pourra y voir un peu plus clair; je parlerai d’abord du vélo en m’appuyant sur un article de Ouest-France (16 novembre) qui dénonce le nouveau calendrier du World Tour; j’exposerai ensuite les sentiments positifs que me procurent les matchs internationaux de rugby qu’on peut suivre actuellement à la télé, enfin je ne cacherai pas ma déception devant le spectacle du foot et j’expliquerai que la mondialisation n’est ni bonne ni mauvaise en « soi », mais qu’elle doit être appréciée en fonction de ses acteurs et promoteurs; à cet égard le sport est en effet un bon terrain d’observation.

1) L’Union Cycliste Internationale (UCI) vient d’adopter un nouveau calendrier World Tour qui fait passer le nombre d’épreuves de 27 à 37 et le nombre de jours de course de 150 à 180 par an. Démentiel et irresponsable ! s’exclame Marc Madiot le président de la ligue nationale. « Ce calendrier ne respecte aucune règle », et veut faire « exploser » le peloton en privilégiant les équipes aux gros moyens qui pourront s’aligner sur toutes les épreuves; les autres devront disparaître, comme devront disparaître les « petites courses » provinciales françaises (Boucles de la Mayenne, Polynormande…) qui seront éliminées par de nouvelles courses ayant lieu au même moment (par exemple la London-Surrey Classic). Cyrille Guimard, observateur critique du World Tour depuis plus de dix ans, note que la « philosophie » du nouveau calendrier est un virage à 180 ° par rapport aux bonnes et belles intentions éthiques et sportives affichées après les turbulences du dopage (années Armstrong). « Il s’agit d’organiser le grand business planétaire » résume-t-il, où les courses françaises en dehors du Tour n’ont plus vraiment leur place. Marc Madiot, lui, ne veut pas renoncer et envisage un recours devant les tribunaux (suisses), car le nouveau calendrier met en péril selon lui la santé du peloton; sa santé physique et sa santé financière. Ce n’est évidemment pas l’avis des patrons de l’UCI (Brian Cookson et cie), des sponsors, des chaînes de télé (Sky) et d’Amaury Sport Organisation (ASO) qui tous ensemble veulent « diversifier » et mondialiser les épreuves (j’ai récemment vu sur la chaîne L’Equipe – rappelons que L’Equipe appartient au groupe ASO- le Tour du Hainan, île chinoise au large du Golfe du Tonkin). Leur « philosophie » d’ouverture au monde consiste surtout à réaliser des profits avec ceux qui acceptent d’y participer; et c’est pourquoi, en effet, les « libéraux » du World Tour souhaitent aussi limiter le nombre d’équipes (tendance oligopolistique) et revoir le partage des bénéfices entre organisateurs et sponsors. En somme, du libéralisme sélectif. Quelle perspective alors pour Marc Madiot et les équipes françaises ? Soit obtenir quelques petites concessions provisoires, quelques aménagements « à la marge », soit claquer la porte de l’UCI, faire sécession et organiser un cyclisme à la française, moins dopé et plus convivial. Cette deuxième solution a toute ma préférence. D’autant plus que, pour avoir regardé des extraits du Tour du Hainan, mais aussi du Tour de l’Utah et du Tour de l’Alberta, j’ai surtout constaté la faiblesse du public sur les bords des routes et l’ennui sportif des courses en question, accompagné de bien médiocres commentaires sur la chaîne L’Equipe TV.

2) Tout autre est mon jugement sur la mondialisation du rugby; les matches internationaux de novembre entre l’hémisphère sud et l’hémisphère nord sont toujours et de plus en plus passionnants; malgré les clubs et les « franchises » qui attirent les meilleurs joueurs, les sélections nationales savent préserver leurs intérêts et proposer au public une qualité de jeu qui remplit les stades et augmente les audiences télé; à la différence du foot, la motivation des joueurs sélectionnés sous les couleurs de leur pays semble toujours très forte; cela tient il est vrai aussi à la nature même du rugby, qui exige engagement et discipline, sans quoi ce sport ne peut exister. Certaines sélections, comme la France, l’Angleterre, la Nouvelle-Zélande, acceptent dans leurs rangs des joueurs qui n’ont pas la nationalité du pays, mais qui, évoluant dans celui-ci, peuvent en porter les couleurs (et l’acquérir par la même occasion) eh bien, la fierté et la détermination de ces joueurs, tel Spedding devenu le n° 15 incontestable de l’équipe de France, sont décuplées. Phénomène encore plus exceptionnel et impensable au foot, certaines sélections, comme les Lions et les Barbarians, regroupent des joueurs de pays différents, et sont capables en quelques jours de préparation de proposer une qualité de rugby digne d’affronter les meilleures équipes nationales. Disons, pour résumer, que mondialisation et esprit d’équipe font très bon ménage dans ce sport; bien sûr, comme dans tout ménage, il y a des disputes et des rivalités, par exemple en France où les intérêts des clubs se heurtent parfois à ceux de la fédération et de la sélection nationales. Mais ailleurs, en Irlande, en Angleterre, et bien sûr en Nouvelle Zélande et en Australie, la cohabitation et la dynamique fonctionnent beaucoup mieux. Que dire de plus en faveur du rugby ? sans doute l’essentiel: que l’intelligence des joueurs, à la fois virils et corrects, est la principale explication de la très bonne évolution mondialisée et nationale de ce sport.

3) Rien de tel avec le foot ! L’esprit d’équipe et la discipline collective sont défaillants dans la plupart des clubs et des sélections nationales; l’individualisme obscène et la mafia ploutocrate règnent dans le « milieu » des footballeurs et des dirigeants; les journalistes n’osent en parler ouvertement mais on devine parfois que la vérité leur brûle les lèvres; Pascal Praud excelle à manier le « politiquement correct » tout en laissant entrevoir les arguments d’une profonde décadence du foot français; les clubs professionnels sont en train d’imploser, sous l’effet d’une mondialisation (immigration de joueurs) non contrôlée; des réseaux d’agents se sont constitués et ont pris le pouvoir sur les transferts; les joueurs vont et viennent, changent de club tous les six mois, et se désintéressent finalement du « ballon » pour ne se préoccuper que des avantages de leur nouveau contrat; on a peine à savoir d’où vient l’argent qui sert à payer tous ces mercenaires; Pascal Praud nous parle de ces dirigeants qui puisent dans leurs propres fonds, par exemple V. Kita à Nantes; des fonds extensibles ? V. Kita a fait fortune dans la fabrication de lentilles oculaires et développe aujourd’hui des traitements qui augmentent la taille du pénis ! Mais le meilleur est sans doute à venir avec l’arrivée de l’investisseur américain Mac Court à l’Olympique de Marseille… Ce que n’osent pas dire les journalistes bien pensants, c’est qu’une bonne partie du « fric » provient de magouilles, de trafics et d’évasions fiscales, que le foot sert à blanchir ! Cet argent qui circule via des sociétés-écrans ou off-shore entraîne avec lui l’hyper-mobilité et volatilité des joueurs et des sponsors; l’idée d’un Mac Court est de réaliser le plus de profit possible en un minimum de temps, ce qui veut dire tromper et gruger quelques partenaires moins mobiles, dont les collectivités territoriales et les instances fédérales. Quant au public, il n’adhère plus vraiment à des clubs qui trahissent constamment l’esprit du foot par leur jeu collectif indigne. Il n’adhère pas davantage à des sélections nationales qui ne dégagent plus d’émotion, pour des raisons diverses qui tiennent en partie à l’allure générale ou particulière des joueurs, mais qui tiennent aussi à l’organisation des compétitions, où le fric, les médias et les sponsors font la loi. Spectacle ! nous fait-on comprendre, mais le spectacle en question précisément tue l’émotion.                                                                    

Survivre en milieu hostile

 

Depuis l’élection de Trump, mes collègues rivalisent de propos aberrants; et encore je n’entends qu’une toute petite partie d’entre eux; on dirait des réactions à la Nabila, « non mais c’est grave quoi ! » et dans le meilleur des cas cela donne: « on est dans une situation des années 30″, je dis le meilleur car la collègue de SES qui a proféré cette connerie s’est trouvée très intelligente pour le coup. Son visage brillait de fatuité. Il est fort probable que les collègues en question ne se privent pas de dire aux élèves ce qu’elles « pensent » de Trump; elles s’entraînent pour Marine Le Pen.

Et moi là-dedans ? Je me retiens. J’ai des crispations de mâchoires; la meilleure réaction est encore la plaisanterie, du genre: « Trump ne rétablit pas l’esclavage ? Bah je suis déçu… » – Ma collègue franc-maçonne d’histoire-géo se félicite des manifestations anti-Trump, signe d’une vraie démocratie ! Je la regarde avec étonnement: Ah bon ? – « De toute façon toi tu admires Poutine, alors hein ! » – Ma collègue est un peu à vif depuis quelques jours: son charmant fiston, 23 ans, qui commence une formation pour entrer au GIGN, et qu’elle continue d’appeler « mon chéri, mon coeur » au téléphone, ce fiston qui collectionne les « coups d’un soir » vient de mettre enceinte une belle africaine naturalisée et gendarmette; la fille a fait ce qu’on appelle un « déni de grossesse »; le bébé a six mois, il va donc falloir le garder; le fiston qui n’avait pas l’intention de vivre avec la fille en question se trouve très embêté, « allo maman ! » – Les futurs grands parents ont donc pris l’affaire en main; ils élèveront l’enfant ! – Quant aux jeunes « parents », ils veulent avant tout poursuivre librement leur carrière professionnelle et les nombreux déplacements qu’elle va impliquer. Donc, ma collègue d’histoire-géo, 53 ans, va devoir ressortir les biberons, et elle pense déjà à son prochain emploi du temps, « je vais demander mon mercredi. », etc. En attendant, elle prépare une sortie scolaire au ministère de l’intérieur (elle connaît personnellement le ministre !) et à l’assemblée dite nationale.  

En classe, je me suis bien gardé d’exprimer mon avis sur Trump, tout en évoquant les raisons du vote en sa faveur; j’ai proposé en devoir le sujet suivant: « Trump, les Etats-Unis et la mondialisation », il a été choisi par quatre élèves; l’une d’elles, fille d’un prof d’histoire de la fac, a très rapidement écrit, dès l’introduction, que Trump était « raciste, homophobe et sexiste »; dans la marge j’ai indiqué: « pas de jugement a priori SVP »; sa copie cela étant fut très valable, c’est une élève qui maîtrise l’expression et les connaissances; « malgré votre empressement à condamner Trump, lui ai-je dit en remarque générale, vous parvenez quand même à instruire le sujet »; et j’ai mis 15. Imaginez maintenant un élève écrivant que Clinton a été une candidate arrogante, méprisante, corrompue et belliciste, quelle aurait été l’appréciation d’un prof de gauche devant sa copie ? Je vous le demande. 15 sur 20 ? J’en doute fort.

Un seul élève, un grand garçon à l’allure virile et sportive, a fait preuve de modération et de réflexion dans son commentaire de la victoire de Trump; il a tenu la parole pendant plus de deux minutes pour expliquer au reste de la classe (mais la plupart de ses camarades étaient un peu largués…) ce qu’était l’immigration « armée de réserve du capital », puis pour expliquer qui étaient les « idiots utiles » du système, deux expressions que j’ai doucement savourées. Ce garçon, bien sûr, n’a pas manqué de venir me voir en fin d’heure, nous avons échangé quelques marques de reconnaissance, il m’a parlé de son intérêt pour l’histoire (et mes cours de « grande qualité » !), de sa lecture de Marx, et de sa passion pour la période napoléonienne (que je n’enseigne pas !). Bref, un oiseau rare dans le poulailler.

Mon collègue de philo auteur d’essais de culture musicale semble depuis quelque temps s’intéresser à mes opinions; qu’ai-je donc pu dire qui ait pu attirer sa curiosité ? Nous parlons un peu d’historiographie; il me cite Pierre Nora. Un peu vaseux, lui dis-je; Furet ? Mouais. Je préfère Tocqueville. Puis, par un mouvement de conversation inattendu, nous tombons sur Attali. Je déteste ce mec, me dit-il, et il ajoute, « c’est presque… physique… » – J’enchaîne, rigolard, « attention collègue ! antisémitisme ! » Il sursaute, « Oh la ! surtout pas ! ». Mais non, je le rassure. Encore plus suave, je lui fais part de mes limites intellectuelles, de ma méconnaissance de l’anglais qui m’empêche d’apprécier sans doute de très bons historiens d’Oxford et de Cambridge qui ne sont pas traduits; lui, en revanche, lit très bien l’anglais philosophique, en me disant que ce n’est pas très difficile. Ah ? Là-dessus nous parlons de ma cousine, qu’il connaît vaguement, en surfant un peu sur certains sites de philosophie analytique, etc. Nous tombons d’accord sur un point: qu’on apprend plein de choses sur internet. « Il y a des collègues qui écrivent des blogs », lui dis-je en guise de conclusion. Il doit filer, c’est un homme un peu pressé.

Ce qui l’intéresse, ce sont les artistes et les intellectuels qui sont en rupture, en déviation ou en dissidence; Attali l’exaspère parce qu’il incarne l’expert officiel, et sa parole, son visage même reflètent un genre de suffisance et de mépris implicite pour ceux qui ne correspondent pas à sa « vision » du monde. Mon collègue apprécie au contraire les intellectuels et artistes qui « construisent » un monde par leurs oeuvres et leurs idées, mais ce monde-là n’est pas géopolitique, ni capitaliste ni communiste, c’est un monde d’esprit et d’âme qui transcende ou subsume les idéologies. J’imagine donc mon collègue plutôt favorable aux marginalités culturelles et esthétiques où sont révélées en creux et en relief les hypocrisies et les intolérances des grands systèmes soi disant intégrateurs de la civilisation (1). Je l’imagine favorable aux hérétiques, aux dissidents, aux parias… Oui, mais favorable jusqu’à quel point ? Ce qu’il veut ou ce qu’il croit défendre en pensée, le défendra -t-il quand il se présentera devant lui, dans toute la rigueur de sa marginalité ? Saura-t-il même le reconnaître ? Je crains au contraire qu’il ne se réfugie dans l’avis de la foule et ne renie la moindre reconnaissance à l’égard du marginal qu’on mène au supplice. Et comme il n’y a plus de coq en ville pour chanter, il ne se rendra pas même compte de sa trahison, de se trahison de clerc.

(1): Dans Les Marginaux, publié à Francfort en 1975, l’essayiste et professeur Hans Mayer désigne et étudie trois groupes: « Femmes, Juifs et homosexuels » – Cette marginalité « existentielle » lui paraît la seule valable et digne d’examen, et à travers elle c’est toute la culture politique de l’Occident qui montre ses failles et sa faillite; ainsi « la haine envers les Juifs après Auschwitz » confirme le diagnostic de Sartre d’une civilisation « intégratrice » qui occulte et broie ses spécificités existentielles. Le livre de Mayer se trouve en collection de poche, 10/18, 1994.        

 

 

 

 

 

           

 

      

Force d’inertie

 

Comment changer la politique d’un pays ? Le « souverainisme » (America First) de Trump peut-il affronter le mondialisme commercial ? Et que faire de tous ces médias qui ont appelé à voter contre lui et l’ont copieusement insulté ?

Une chroniqueuse de Radio-Courtoisie parlait l’autre jour de la force d’inertie du mondialisme, et donnait l’exemple du Brexit qui est en train de s’enliser dans les eaux vaseuses de l’union européenne; les chefs d’Etat aux allures molles (suivez mon regard) ne sont que le reflet de cette force d’inertie mondialiste. Trump à peine élu, tous veulent s’asseoir autour d’une table pour discuter; on sait bien que les discussions entretiennent l’irrésolution; les vraies et bonnes décisions sont prises sans avoir à discuter ! A mon modeste niveau je peux m’en apercevoir tous les jours. La « réunionite » des pédagos et des chefs d’établissement ne sert qu’à organiser les obsèques de l’enseignement; c’est toute la différence entre la « religion » républicaine du bla-bla bien pensant et la spiritualité résiduelle et combative de certains professeurs. Toute la différence entre les « clercs » (et leur trahison) et les saints-martyrs !  

La victoire de Trump, je le répète, est avant tout le rejet du bla-bla politiquement correct, indigeste, que le peuple américain subit depuis trente ans et plus; ce bla-bla contraste un peu avec le « niveau de langue » des rapports sociaux et culturels de la vie quotidienne; Trump a bien davantage incarné cette réalité vécue que la mère Clinton; cela veut dire aussi que la mondialisation (immigration massive et durcissement des conditions de travail) produit de la violence sociale et culturelle que les élites bien pensantes et bien à l’abri de cette violence (quoique, pas toujours) ne savent pas juguler. Trump le saura-t-il et le pourra-t-il ?

Certes il fera baisser tel et tel impôts, il durcira les conditions d’immigration, et peut-être celles de l’avortement, mais s’attaquera-t-il à la violence épouvantable des séries télé et du spectacle global ? s’attaquera-t-il à la drogue ? à la prostitution ? à la pornographie ? La bonne santé du peuple n’est pas qu’une question « d’accès aux soins et aux médicaments ». Il faut aussi parler d’éducation et de morale; Trump est devant un immense défi; voilà plus de trente ans que l’Amérique est culturellement et socialement décadente; orgies chez les uns, misère morale et sexuelle chez les autres. Angoisse et maladies pour tous; c’est un peu ce que montrait le film de D. Arkand, « Le déclin de l’empire américain » (suivi d’un autre film intitulé « Les invasions barbares »). Les journalistes et professeurs méprisants de l’oligarchie, tel un D. Moïsi, ont parlé des « petits blancs » qui ont voté Trump; dans la réalité, les blancs américains sont plutôt gros et grands. La « malbouffe » sera t-elle enfin abordée par le nouveau pouvoir politique ? Rien n’est moins sûr. Feuqland a encore de beaux jours devant lui. 

La mort de Léonard Cohen a été un peu éclipsée par l’élection; les avis sont partagés sur cet artiste; son dernier album, que je n’ai pas écouté, est sépulcral; l’ensemble de son « oeuvre » de toute façon ne respire pas la gaieté; il y est surtout question de mort et de sexe; sur le plan musical, les arrangements et les parties chorales sont parfois très réussis; les concerts qu’il a donnés en 2009-2010 (dont un à Caen que j’ai eu la chance de voir) étaient impressionnants de maîtrise; certains « puristes » ou intégristes avaient alors regretté que ses grandes chansons engagées des années 67-75 fussent noyées dans une orchestration un peu « exotique » (avec la présence d’un oud à la place de la guitare sèche emblématique de la chanson contestataire folk d’autrefois). Samedi soir 12 novembre, G. Lang sur RTL a consacré deux heures d’émission à l’oeuvre de Cohen; mon impression globale fut celle d’une mélancolie souvent ennuyeuse; à la différence d’un certain public féminin, je ne suis pas du tout « envoûté » par la voix rocailleuse ou caverneuse du chanteur; quant à l’auteur-écrivain, je ne comprends pas ses textes, ce qui limite beaucoup mon appréciation. Michel Houellebecq a bien raison de rappeler l’importance de la chanson française, aujourd’hui sous-estimée, dans l’atmosphère « musicale » des années 70, et notamment les grands titres de Michel Delpech: Les Divorcés, Le chasseur, Ce lundi-là; Michel Delpech est mort lui aussi cette année.

Les questions culturelles ne figurent pas vraiment dans les programmes politiques actuels; je constate cette absence sans être persuadé de la déplorer, même si la culture de beaucoup de Français laisse à désirer; trop de violence d’images, pas assez d’innocence et de gentillesse dans les moeurs et l’expression; trop d’anglais, de slogans et d’invectives, pas assez de français équilibré, de syntaxe, de poésie, de rhétorique; une création artistique souvent scabreuse et ténébreuse, décadente et élitiste; pas assez de musique légère et de romans provinciaux (comme Madame Bovary !). Faut-il légiférer ? Quand c’est le cas, via les écoles et l’Educ-Nat’, la bien pensance (droits de l’homme, écologie, féminisme) s’appuie sur des faits divers horribles et une interprétation presque toujours péjorative du monde, de l’histoire et de la géographie humaine; le propos est donc de noircir le passé afin de désigner un avenir radieux. A la télé, mes collègues (féminines) raffolent de séries policières anglo-saxonnes ou scandinaves, des « thrillers psychologiques » avec des intrigues haletantes, et beaucoup de scènes sexuelles, etc. Mais sous un immoralisme apparent, cette culture audio-visuelle distille un genre de puritanisme (et d’épuration du jugement critique) qui vise à rendre possible l’exercice de la terreur et de l’intimidation sur la conscience des spectateurs; les femmes, car ce sont elles surtout qui regardent ces conneries-là, sont ensuite les premières à soutenir les mesures de restrictions des libertés d’opinion et d’expression; on le voit à travers l’intolérance féministe de certaines d’entre elles; ou, pour le dire autrement, elles adorent faire des cochonneries avec leurs maris et amants, mais veulent interdire tout propos à caractère sexiste ! Oui à la sodomie mais non à la petite allusion érotique ! Il faut donc s’incliner devant ce pragmatisme puritain et cynique qui marque aussi la défaite d’une certaine culture chrétienne, tendance catholique, provinciale, langoureuse, torturée (lire Mauriac, le plus représentatif à ce propos).  

Trump saura t-il rénover une certaine jovialité virile et folklorique ? J’en doute. La « culture » n’est pas vraiment un objet de législation et de politique aux Etats-Unis; elle est laissée et livrée à elle-même en quelque sorte; et ce n’est sans doute pas plus mal. Puisqu’on a vu qu’en dépit de la propagande médiatique, ou plutôt grâce à elle, les électeurs en arrivent à cultiver des opinions dissidentes qui mises ensemble peuvent porter au pouvoir un candidat politiquement incorrect. Mais la question est maintenant celle-ci: que devient la dissidence une fois qu’elle n’est plus …. dissidente ?!

Qui vivra verra.                                                      

                     

L’empire reste à venir

La plupart du temps nous n’avons rien à dire; rien de spécial, rien de neuf; nos vies sont organisées, modestes et quotidiennes, nos opinions reposent bien au chaud à 37,5 ° dans nos petites têtes; « ça baigne » comme on dit pour signaler que tout va bien; certes, on peut avoir les mains froides, c’est mon cas; et dans notre monde d’opinions confortables c’est un peu gênant, quand il s’agit par exemple de saluer quelqu’un, notamment un supérieur hiérarchique, car n’en doutons pas, l’impression de ce froid manuel n’est pas favorable. Ce syndrome des mains froides traduit paraît-il une nature inquiète voire angoissée; on dit aussi « mains froides, coeur chaud », et autres hypothèses proverbiales. Une chose est sûre, après avoir fait du vélo, mes mains sont en revanche bien chaudes et fort agréables au toucher; même s’il n’y a alors personne pour s’en rendre compte.

Que disais-je ? Oui, que nous n’avons rien à dire, mais que c’est justement ainsi que fonctionne le langage; activité de remplissage, de décoration, de style; le « tragique » de ce vide « existentiel » meublé de mots a été bien vu par de nombreux dramaturges (Beckett par exemple). On parle et on écrit, aussi et surtout, pour montrer et produire une « socialisation »; se montrer solidaires en somme dans le néant; camarades blagueurs dans la course à l’absurde altérité; essoufflés, ricaneurs, que dire de beau et de grand à l’Autre lui-même incrédule ? La rhétorique de mon collègue de philo, par exemple, n’a de valeur et d’intérêt que dans le « microcosme » des intellectuels (plutôt de gauche) qui pensent comme lui*; au-delà, c’est une parole « exotique », « c’est du chinois ! » comme disent les pékins de base… Parvenir à intéresser autrui me semble de plus en plus difficile; dans notre monde d’égoïsmes incultes et de petits microcosmes très spécialisés, on risque toujours deux reproches: « m’sieur on comprend rien à ce que vous dites ! » ou bien « cher collègue votre propos pèche par simplisme et approximation… » – Sans oublier la troisième catégorie, très vaste, des gens de mauvaise foi, qui font semblant de ne pas comprendre ou de comprendre. Donc, écrire ou parler est très décourageant.

*: il vient d’écrire un nouveau livre, « Penser rock ». J’ai promis de l’acheter. 

D’où ma façon de faire: j’écris pour deux ou trois personnes de qualité, pas plus, et je m’évite ainsi toutes sortes de reproches ou de remarques jalouses, envieuses, venimeuses, etc. Les hommes sont des sales bêtes de toute façon. Surtout quand ils sont en troupeau. Quant à parler en public, voyant que la chose est de plus en plus aléatoire avec des élèves lexicalement défaillants, il faut donc inventer des stratagèmes de théâtre, des manières de cirque. C’est la pédagogie par le jeu ! Du pain et des jeux. Nous sommes d’accord.

Le cirque et les gladiateurs, telle est à peu près la seule chose que les élèves ont retenu des Romains; une imagerie dont sont responsables les médias grand public; là-dessus, l’Education nationale arrive avec ses gros sabots idéologiques bien fourrés et bien fumeux, inscrivant au programme « la citoyenneté dans l’empire romain »; question bien faiblarde au demeurant, puisqu’on apprend assez vite que tous les habitants libres et même esclaves ont pu « accéder » à la dite citoyenneté; mais cette apparence de « libéralisme » juridique et politique (la société romaine serait ainsi devenue une « open society » à la Georges Soros !) cache bien sûr une machinerie administrative fort complexe avec toutes sortes de courroies et de poulies (nos renvois d’ascenseurs actuels !); je rappelle ici un souvenir de combattant: l’étude des institutions romaines et du fameux « cursus honorum » servait à recaler un tiers des étudiants de deuxième année à la fac d’histoire.

L’égalité sur le papier, façon de parler, des citoyens romains ne fait en réalité que renforcer les sentiments et les pratiques de la distinction: et celle-ci gravée dans le marbre ! Quant au curieux « édit de Caracalla », qui étend la citoyenneté à tous les habitants de l’empire, en 212, c’est une sorte de « fait du prince », une affirmation de puissance et de divinisation, une initiative « démagogique » qui ne peut que déplaire aux élites de l’époque et aux fonctionnaires et juristes de l’empire, comme déplait aujourd’hui à beaucoup de professeurs le « bac pour tous ». S’il n’y a plus de « sélection », il n’y a donc plus de discipline et de motivation, plus de mérite ! C’est la promotion des masses outrecuidantes ! Et le cynisme généralisé ! Un mélange de morosité et d’hypocrisie, comme dans l’URSS brejnevienne. On a donc pu dire que l’édit de Caracalla avait accéléré l’affaiblissement civil et militaire de l’empire; « L’homme de troupe fredonne des airs langoureux au lieu de pousser des cris de guerre » note Ammien Marcellin (IVe siècle). Là-dessus arrive la « bien pensance » chrétienne (déjà !) avec son message d’égalité universelle et d’accueil des migrants. Les tribus barbares ne se font pas prier, tirant profit par conséquent d’un empire « ouvert » (malgré les « limes » qui sont davantage des zones de commerce et de va-et-vient que des murs-frontières), qu’elles infiltrent, en servant d’abord comme troupes auxiliaires dans l’armée romaine, puis en accédant à des fonctions importantes. Leur virilité et leur vaillance contrastent avec les moeurs corrompues des élites traditionnelles et l’abrutissement des « masses » par le jeu (c’est la thèse de Ramsay Mac Mullen (1)).

(1): Cet historien souligne la militarisation et la privatisation croissantes du pouvoir politique; il cite la scène du Cirque où Caracalla donna l’ordre à ses gardes de réprimer les cris d’une foule impudente contre un conducteur de chars qui avait les faveurs de l’empereur; les gardes se jetèrent dans les tribunes et firent un carnage, n’épargnant que ceux des spectateurs qui leur tendaient leur bourse en geste de pitié ! – Cf. Ramsey Mac Mullen, Le déclin de Rome et la corruption du pouvoir, 1988, puis Perrin coll. Tempus, 2012, p. 235.

D’un empire l’autre. J’ai entrepris la lecture de l’Histoire de la Russie et de son Empire, 1372 pages !* Les gros livres me motivent; ils me confortent, même; et cette lecture n’ayant rien à voir avec ce que j’enseigne, elle me transporte, me fait oublier mon métier d’ « entre les murs »; il est bon rentré chez soi de couper avec les redites idéologiques et la propagande gauchiste des petits espaces et des moeurs étriquées; de l’air ! de l’air ! 

*: par Michel Heller, Plon, 1997, puis Champs-essais, puis Perrin-Tempus, 2015. Né en 1922 en URSS, Michel Heller n’a semble t-il pas été mobilisé lors de la grande guerre patriotique de 1941-45; on apprend sur wikipedia qu’il était au contraire étudiant et chercheur à Moscou pendant ces années de « patrie en danger »… Bon. Il a ensuite été déporté avant d’émigrer en Pologne puis d’atterrir en France, où il est devenu un spécialiste de la littérature russe à la Sorbonne… Russe ou « soviétique » ? C’est tout un débat fort passionnant: comment les intellectuels soviétiques interprètent le passé russe… Et jusqu’à quel point soviétisme et « russisme » sont-ils conciliables ?     

 

    

 

 

 

                                                

Yes !

 

5 heures du mat, c’est souvent là que je me réveille; j’allume la radio, RTL, France Info, Europe 1, la fréquence brouille un peu; il me faut entendre des petites voix bien niaises pour émerger, comme si on me disait à l’oreille, « alors tu vas bien chéri ? bien dormi ? » – Encore une heure à rester allongé; à savourer l’énervement des journalistes parisiens auquel j’oppose une sorte de volupté provinciale.

Trump est élu; je jubile; la consternation, sans doute de façade, des médias radiophoniques me réjouit; Europe 1 me semble la station la plus déconfite par la défaite de la sioniste Clinton; normal. Défilé de bien pensants éplorés, effarés, affligés; le politologue Dominique Moïsi, auteur d’un article lamentable dans Ouest-France où il a fustigé le racisme blanc de l’Amérique « moisie », est le plus pathétique du cortège des pleurnicheurs mauvais perdants; j’ai presque envie de jouir en l’entendant; puis c’est Jean Luc Hees (rien à voir avec Rudolf) qui confie son émotion en pensant à la peine de Hillary, qui s’est tellement dévouée pour le peuple américain; quelle injustice, quelle ingratitude ! C’est maintenant la deuxième couche, après 7 heures, des commentaires pour expliquer la surprenante victoire de Trump.

Je n’y croyais pas moi non plus; mais c’était sans compter sur le peuple américain; ce peuple toujours caricaturé par les médias; peuple de « beaufs », peuple de « petits blancs », de vieux chanteurs de country, et mécaniciens de vieilles voitures à leurs heures perdues (qui sont nombreuses)… Ce peuple silencieux qui enfin aurait parlé. La lecture raciste et méprisante de Moïsi ne tient pas la route; c’est l’Amérique de la région industrielle des Grands Lacs qui a basculé dans le camp de Trump; et beaucoup de Latinos et d’Asiatiques (culture du travail) ont voté pour « le milliardaire républicain » (expression habituelle des médias pour le désigner). Beaucoup de femmes aussi, ce que le pauvre Jean-Luc Hees n’arrive pas à comprendre ! Comment peuvent-elles voter pour un machiste ? Elles ont voté comme leurs maris, lui répond quelqu’un… Réponse méprisante. Les bien pensants discréditent le vote féminin: elles sont stupides et soumises ! Comme ils discréditent le vote des « minorités » et des immigrés: pourquoi tous ces gens ont-il fait le choix d’un candidat « blanc « qui représente la vieille Amérique ?

La réponse me semble évidente: Obama a échoué dans sa politique soi disant sociale mais qui en réalité s’est révélée avant tout favorable aux compagnies d’assurances subventionnées par les autorités fédérales; il en a été de même pour sa politique soi disant écologique, qui a surtout profité au business des quotas de CO2 et des « droits à polluer », contrôlé au sommet par la Goldman-Sachs. Les « démocrates », disons la « gauche » américaine, ont cru possible de berner le peuple par les médias, largement acquis à leur cause dans cette période électorale. Mais ce peuple, bien plus qu’ici en France, a le sens du réel, et n’aime pas du tout qu’on lui raconte des bobards; ce peuple, un peu rustique par certains côtés, a conservé une justesse d’observation et de sincérité, que les analystes et conseillers démocrates n’avaient pas prévue. Ils croyaient avoir à faire à des ploucs manipulables. Mais la manipulation médiatique a montré ses limites.

Le discours de Trump a bien « fonctionné » en raison de son verbe « transgressif »; il a osé dire des « choses » qui d’habitude ne se disent pas en politique ! Beaucoup d’Américains qui s’en désintéressaient se sont de nouveau un peu intéressés à l’élection; les médias et les bien pensants ont été indignés par le verbe de Trump; la classe politique bardée de conseillers en communication s’est trouvée elle-même dans l’embarras; mais une partie du peuple au contraire y a entendu quelque chose de neuf; cela m’arrive aussi, parfois, d’adopter en classe un verbe transgressif, où j’emploie des expressions un peu « cavalières »; l’écoute devient alors beaucoup plus nette, je vois des visages qui réagissent. Mes collègues bien pensants rejettent catégoriquement quant à eux ce genre de communication, et je connais bien leur intégrisme lexical, leur pédantisme sourcilleux et susceptible. Ils n’ont pas manqué bien sûr de mépriser Trump, insulté chaque jour en salle des profs, « une crapule », « un salaud », « un sale con », « un abruti », et j’en passe…

Bien des Américaines enfin n’ont pas été choquées du tout par les propos soi disant sexistes de Trump; elles ont trouvé bien naturel et même réconfortant qu’un homme de plus de 50 ans sache encore apprécier les beaux petits culs et soit capable de refonder une famille après des aventures conjugales fort coûteuses. En revanche le discours féministe des démocrates (financé par le lobby « open society » de Soros) a montré ses limites dans l’Amérique de la Bible et du « revival » religieux. Cette réalité culturelle et sociale est souvent très mal connue ou méprisée par les bien pensants français, athées et anticléricaux. Il ne faut pas insulter les croyances. Jésus Christ a encore beaucoup d’audience aux Etats-Unis.

Enfin, Hillary Clinton a été parfaitement nulle, au-delà de toute attente; elle n’a pas mobilisé l’électorat démocrate, elle l’a même démobilisé par ses manigances et son autoritarisme de grande bourgeoise oligarchique; elle a été l’incarnation de la malhonnêteté, de l’hypocrisie, et son verbe, à la différence de celui de Trump, n’a provoqué qu’ennui et impression d’arrogance; la dynastie Clinton, ça suffit ! ont voulu dire les Américains. Je rappellerai au passage qu’après la présidence républicaine finalement réussie de Reagan (son bilan est réévalué à la hausse depuis quelque temps), c’est Bill Clinton qui a été le maître d’oeuvre de la vicieuse politique libérale et de dérégulation financière qui a produit les inégalités sociales que l’on connaît aujourd’hui aux Etats-Unis. Comme elle a produit l’effondrement de l’économie mexicaine et l’immigration qui en a été la conséquence. Les Américains n’ont pas oublié. La mémoire d’un peuple est un bon outil de vote !

Bravo donc aux Américains (pas tous) et bonne chance à Donald Trump. Pas question pour autant de changer le titre de ce blog; car rien ne change pour l’instant à Feuq-land. L’Etat profond de l’oligarchie mondialiste n’a pas dit son dernier mot; les mauvais coups voire le meurtre font partie de la vie politique américaine de haut niveau. En priant pour que cela ne se produise pas, je formule aussi le voeu que le peuple français se débarrasse en 2017 du piètre et minable François Hollande, qui s’est encore distingué des autres chefs d’Etat en affirmant explicitement sa déception et son inquiétude devant la victoire de Trump. Mais je ne crois pas le peuple français capable d’un vote à l’américaine; et je ne vois personne surtout dans les futurs possibles candidats à notre élection présidentielle, personne ayant la trempe d’un Trump !                 

 

 

 

                                           

De la culture sportive

 

Depuis mon plus jeune âge je m’intéresse au sport; dans l’ordre, le foot, le vélo, le rugby; très tôt aussi j’ai écrit à ce propos, des articles et des chroniques, des cahiers entiers, et même un genre de petit ouvrage en 1982 où j’annonçais trois mois à l’avance la bonne prestation de l’équipe de France de foot au Mundial d’Espagne. J’aurais pu faire un très bon journaliste sportif, mais il fallait entrer dans une école privée et payante, à Lille ou Paris, chose assez impossible dans mon milieu social; bien sûr, on pouvait sans doute y arriver autrement, par des stages et une formation moins sélective, plus démocratique, mais je n’ai jamais été quelqu’un de « débrouillard » (bons plans et petites combines), comme on me l’a souvent fait remarquer. Donc je suis devenu prof et je paye mes impôts (c’est la saison).

La culture sportive est cependant restée au coeur de ma culture générale; parfois même je pense être plus spécialisé et « calé » en foot et en vélo qu’en histoire-géo ! Cette culture sportive me permet de discuter avec beaucoup de gens, surtout des hommes, très peu de femmes; elle transparaît aussi dans mon enseignement, car il est devenu possible de parler de sport à tout propos: sport et mondialisation, sport et développement durable, sport et mémoire, sport et aménagement du territoire, sport et démocratie, sport et régime totalitaire, etc. La plupart des élèves savent donc que je pratique le vélo, et les plus inter-actifs d’entre eux n’hésitent pas à me demander le lundi si j’ai bien roulé pendant le week-end…

J’aime jouer ce registre du professeur sportif, qui sous-entend aussi une sorte d’opposition à l’idéologisme du bobo bien pensant qui dédaigne le foot (trop d’argent, trop de vulgarité machiste) et le vélo (tous dopés); opposition aussi à l’idéologie féministe, qui selon la formule de Simone de Beauvoir, considère que le sport « sert à fabriquer des générations de crétins »; mais ce sont là des « postures » qui peuvent devenir des impostures si on n’y prend garde…

Je m’explique: derrière la posture de professeur sportif, je sais fort bien que je ne suis pas du tout un sportif; celui-ci se définit par la compétition, la recherche de performances et de gains; rien de tel chez moi. Bien sûr, dans une petite côte, je ne répugne pas à produire un effort si devant moi se trouve un cycliste qui pédale à peu près à mon rythme; bien sûr, je me délecte à doubler ceux qui vont moins vite; et je baisse la tête quand me dépasse un cycliste bien formé, qui semble posséder toutes les apparences de l’amateur confirmé de moins de 50 ans. Mais souvent, je pédale tout seul, avec le paysage comme seul témoin, la nature comme seule confidente; ma préoccupation est surtout de « bien rouler », de faire les bons gestes, surtout dans les virages étroits; je cherche en somme à être le plus élégant possible sur ma machine; la solitude incline à l’esthétisme, tandis que la socialisation porte à l’idéologie.

Derrière la posture du prof sportif, se cache aussi, pourquoi pas, le drame sentimental et intellectuel d’un homme qui a échoué dans deux domaines: celui de l’amour et celui de l’étude; on me dira que ces deux domaines sont si vastes qu’on ne peut qu’y échouer, de toute façon; certes ! mais enfin, certains échouent plus nettement que d’autres; le mieux, ou disons le moins pire est de s’en rendre compte et d’accepter l’échec; voire d’en chercher et d’en trouver les raisons… Voilà des années que je les médite, et ce serait trop brutal et injuste envers mes efforts de réflexion prudente que de les jeter ici en bloc. Il vaut mieux laisser ces raisons dans le coffre-fort de la conscience, et en sortir de petits extraits de temps à autre, à la manière d’une bonne monnaie nationale qu’il ne convient pas de répandre en masse à travers le monde si l’on veut en maintenir la qualité économique et politique ! (voir l’Islande à ce propos)

La culture sportive est sans doute liée au phénomène désormais massif du célibat, du moins dans l’aire occidentale; en faisant du sport, hommes et femmes veulent cultiver leurs formes attrayantes, leurs capacités fonctionnelles et physiologiques; fort bien, mais cette culture sportive peut mettre en danger certains couples, en créant un déséquilibre dans les attentes et les désirs; il n’est pas rare en effet que monsieur, en pleine forme grâce à sa pratique régulière du vélo, soit peu à peu déçu par madame qui au contraire cultive ses bourrelets; et inversement ! Le philosophe nantais Denis Moreau parle d’une « désynchronisation affective des conjoints »; disons que la culture sportive produit des attentes et des désirs que la nature débonnaire de l’homme n’est pas en mesure de satisfaire; la rigueur et la discipline des « sportifs » (voir plus haut mes réserves quant à l’emploi de ce mot) peuvent porter atteinte dans une certaine mesure à la tolérance et à la bienveillance que réclament, me semble-t-il, les relations sexuelles; s’il est bien un domaine qui avec l’âge exige beaucoup de clémence, c’est bien celui-ci !

Il est possible que la culture sportive ne soit donc pas favorable à la paix des ménages; bien sûr, l’aspect le plus connu des tensions qu’elle apporte dans le couple est celui où monsieur regarde trop assidûment le foot à la télé; autrefois, comme le fait remarquer le sociologue américain Christopher Lasch, hommes et femmes du milieu populaire et de la classe moyenne acceptaient d’avoir des loisirs différents; et cette différenciation, qui entraînait des emplois du temps séparés, par exemple le samedi ou le dimanche, ne fragilisait pas les couples, bien au contraire, fait observer C. Lasch. Certaines épouses profitaient de l’absence de monsieur parti au stade pour voir leurs amants ! Depuis les années 1980-2000, cette différenciation est bien moins acceptée par les femmes; la tendance est au « couple fusionnel », où les loisirs sont partagés; si ce n’est pas le cas, le couple se défait. Et c’est dans ce sens que l’on peut dire que la culture sportive produit du célibat et des relations fragmentées.

Mais, pour parler comme Jünger, nous ne sommes peut-être qu’au commencement d’une nouvelle ère; non pas celle de la Figure du Travailleur mais celle de la Figure du Sportif ! Grâce aux sports, dont la pratique sera renforcée et développée d’une manière planifiée, peu à peu nos corps et nos facultés prendront une nouvelle dimension, et les affinités, sélectives, s’effectueront davantage au stade, en plein jour et en toute connaissance des anatomies, que dans les bars et les affreux « night-clubs » qui sont des lieux d’imposture. J’ai vu l’autre jour, alors que je rentrais de ma tournée de vélo, un match de foot féminin; et j’avoue avoir été charmé, presque ému, … Pour la première fois depuis fort longtemps j’ai senti une affinité possible entre le sexe féminin et moi; je me suis pris à rêver de cette élégante joueuse, très vive sur son aile droite, bonne dribbleuse et bonne centreuse. Je l’ai encouragée, « comme c’est bien joué, bravo ! » – J’aurais aimé la connaître davantage, nous aurions pu parler tactique et pronostics: que de soirées formidables devant la télé nous aurions pu passer…

« Tout ce qui aurait pu être et qui ne sera pas » disait Marcel Proust. Mais on peut aussi terminer avec Céline: « Féerie pour une autre fois » !                                                           

Le travail rend libre ?

 

L’exigence de liberté ne peut se concevoir en dehors du travail, nous dit à peu près Jünger; par liberté il désigne, du moins il imagine une forme de volonté et de vitalité qui augmentera la force morale de l’homme et lui fera supporter des « fardeaux » encore plus lourds. « Une nouvelle conscience de la liberté instaure de nouveaux rapports hiérarchiques; et là se dissimule un bonheur plus profond, mieux armé pour le renoncement, si du moins il faut encore parler de bonheur. » (Le Travailleur, 1932).

Cette réflexion est évidemment une absurdité pour le regard libéral contemporain; et par liberté celui-ci désigne par conséquent tout ce qui s’oppose et peut s’opposer aux « valeurs » des régimes dits totalitaires, dont le livre de Jünger essaie de définir les contours et les contenus. Le regard libéral a pu aisément poser et approfondir son point de vue sur les régimes totalitaires vaincus en 1945 puisqu’il n’y avait plus personne pour en défendre les « valeurs »; mais la notion de totalitarisme à destination du grand public via l’école et les médias ne s’est imposée qu’après la chute de l’URSS en 1990*; les historiens libéraux, tel François Furet en France, ont pu développer la « vulgate » d’une ressemblance de méthodes, sinon d’idées, entre le communisme stalinien et le nazisme; cette « leçon d’histoire pour les nuls », ainsi que je l’appelle, dégage les démocraties libérales de toute responsabilité dans les causes de la seconde guerre, qui du reste ne sont presque plus évoquées dans le programme scolaire de lycée.

*: bien sûr, la critique du communisme soviétique, dans le cadre de la guerre froide, avait déjà largement pénétré l’opinion publique occidentale, via les médias et l’école; mais l’influence marxiste resta très forte dans l’université française jusqu’au milieu des années 1980; jeune étudiant et puceau en politique je pus m’en rendre compte !

Par conséquent, le regard libéral ne se définit lui-même que par les ennemis historiques et actuels qu’il désigne; sans cesse, notamment dans les médias, le « libéralisme » n’a de valeur ou de justification qu’en raison des régimes totalitaires qu’il a vaincus; tout homme (ou femme) politique libéral(e) ne peut s’empêcher dans un débat télévisé de nous parler d’Hitler ou de Staline; mais aussi de Poutine et de Bachar El Assad; il évitera en revanche de citer le régime chinois qui tout en étant totalitaire sur le plan intérieur sait se comporter avec libéralisme sur le plan extérieur…

Si je parle de « regard libéral », c’est qu’en effet le contenu ou la matière du « libéralisme » me semble pour le moins volatil ou fuyant; les économistes et les « experts » s’y perdent un peu pour estimer la proportion de vrai libéralisme dans les échanges commerciaux et plus encore dans les stratégies capitalistes opaques des grandes firmes; à lire certains « libéraux », la mondialisation n’est plus du tout libérale, et c’est pourquoi elle ne fonctionne plus, entraînant de multiples blocages et rejets. Même raisonnement à propos de l’Union européenne. Les sociologues et les philosophes sont encore plus embarrassés pour nous parler du libéralisme comme idéologie ou comme ensemble de valeurs; leur embarras vient du fait que le mot est à géométrie variable et qu’il ne désigne pas du tout les mêmes idées voire les mêmes systèmes politiques selon les pays ou les civilisations; enfin les historiens (sérieux) savent bien que le libéralisme français du XVIIIe n’a rien à voir avec le libéralisme anglo-saxon d’aujourd’hui. Quel « point commun » enfin entre la pensée dite libérale d’un Ortega y Gasset et la propagande politicienne d’un Fillon ou d’un Macron ?  

Mais le flou de la notion et de son contenu permet à certains beaux et brillants esprits (tendance normale sup’) d’expliquer sa force et son efficience en raison même de sa « plasticité » et de son « évolutivité ». En somme, est libéral tout ce qui sait s’adapter, est libéral tout esprit qui conserve son indépendance et son « quant-à-soi ». Ce sont là de charmants critères et tout à fait séduisants ! L’affaire ainsi présentée, on peut dire par exemple que Schopenhauer est un philosophe libéral; du reste, le succès actuel de ses livres (parmi les meilleures ventes au rayon philosophie et même au rayon « développement personnel », puisqu’on trouve un livre intitulé « Lâcher prise avec Schopenhauer » écrit par une psychanalyste !) tend à prouver l’usage libéral qu’on peut faire d’une philosophie pourtant très critique sur la civilisation et la morale occidentales, où s’est développé le libéralisme en question. Mais je ne doute pas que les actuels spécialistes de Schopenhauer sauront nous montrer que sa philosophie ne s’en prend justement pas au libéralisme, mais au contraire à tout ce qui l’empêchait de s’épanouir; par exemple le mariage et le couple chrétiens !

Le cas de Jünger est plus simple à régler; c’est un anti-libéral de la vieille école prussienne, un conservateur et un réac, quand bien même ses textes se veulent annonciateurs d’une ère nouvelle… Drôle d’ère nouvelle ! Celle du Travail comme horizon indépassable ? Non merci. Pourtant, pourtant, beaucoup se plaignent aujourd’hui de la disparition du travail dans les moeurs post-modernes, et s’interrogent sur les causes de cette inquiétante disparition, synonyme de chômage et de paresse corruptrice; on peut lire de nombreux essais de sociologie et de philosophie qui dénoncent la liquéfaction des moeurs et des structures sociales occidentales; tout va « à vau-l’eau », et les images de fuites (en avant) et de submersion (migratoire !) rythment à présent la littérature journalistique dissidente, c’est à dire anti-mondialiste et anti-gauchiste. La disparition du travail comme « chose » et comme « valeur » est en effet fort inquiétante et je partage le pessimisme de certains essayistes qui ont étudié la question. Le « libéralisme », même indéfini, ou en raison de cette indéfinition, est certainement un peu responsable de cette disparition, comme on peut dire qu’est responsable d’un enfant mal élevé un père qui n’a pas bien défini son rôle ni compris quelles étaient ses responsabilités…

Je pense à mon père; quand arrivait l’été des vacances scolaires sa première préoccupation était d’occuper ses enfants; « sinon, disait-il, ils ne savent pas à quoi s’accrocher et ils ont le diable dans la peau »; je le cite car je me souviens très bien de cette remarque, souvent prononcée. Donc, nous avions toujours du travail, par exemple nettoyer l’étable, repeindre les portes et les poteaux des bâtiments, essarter les fossés (on disait « essalter »), et bien sûr participer activement aux fenaisons et aux moissons; mais comme nous étions plusieurs enfants, mon père s’arrangeait aussi pour se « débarrasser » de deux ou trois d’entre nous, placés alors chez des oncles et tantes (délocalisation compétitive !). Ainsi était-il plus libre et plus efficace avec les deux qui lui restaient. Parlant récemment de mes souvenirs ruraux avec mon frère qui occupe encore la ferme familiale (plus pour très longtemps….) je lui disais que le travail que le « pater » nous donnait (c’est ainsi qu’entre frères nous avons toujours appelé mon père) n’était pas vraiment « intelligent », dans le sens où une petite chèvre aurait très bien pu nettoyer les fossés bien plus « intelligemment » que nous autres avec nos médiocres faucilles, mais mon frère me répondit que l’intelligence du travail n’était pas que le fossé fût nettoyé, mais que nous fussions occupés à le faire !

Mon père était sans doute plus « jüngerien » que « schopenhauerien » ! – Et, sans penser spécialement alors à lui qui était bien jeune en 1940, il est possible qu’un certain nombre de Français furent secrètement admiratifs des qualités d’organisation et de puissance collectives déployées par les Allemands; à plusieurs reprises, Ernst Jünger (qui faisait partie de ces Allemands) explique que la guerre est précisément le domaine où la Figure du Travailleur peut se mettre en valeur, même si, tient-il à préciser, elle n’est pas forcément la condition sine qua non de la réalisation du cette Figure.

                               

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