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Archive pour septembre, 2016

La féline

 

Nous avons tous des souvenirs pénibles, qu’on s’efforce d’oublier; ou plutôt qu’on laisse tranquilles au fond de la conscience; mais la conscience de temps en temps se manifeste à la manière d’un volcan qui se réveille ou d’une plaque tectonique qui se déplace. Les rêves jouent ce rôle de petits séismes ou de petites éruptions. J’ai rêvé l’autre nuit d’une personne qui a occupé une certaine place, douloureuse, dans ma vie. Revoyons un peu les faits.

C’était à La Marsa, faubourg de Carthage; à cette époque, entre 1992 et 1994, la Tunisie était encore un pays fréquentable et qui se prévalait d’un certain dynamisme social et culturel; nommé professeur coopérant au lycée Pierre Mendès France de Tunis, j’avais en toute hâte loué une villa sans confort, qui avait malgré tout une terrasse d’où l’on pouvait voir la mer, et sur laquelle je faisais sécher mon linge. J’étais alors un jeune homme rustique, et presque désuet dans ses vêtements mal ajustés, qui amusaient sans doute les autres coopérants, plus madrés et plus bronzés. Très vite, pourtant, mon allure passa pour romantique, dans la tradition en somme des voyageurs européens en Afrique du Nord, et quelques jeunes filles, élèves du lycée, m’avouèrent des sentiments favorables, mais qui n’en étaient pas moins ambigus. Car, ainsi que me l’écrivit l’une d’elles, « mon amour pour vous est impossible, et j’étouffe chaque nuit de chagrin, etc. » – Mon expérience du sexe féminin était encore rustique à cette époque (les filles de la campagne ne faisaient pas tant de manières !) et j’allais découvrir des subtilités… impénétrables. 

Un collègue, plus élégant et plus étrange que les autres, me prêta une oreille attentive et offrit à ma conscience froissée l’horizon de sa villa qui se trouvait en front de mer; je devinais dans sa conversation mélancolique et facétieuse la possibilité de me dégager un peu des ratiocinations fragmentées du « discours amoureux » où me tenait celle qui allait devenir ma plus redoutable confidente. Le départ de ce collègue et ami me laissa bien seul face à elle; je quittais La Marsa pour Tunis, louant un appartement à 200 mètres du lycée; le piège se refermait. Je fus telle une souris avec laquelle joue le félin, la féline en l’occurrence; certes, se trouvait derrière elle un terrible dompteur en la personne du père de famille, qui me surveillait, m’appelant quelquefois au téléphone, sans parler; un monsieur équivoque, prof de maths à la fac, sans doute un ancien gauchiste libertaire de la rue parisienne et qui s’était puritanisé en s’installant dans sa Tunisie natale; lecteur de Popper, bref, un type imbuvable, austère et hostile. Ma confidente redoubla de mystère et de propos qui alternaient le mysticisme amoureux et le quiétisme moral (ou l’inverse); elle lisait Bobin, Barthes, Rimbaud, Saint Exupéry, et des auteurs arabes tous plus mielleux les uns que les autres; cette littérature se voulait sans doute « démythifiante » ou « démystificatrice » (avec l’agent corrosif de la psychanalyse); c’était alors la mode intellectuelle « post-moderne » de la déconstruction des « grands récits » virils et occidentaux (c’est à dire blancs et machistes !). Au fond, la fille marchait dans les pas du père, sous l’apparence de leur discorde, qui m’induisait en erreur; enfin, loin de ma terre originelle, avec la chaleur tunisoise de l’été, je me décomposais et me liquéfiais peu à peu; ma santé nerveuse était ébranlée; j’avais des visions le matin, je fis un malaise vers midi. La féline vint me voir, caressante.

Puis ce fut le retour en France; j’espérais des caresses plus approfondies, croyant au progressisme sentimental de ma confidente; surtout, l’éloignement du dompteur levait toute menace, tout chantage. Illusion ! La féline s’inventa une nouvelle cage dans une cité universitaire de la région parisienne; j’y débarquai un soir à l’improviste; stupeur de la résidente ! Je fus éconduit, importun. Dans la pénombre d’une rue pavillonnaire, qui longeait la ligne de chemin de fer, mon coeur alors vit rouge; je revins sur mes pas, réussit de nouveau à entrer dans la résidence universitaire, et glissait sous la porte de la défunte confidente qui était sortie un petit mot atroce. Fin de mon supplice. On ne se revit jamais.

Elle étudia la littérature arabe, l’ethnologie, écrivit une thèse sur Adonis et Bonnefoy, et fut nommée maître de conférence dans une université parisienne. Je l’imagine appliquée, rigoureuse, froide et méthodique; ce qu’elle écrit, et qu’on peut lire sur internet, ne dégage en tout cas aucune verve spéciale, aucune chaleur intellectuelle; les sujets qu’elle aborde, cependant, ne manquent pas de promesses, morales et esthétiques: la question de l’altérité et du regard de l’Autre dans les relations Orient-Occident, relations il est vrai compliquées par les difficultés de traduction, où l’on devine par exemple que la littérature et la poétique arabes ont leurs propres enjeux et « horizons d’attente », différents de ceux des Européens; cela s’appelle le « décentrement » du monde et du regard occidental sur les autres ! Tout cela m’ennuie un peu; pourquoi ne s’intéresse-t-elle donc pas à Flaubert ? Il y aurait beaucoup à dire sur le regard que celui-ci porta sur l’Orient. Sans doute trop superficiel à son goût; trop « folklorique », trop « touristique ». 

A la différence de ma cousine, elle aussi maître de conf’, la féline est invisible sur internet; aucune vidéo, aucune image ! C’est assez curieux pour être souligné; il est fort possible que ce soit une volonté de sa part; une manière de puritanisme. Mais elle était déjà ainsi à Tunis, il y a plus de vingt ans. Comment alors expliquer notre relation ? notre « échange » ? Sa mère, qui était alors ma collègue au lycée, m’avait donné un élément de réponse: sa fille était quasiment « autiste » au moment où je fis irruption dans sa vie; elle fut bouleversée par ma gentillesse, ma qualité d’écoute et le charme pénétrant de mon regard (je cite à peu près ce qu’elle m’a dit); en quelques mois, son visage s’éclaira, et elle devint presque « épanouie ». Sa mère me remercia à plusieurs reprises de l’effet que j’avais pu produire sur sa fille, malgré l’hostilité du père et du mari. De mon côté, sans ami et très isolé lors de la deuxième année de mon séjour, je m’étais fait happer par une rencontre qui défiait le bon sens (paysan ?) et m’entraînait dans des songes obscurs, qu’accentuait la lumière brûlante du ciel tunisien. Ce fut l’une des périodes les plus nerveuses de ma vie. 

Je me suis bien calmé depuis; j’ai rencontré des femmes moins puritaines, et plus démocrates en somme; mais la démocratie féminine voire féministe présente des inconvénients; élections, pièges à cons ! La féline, elle, caressait le projet d’une « vie parfaite » (c’était son expression) pour laquelle évidemment je n’avais pas les qualités requises (nommé professeur de collège à mon retour en France, je fus discrédité à ses yeux). En somme, et ce sera ma conclusion, nous n’étions pas félins pour l’autre.

 

 

 

 

 

Confusion ou stratégie ?

 

C’est la question que m’inspire l’actualité; le président Hollande, par exemple, n’est-il pas, malgré sa médiocrité de chef d’Etat ou grâce à elle, un excellent serviteur du Nouvel Ordre Mondial ? Une revue de Feuq-land vient de le désigner « homme politique de l’année » ! De même, le gouvernement français montre beaucoup d’incohérence et d’irrésolution dans sa politique économique et sociale; c’est une « cacophonie » de non-arguments et d’intentions dépourvues d’effets; les lois et les mesures s’empilent, se chevauchent et se téléscopent; on a l’impression d’un ordinateur bloqué par des anti-virus incompatibles ! et qui laissent passer les virus !

Les Français réclament évidemment une politique plus claire et plus efficace; il est faux de prétendre, comme je l’entends encore parfois chez certains profs, que le désintérêt pour la « chose publique » vient en partie du renoncement pédagogique des responsables à expliquer les principes et le fonctionnement de la République, mais aussi de l’Union européenne et d’autres institutions encore. De bons républicains, de gauche évidemment, semblent supposer qu’au contraire l’intérêt ne faiblit pas, et qu’il grandit même; c’est l’hypothèse, assez généreuse en effet, de la « démocratie participative » et de toutes sortes d’initiatives « citoyennes » qui tendraient à prouver que la « chose publique » se porte beaucoup mieux que ce qu’en disent les Cassandre, souvent de droite, habituels pourfendeurs des « vertus » du peuple et des « vices » des dirigeants. Chacun en vérité voit la « chose publique » d’un regard privé; « les experts se trompent et le paradoxe règne » disait déjà Paul Valéry au début du XXe.  

Eclairons un peu la question: les Français sont nombreux à constater que leur pays n’est plus vraiment dirigé par leurs élus; que ces derniers se dérobent, louvoient, et ne rendent nul compte de leurs entreprises, ou « manoeuvres »; quand la justice s’en inquiète, le « mal » est fait, et la notion de « bien public » ne s’en trouve pas pour autant rétablie; les juges au contraire se perdent en confusions techniques et tactiques; on apprend toutefois peu à peu comment les élus sont liés ou associés au pouvoir des grandes entreprises mondiales et des institutions « supra-nationales ». Le désintérêt pour la « chose publique » vient sans doute de ce que celle-ci a été largement privatisée ou « dénationalisée » depuis les années 1980. Mais il s’explique plus encore par la complicité de l’Etat et de la Justice à favoriser et protéger une telle évolution. Une autre observation s’impose: en dépit des augmentations de leurs contributions ou cotisations à la « solidarité nationale », les Français des classes travailleuses constatent une détérioration des « services publics »: écoles, hôpitaux, transports… Où va notre argent ? ont-ils raison de s’interroger. Pour toute réponse, et comme s’il s’agissait d’étouffer plus encore la question, le gouvernement a fait voter une loi de prélèvement des impôts « à la source ». Cette pratique existe depuis longtemps dans certains pays, du Nord de l’Europe notamment; des pays et des sociétés souvent montrés en exemple pour leur docilité et soumission aux injonctions du Nouvel Ordre Mondial: féminisme, immigration, feuq-landisation culturelle et géopolitique de l’Europe.

Or, le « modèle scandinave » n’a jamais fait rêver personne, ni même les intéressés; le taux de suicide dans ces pays nordiques est parmi les plus élevés au monde. Dans mon lycée, on entretient hélas, mille fois hélas, une sorte d’échange ou de partenariat avec la Norvège et la Suède; les collègues qui s’investissent dans cette sombre et lugubre affaire ne m’inspirent que le plus vif mépris. Il m’arrive en revanche de discuter avec un collègue de physique-chimie bientôt retraité, dont la femme est je crois suédoise; il m’explique le « ras-le-bol » à la fois résigné et ascétique (culture protestante primitive) des autochtones devant l’afflux des soi-disant réfugiés, tandis que les bobos de Stockholm et de Malmö s’en gargarisent la conscience (culture néo-protestante zombifiée)… Le tableau qu’il me brosse de la Suède est désopilant et affligeant; ce collègue maîtrise parfaitement l’ironie, le second degré, et l’anti-bien-pensance de gauche; je le regretterai.

L’immigration de ces trente dernières années me paraît être le facteur essentiel du désintérêt et du « ras-le-bol » des Français pour leurs élus et leurs politiques; ils voient en effet, mais certains plus clairement que d’autres, que l’immigration, non seulement coûte cher à la « solidarité nationale », mais surtout qu’elle introduit une fâcheuse et malsaine ambiance dans la société; j’entends bien que la dite société ne fut jamais paisible et unanime au cours de son histoire récente (disons, depuis 1789), mais l’immigration de masse de ces trente dernières années vient aggraver le « potentiel » d’amertume et de discorde des Français. Le discours lénifiant sur les valeurs intégratrices de la République a clairement été démasqué: un verbe vaselineux pour enculer le peuple ! Et l’immigré dans le rôle du violeur fruste ! Rôle, en effet, car je suppose et je soupçonne des metteurs en scène cachés. A en croire certains psycho-sociologues (nombreux dans l’Education soi disant nationale), « nous jouons tous des rôles ». La thèse n’est pas nouvelle; un très vieil auteur grec, un « pré-socratique », avait déjà noté: « La vie est un théâtre: Tu rentres, tu vois, tu sors. »

 Je viens d’achever la lecture du livre de René Grousset, Bilan de l’Histoire, paru en 1946: l’auteur, qui étudia les civilisations asiatiques et les rapports Orient-Occident, montre que les migrations furent à la fois des causes et des conséquences de l’affaiblissement des structures sociales et politiques sédentaires, et que les nomades longtemps eurent le dessus; il fallut l’artillerie de l’Europe au XVIe pour commencer à tenir en respect puis repousser les assaillants. Les migrations, explique nettement René Grousset, n’ont jamais été des « promenades de peuples » (traduction allemande des « invasions barbares » !) mais ont toujours provoqué des « réactions en chaîne » de type catastrophique. La militarisation des sédentaires à travers des Etats tout puissants a en effet porté la guerre dans les zones des nomades (du XVIIe à nos jours !). Son ouvrage s’achève sur de bien sombres pensées qui appellent le secours du « spirituel »; le désespoir intellectuel, écrit-il, ne peut que susciter la foi. Sans doute, sans doute, mais comme à une jeune femme (de préférence) qui me parlerait d’amour, j’ai envie de répondre: où ? quand ? et comment ?  

Ces sobres incertitudes ne doivent pas nous détourner des brûlantes questions du moment: celle de l’immigration, éludée par les soi-disant grands partis politiques, prouve la perte de souveraineté nationale des Etats feuq-landisés: Scandinavie, Allemagne, Grande-Bretagne, France, mais aussi Italie, Espagne et d’autres encore… On observe de plus en plus clairement le jeu des ONG et des fondations, comme celle de Georges Soros, dans l’afflux des migrants et soi-disant réfugiés en Europe. La stratégie de ces officines et clubs mondialistes tire parti de l’hypocrisie et de la confusion du « débat public » sur cette question. Je dirai même plus: elle se découvre des objectifs nouveaux à mesure que règne le « lâche soulagement » d’une opinion publique gavée de sports et de divertissement. L’appétit des prédateurs est excité par le spectacle d’une société qui se prélasse au soleil, sans défense, toute offerte, une « open society » de zozos et de gogos, l’idéal démocratique de G. Soros ! (1). Mais au-delà de l’objectif d’une prédation commerciale et financière, car l’investisseur cosmopolite ne cache pas son sens des affaires, quel peut bien être l’horizon du mondialisme ?

Peut-être aucun horizon. Un gouffre. Un abîme. Un Néant recouvert de Ténèbres ! La stratégie mondialiste, ce n’est sans doute pas un « nouvel ordre », mais une confusion toujours plus grande, un désordre toujours plus menaçant et violent.

Une collègue m’a l’autre jour qualifié de « très minutieux », et presque maniaque. En effet. Et j’assume parfaitement cette qualification, pour les raisons que je viens de donner. En somme, j’incarne la résistance au désordre mondialiste cosmopolite et immigrationniste ! Je suis un archétype de l’anti-Soros. 

(1): Rivarol du 15/09 qualifie Georges Soros (de son vrai nom Schwarz) « d’apôtre juif de l’irrationnel », et dresse le portrait d’un homme d’affaires mégalo et cynique, à la fois bien pensant, philanthrope, et opérateur d’actions secrètes. Un homme qui incarne ma question titre: stratégie ou confusion ?

                                                

Autour de Socrate

 

Mes élèves de seconde sont des jeunes filles en herbe où l’on aurait presque envie de s’étendre; je n’ai jamais vu autant de regards souriants et d’attitudes paisibles en un si petit espace; où sont donc les habituelles petites connasses d’autrefois ? Elles m’écoutent avec amusement; j’ai l’impression de les distraire: « merci pour cette heure agréable » m’a dit l’une d’elles l’autre jour en sortant de la classe; merci pour ce moment ! Et dire que je vais devoir bientôt les corriger… Mais, si ça continue, elles risquent d’aimer ça ! Je leur parle des Athéniens, sans emphase et en ironisant beaucoup sur leur prétendue démocratie, plus démocratique pourtant que la nôtre ! Je leur raconte un peu le procès et la mort de Socrate. Mais oui, on peut être condamné pour des « idées »… Elles sont étonnées. Des idées ? Parfaitement ! Des idées bizarres alors ? Oui, bizarres et dangereuses selon la justice athénienne. Cela prouve le caractère étroit et borné de cette démocratie. Ses aspects très réglementaires, procéduriers, calculateurs, et corruptibles ! Socrate enseigne la liberté individuelle de réflexion et de critique; on lui oppose la discipline collective, et un certain puritanisme de coterie et de faction (le style « comité de salut public » !). La philosophie, d’une manière générale, se méfie de la « politique », et du bienfait des lois sur la « vie de l’esprit », surtout quand le législateur n’a que peu d’affinités avec celle-ci…

Vie de l’esprit ? Où es-tu ? Je me suis imaginé qu’en lisant Gide et ses Faux-Monnayeurs je pourrais en savoir un peu plus; ce roman difficile figure au programme des terminales. L’Education nationale fait preuve d’ambition ! Les yeux plus gros que le ventre ? Une littérature sans estomac ? Gide n’est pas mon auteur préféré, loin s’en faut; intellectuel engagé, donc de gauche, mais qui se rétracte assez vite; « Gide ou le Faux-fuyant. Il est faux et il est fuyant. » a dit de lui Paul Claudel. Quant au jugement de Céline, désopilant comme d’habitude:  » Gide a droit à toute la reconnaissance des jeunes bourgeois et ouvriers que l’anus tracasse. Sa gloire est d’avoir rendu ou re-rendu l’enculage licite dans les meilleures familles – (de la néo-Socratie). » Je lis donc Les Faux-Monnayeurs. « Roman foisonnant » impossible à résumer, préviennent les bons professeurs de français. En effet. Un de mes collègues, thésard, spécialiste de Le Clézio, me dit le peu d’estime et d’intérêt que lui inspire ce « tour de force » de Gide, je le cite. C’est un roman du roman, une « mise en abyme » nous explique-t-on dans l’édition que j’ai achetée (Folio-Plus Classiques). Le narrateur s’interroge sur la réalité, les « personnages », leur libre-arbitre et le pouvoir romanesque de les écraser: le roman peut-il échapper au romancier ? Comment rendre compte du hasard de la vie et de la création ? Les individus modernes (de l’époque des Faux-Monnayeurs, années 1920) n’ont plus l’épaisseur morale des personnages « classiques »: – « ils sont sans loi, sans maîtres, sans scrupules; libres et spontanés, ils font le désespoir du romancier… L’Amérique en exporte beaucoup…. » (p. 244, j’ai un peu modifié l’ordre du passage) – La démoralisation (décadence diront certains) de l’entre-deux-guerres, Gide l’exprime finalement assez bien. Le titre lui-même annonce la crise financière de 1929. C’est la mise en Spectacle (cinéma, publicité) de l’humanité, et les repères humanistes sont ébranlés. « Dans un monde où chacun triche, c’est l’homme-vrai qui fait figure de charlatan. » (p. 355).

Vie de l’esprit, donc, c’est à dire, aussi et surtout, une « vie » intérieure, repliée, qui s’efforce de se déplier et de se déployer à l’extérieur; à l’époque de Gide, le « romancier » est encore une « figure » importante de la Cité, et non dépourvue par conséquent de vanité; le journal de Paul Léautaud, que j’ai simplement feuilleté pour l’occasion, nous montre un Gide très soucieux de sa réputation intellectuelle, qu’il oppose en somme à la vulgaire « opinion publique » où ses moeurs pédérastes (c’était le mot de l’époque) sont copieusement évoquées. Léautaud le soutient et l’apprécie pour cette raison que lui non plus ne mène pas une « vie bourgeoise » exemplaire (avec femme et enfants); mais ce qu’écrit Gide ne l’intéresse pas beaucoup. Comme la notion d’opinion publique m’occupe moi aussi quelque peu, dans le cadre d’un cours de terminale sur l’Affaire Dreyfus, je constate qu’elle est méprisée par les écrivains; c’est d’abord Jules Renard qui dans son Journal de 1898, juste après le « J’accuse » de Zola, parle de l’opinion publique comme d’une « masse poisseuse et poilue »; il associe cette opinion aux rodomontades viriles et patriotes qu’il a pu observer dans la rue parisienne; lui, le provincial rural, prend parti pour le silence pacifiste, et il se range du côté « dreyfusard », même si ce côté va peu à peu lui aussi devenir bruyant. Il note dans ce même Journal qu’un garçon de province à qui les parents proposent un mariage leur demande de lui envoyer: d’abord une photo de la jeune femme et ensuite son opinion sur l’Affaire. L’Opinion a donc pris une certaine proportion. Et cela m’amène à cette observation de Céline, que j’ai souvent citée: –  » le babil des dames est souverain !… les hommes torchent les lois, les dames s’occupent que du sérieux: l’Opinion !… une clientèle médicale est faite par les dames !… vous les avez pas pour vous ?… sautez vous noyer !… vos dames sont débiles mentales, idiotes à bramer ?… d’autant mieux ! plus elles seront bornées, butées, très rédhibitoirement connes, plus souveraines elles sont !… » (D’un château l’autre, 1957, Folio, 1993, p. 10).

Je discute un peu de Gide avec une collègue; pas trop dur pour les élèves quand même ? Faut leur faire confiance, me répond-elle, ils ont plusieurs mois pour étudier le livre… Que va t-on vouloir leur faire comprendre ? S’agit-il d’une nouvelle « attaque » contre les valeurs morales classiques: « familles je vous hais ! » ? Mais non, mais non; si j’en crois ma collègue, le but pédagogique sera surtout de montrer une recherche romanesque et créative originale; montrer que le « roman » n’est pas un « genre » figé ou verrouillé, qu’il évolue et se métamorphose ! On réfléchira aussi à la question du libre-arbitre artistique comme à celle des « personnages »; on s’interrogera sur le statut du « narrateur », sorte de médiateur des temps modernes entre le créateur tout puissant, la figure du romancier impérial et impérieux, et le public, cette masse démocratique hétérogène qui elle aussi peut revendiquer un libre-arbitre de jugement.

Fort bien. Voilà beaucoup de libres arbitres qui ne manqueront pas de se faire concurrence; des Faux Monnayeurs- à la virtualisation monétaire libérale d’aujourd’hui ! Faites vos jeux, faites vos jeux, rien ne va plus ! La conséquence de cette fuite en avant (principe de l’endettement exponentiel autorisé) c’est qu’il n’y a plus personne ou presque pour mettre quelques sous dans la corbeille de la quête ! Ma mère au téléphone me résume la situation: « je suis allée à la messe de ce soir, c’était triste comme la Passion, quinze personnes, et on ne comprend rien à ce que dit le curé noir. » Tant que ce n’est pas la messe qui est noire…                   

                         

Et la rentrée sportive ?

 

1) Je n’ai rien dit des JO de Rio, qui ont été plutôt décevants, d’après ce que j’ai pu en lire; la télé quant à elle s’est vautrée dans le faux enthousiasme débilitant des performances « nationales » avec un regard névrosé sur le tableau des médailles ! Pathétique spectacle, ce patriotisme publicitaire de pacotille. Miroir aux lavettes !  

2) Je l’ai déjà dit, le sport-spectacle est de plus en plus horripilant, notamment dans le foot: à Nice, la tragédie du 14 juillet a vite laissé place au retour des affaires; le club azuréen de l’OGC  vient d’acheter le joueur noir italien Mario Balotelli; le joueur le plus « sulfureux » du spectacle-foot, sans doute gros consommateur de drogue et réputé pour ses « frasques »; un joueur « ingérable » dans un groupe, et qui ne fait preuve d’aucun sérieux; les psychologues pensent que son adoption par une famille italienne ne lui a pas permis de se « poser » comme adulte responsable ! Avec l’argent du foot, il a brûlé certaines étapes de sa formation; dès l’âge de 17 ans, il était considéré comme une vedette dans le club de l’Inter Milan. Aujourd’hui, à 27 ans, il semble déjà être un joueur « cramé » comme on dit dans le milieu. Mais les journalistes français s’enthousiasment quand même pour ce type très décadent. C’est l’attirance des petits bobos blancs pour les gros noirs tatoués ! Parmi eux, en tête de gondole, Pascal Praud. 

3) J’observe les progrès médiatiques de Bertrand Latour, qui passe régulièrement sur les plateaux télé; il a un peu perdu de sa verve critique; dans ce domaine, Bernard Morlino, plus de 60 ans, le surclasse aisément; mais sa voix se perd dans le brouhaha des émissions de parlotte, sur I-Télé ou ailleurs. L’Equipe 21 a changé ses équipes de présentateurs; la jolie Sonia Carneiro a disparu des écrans; on trouve à la place des amuseurs qui animent des « quizz »; c’est décevant.  

4) Après Nice, Marseille, autre arnaque méridionale du foot. La reprise de l’OM par un riche homme d’affaires de Feuq-Land est assez logique en somme pour un club aussi mal géré, voire probablement infiltré par des mafieux; le « repreneur » est un prédateur dont le seul objectif est de faire du fric et de vider la caisse du club (voire de siphonner des caisses occultes). Très cocasse et même affligeante aura donc été la scène d’accueil du maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui s’est félicité de l’arrivée de ce connard à la tête du club, en signalant que son père avait participé au débarquement de Provence d’août 44 ! Là aussi, la caste journalistique a cru bon d’applaudir, en croyant au sérieux de cette reprise financière. Je me marre d’avance.  

5) Combien de temps cette farce grotesque va t-elle encore durer ? L’argent du foot-spectacle (les joueurs vedettes sont payés entre 1 et 2 millions de dollars par mois !) vient essentiellement des droits télé et des sponsors; les investisseurs (les banques) parient sur une expansion du marché télévisuel et publicitaire: toujours plus de cons à payer des abonnements aux stades et aux chaîne de TV ? Les non-amateurs de foot doivent se demander comment une pareille folie furieuse est-elle possible ? Mais les amateurs se posent aussi des questions. Pendant que les salaires des grosses vedettes explosent, la plupart des clubs ne se portent pas bien; l’esthétique et l’éthique du jeu collectif disparaissent aux dépens de rivalités et de tensions individuelles égocentriques. « L’esprit de club » n’existe plus vraiment ou sous une forme belliciste, comme affirmation de puissance financière et publicitaire; la ploutocratie la plus abjecte se donne maintenant rendez-vous dans les loges VIP des tribunes; Bernard Tapie avait initié le mouvement à Marseille dans les années 80; il a été surclassé depuis mais il faut de temps en temps rappeler l’action pionnière de ce ploutocrate préhistorique qui fut également ministre d’un gouvernement socialiste ! 

6) L’équipe de France, vice-championne d’Europe, retrouve la compétition face à la modeste mais vaillante équipe de Biélorussie; résultat: 0-0; je me suis endormi devant le match à la télé. Les commentateurs parisiens de la télé se sont ensuite acharnés contre Giroud, l’un des rares Blancs de l’équipe, qui a raté une « grosse occasion » ! En revanche, complaisance pour les autres joueurs, notamment les Noirs, comme Pogba, qui n’a pas réalisé un bon match (seule la ravissante Carine Galli sur L’Equipe 21 a souligné la faiblesse collective de cette équipe soi disant nationale). La presse écrite régionale (Ouest-France) n’a pas hésité quant à elle à critiquer le fameux et fumeux Pogba; tandis qu’à la télé le soi disant rappeur de banlieue subventionné Rost (son nom de scène !) vient de temps en temps faire le chien de garde pour défendre sa « communauté » (il a plusieurs fois été pris en flagrant délit verbal de « nous », et un nous qui ne désigne sûrement pas les Français blancs, « légitimes et majoritaires » comme dirait Yannick Jaffré !). En somme, on retrouve dans les commentaires un reflet de l’opposition Paris/Province, ou, si l’on préfère, de l’opposition: Centre/Périphérie, Métropole mondialisée/campagne profonde !

7) Le Tour d’Espagne cycliste (Vuelta) passe inaperçu sur les médias français; on y retrouve pourtant les deux champions de l’année, Froome et Quintana; mais à l’inverse du Tour de France c’est le Colombien qui devance l’Anglais. L’Equipe 21 retransmet le Tour de Grande-Bretagne, après avoir diffusé le Tour de l’Utah et le Tour de l’Alberta en Amérique du Nord; ce sont des images intéressantes, très différentes de celles du Tour de France; beaucoup moins de monde sur les routes ! Et les paysages sont nettement moins « humanisés »: vastes espaces agricoles, forestiers, banlieues commerciales très moches… Parfois je me dis que les « mondialistes » du capitalisme et de la politique veulent faire payer à la France sa longue résistance historique et géographique à leurs projets d’enlaidissement et de violence… On trouve aussi dans les propos des rappeurs une même détestation pour l’esthétique paysagère de la France et un genre d’adoration pour la laideur commerciale. Que le rap soit un produit du système capitaliste feuq-landisé est une évidence.      

8) Mon collègue de philo, intellectuel gauchiste, me signale le texte qu’il a écrit sur médiapart à propos du burkini; un exercice de style rhétorique, sans doute brillant, mais qui se termine bizarrement; le philosophe évoque une famille musulmane (selon lui « typique ») où la femme voilée engueule le mari tandis que se tient près d’elle un jeune garçon qui porte un maillot de l’équipe de France de foot, le n° 7 (c’est à dire celui de Griezmann, un petit Blanc virevoltant); il est probable que mon collègue n’y connaisse rien en foot et en sociologie culturelle, car cette scène me parait fort improbable. Les jeunes arabes ne portent plus du tout des maillots de l’équipe de France, mais plutôt de l’équipe d’Algérie ou du Maroc ! Ou du PSG ! c’est à dire une équipe mondialiste financée par le Qatar ! Je n’ai pas pris la peine de le lui signaler. Son propos est trop tordu pour pouvoir être redressé.

           


Précisions sur EWS

 

Il est toujours exagéré de tirer d’un film des enseignements ou même des renseignements sur notre époque; parce que le cinéma est avant tout fiction, mise en scène (de situations exceptionnelles), intrigues, énigmes, exploits; dans le cas de Kubrick c’est une évidence de dire que ses films ne reflètent pas la réalité (sociale, culturelle), mais qu’une certaine réalité s’y reflète; dans Eyes wide shut (EWS), on a pu voir une traduction des deux livres majeurs de Christopher Lasch: « La culture du narcissisme » et « La révolte des élites »* – Et je pense aussi que le film a dérangé ou gêné pour cette raison une partie populaire du grand public qui ne s’est guère sentie concernée par cette histoire sulfureuse de bourgeois décadents. Mais la critique cinéphilique, elle, très petite-bourgeoise, surtout en France, s’est efforcée de « comprendre » (prendre pour elle et avec elle) un film qui lui parle de « choses » qu’elle pourrait connaître réellement mais qu’elle doit se contenter d’imaginer et d’interpréter. La réaction la plus conne qui a été donnée en France à Eyes wide shut est venue précisément d’un cinéaste pour petits-bourgeois, Claude Lelouch, qui a déclaré: « Ce mauvais film prouve que Kubrick n’a jamais participé à une partouze. Moi si. » 

*: livres parus aux Etats-Unis en 1979 puis 1995 et traduits en France après cette date, enfin publiés en poche chez Champs-essais Flammarion en 2006 et 2007.

C’est surtout la petite-bourgeoisie féministe (avec une majorité d’hommes !) qui a réagi au film de Kubrick; elle y a vu les différentes méthodes aliénatoires du « deuxième sexe », d’abord celle du mariage, mais aussi celle du veuvage, enfin et surtout celle de la prostitution. 1) Le mariage: c’est bien la jeune femme (Nicole Kidman) qui lance les hostilités et reproche à son mari comme un genre de (mâle) suffisance et de sang-froid professionnel (quand il ausculte ses jolies patientes) qui ne rend pas justice en somme aux efforts qu’elle fait pour rester jeune et jolie, tout en plaçant son narcissisme sur le plan d’une métaphysique de la volonté que son mari est évidemment incapable d’atteindre (mais, comme dirait Schopenhauer, cette métaphysique de la volonté, c’est tout simplement l’espèce maternelle qui continue de gémir dans la conscience post-moderne de la nouvelle femme émancipée); le narcissisme de la jeune femme s’explique sans doute par la supériorité sociale et matérielle que son mari exerce (c’est lui qui gagne l’argent du couple !), alors qu’elle a dû, pendant et après sa maternité, mettre de côté sa « carrière » dans le milieu de l’art; nous voici donc en présence d’un couple où monsieur exerce un métier de sang-froid, sérieux et rigoureux, tandis que madame aspire au « merveilleux », à l’étrange, à l’au-delà ou l’en-deçà de je ne sais-quoi (du reste, elle s’appelle Alice !). Bref, pour le dire tel que je le pense, et c’est ainsi que je l’ai ruminé tout au long du film, cette femme est une chieuse ! Qui plus est, comme l’explique C. Lasch, le narcissisme féminin vise aussi à défier le viril masculin avec cynisme, et c’est ainsi qu’il faut entendre la réplique finale du film: « il faut qu’on baise ».

2) La scène de la veuve est courte mais explicite; voici une femme d’une cinquantaine d’années, la bourgeoise de haut niveau (supérieur à celui du couple), le genre Ariel Dombasle, qui demande au médecin de venir auprès du défunt mari et qui en profite pour lui déclarer sa passion. Eros-Thanatos. Une femme sans tabou ? à bout ? névrosée ou enfin lucide ? Mélange explosif. Avec sang-froid, le médecin parvient à l’arraisonner (à défaut de la raisonner), puis à s’esquiver quand arrive le fils. 3) La prostitution occupe de nombreuses scènes et pas moins d’une dizaine de personnages féminins: les call-girls de la soirée Ziegler, notamment celle qui fait une overdose dans la salle de bains en compagnie du dénommé Ziegler qui vient de la sauter (ou s’apprêtait à le faire), celles qui proposent un « plan à 3″ au séduisant médecin, puis la prostituée de la rue (Domino), moins chic, à 250 dollars, sa colocataire, tout aussi abordable, bien sûr les nombreuses « filles » de la soirée occulte, orgiaque et ritualiste (parmi lesquelles se retrouve la droguée de la soirée Ziegler qui avertit le médecin de ne pas rester là), enfin la fille adolescente du vendeur de masques et costumes (du magasin « Arc-en-ciel »), que son père prostitue ! Et pour couronner le tout, l’analyse du site que j’ai consulté (voir commentaire précédent) fait même l’hypothèse que la propre fille du médecin, Helena (à peine 10 ans), a déjà été repérée par le réseau de la société occulte; et qui sait, sa propre femme est peut-être dans le coup !

Sombre tableau en effet; les féministes insisteront sur la victimisation de toutes ces « pauvres femmes », à des degrés différents, tout de même ! Le mariage, oui, est encore la moins mauvaise des situations, mais à condition d’être modernisée, adaptée à la société; le désir féminin, notamment, doit pouvoir s’y exprimer plus ouvertement, et ne pas être brimé ou chuchoté sous les rodomontades de ces messieurs trop sûrs de leur fait; l’éducation physique et sexuelle ne suffit pas, même si elle a son importance, il faut que le couple parvienne à une métaphysique de sa relation, à une synthèse dialectique de ses désirs parfois divergents ou disparates; au simplisme rustique du mariage inégalitaire où madame accepte de se soumettre, doit succéder une « éthique » du couple susceptible d’affronter les indécences du monde extérieur, et de les affronter pour y puiser une décence renouvelée; dans une réflexion ou sagesse spinoziste, en quelque sorte, le désir devient l’élément fondamental de la vie morale du couple, l’article premier d’une théorie du droit naturel appliquée au mariage et qui rendrait caduc en somme le « droit divin » du mari sur la femme. Le désir agirait alors comme une puissance inassignable, une volonté capricieuse qui se prendrait pour « divine » (« ce que femme veut, dieu le veut » !). Bref, une leçon de spinozisme, qui n’est pas sans servir de caution intellectuelle à un certain mondialisme… (comme je l’ai signalé dans un commentaire précédent). 

Le site que j’ai consulté est plus radical dans sa conclusion:  » Kubrick a raconté l’histoire d’une société complètement avilie et corrompue par des forces cachées où la pulsion primaire primordiale de l’humanité – la procréation- a été dévalorisée, fétichisée, pervertie et exploitée au point qu’elle a perdu toute sa beauté. »

Ce que j’en pense pour finir: – d’abord EWS est un « spectacle » et il faut se méfier de tout spectacle; les vies et les pensées intimes, modestes, aléatoires qui sont les nôtres ne peuvent guère trouver d’écho et d’affinités sur les écrans de cinéma – je vais de moins en moins au cinéma pour cette raison que la plupart des films annoncés ne me semblent pas susciter le moindre espoir (et je suis encore un être rempli d’espérance)  mais plutôt exposer les effets d’une détresse collective – mes tentatives de vie en couple ayant été des échecs, je ne sais quoi penser du message moral ou éthique de EWS, et je ne me souviens pas avoir rencontré le désir féminin sous une forme spinoziste – la prostitution est devenue très difficile pour une clientèle populaire, ici en France c’est même considéré comme un délit; je trouve cela bien dommage, car le personnage féminin de Domino, très abordable (250 dollars), est celui qui m’a laissé la meilleure impression d’une certaine « douceur » encore possible.

                                                                          

Eyes wide shut

 

   J’ai dit à quelqu’un cet été que le dernier film de Kubrick, Eyes wide shut, n’était pas souvent diffusé à la télé, sans doute en raison de l’interprétation conspirationniste qu’on pouvait en faire; eh bien il a été (re)diffusé sur Arte le dimanche 21 août; et je l’ai de nouveau regardé. C’est un peu long (2 h 30) mais tout à fait à la portée des esprits dissidents, même les moins cinéphiles; du reste, la cinéphilie (de gauche forcément) évite soigneusement de porter une interprétation politique et géopolitique, à peine sociologique, sur ce film; les bobos téléramesques se perdent en références et en considérations oiseuses sur la mise en scène, le jeu des acteurs, la photographie, la bande son, etc. La meilleure analyse que j’aie lue de ce film se trouve sur le site « Le nouvel ordre mondial », sans doute versé dans le conspirationnisme, mais de façon très documentée, très factuelle, très sérieuse; à aucun moment l’auteur de cette analyse ne parle de « complot juif » ou de « l’Etat profond » mondialiste; il examine en revanche l’importante séquence du film consacrée à la cérémonie occulte, orgiaque et satanique où se retrouve, par effraction, le personnage principal (Tom Cruise).  

Le film, sorti en 1999, a surtout retenu l’attention par son « esthétique » très particulière, à la fois lente et  »baroque » pour employer un terme fort prisé des bobos; toutefois, beaucoup de gens ont détesté Eyes wide Shut, où ils n’ont vu au contraire qu’un long pensum « néo-puritain » sur la décadence sexuelle de la haute société new yorkaise. Les critiques bien pensantes se sont focalisées sur la dimension fantasmatique et métaphysique d’un film à la fois méticuleux, maîtrisé et mystérieux. Kubrick est décédé (crise cardiaque) peu de temps avant sa sortie en salles; quant au couple vedette, Tom Cruise et Nicole Kidman, il fut très éprouvé par le tournage et divorça ensuite. Eyes wide shut (le titre n’a pas été traduit en France, il l’a été au Québec, « Les yeux grand fermés ») a donc très vite acquis une réputation de film bizarre, inquiétant, un « thriller érotique » expurgé de certaines scènes pour sa diffusion grand public.

Que montre ce film ? Pour aller à l’essentiel, on y voit un couple aisé, la petite trentaine (lui est médecin, elle, travaille plus ou moins dans le milieu de l’art…) qui affronte une crise conjugale, s’interroge sur le désir, la fidélité, la « morale » du couple face aux sollicitations extérieures… La jeune femme (Nicole Kidman) se regarde souvent dans la glace (narcissisme) et semble deviner les affres du vieillissement (rides est un anagramme de désir !). Il faut en profiter ? Enjoy ? A son mari qui lui demande à la toute fin du film ce qu’il convient de faire à présent, elle répond: « il faut baiser ! », en anglais, « fuck ! » C’est le dernier mot de l’oeuvre de Kubrick. Mais on sait aussi que cela peut vouloir dire, question d’intonation: vas te faire foutre ! Après Docteur Folamour, Spartacus, Les sentiers de la gloire, 2001 Odyssée de l’Espace, Bary Lyndon, Orange mécanique, etc. telle est donc la réplique finale de l’un des meilleurs cinéastes du XXe.

En vérité, c’est surtout le mari qui affronte les sollicitations extérieures: d’abord les deux call-girls de la soirée Ziegler qui lui proposent d’aller au-delà de l’arc-en-ciel (langage pour initiés, sans doute un « plan à 3″ !); puis une veuve qui lui déclare sa flamme près du corps tiède du défunt mari; puis une prostituée qui l’aborde dans la rue et l’invite pour une somme assez abordable (250 dollars, cela dit c’était en 1999); enfin et surtout la fameuse cérémonie masquée de type satanique et orgiaque où sa présence est très vite… démasquée. Un peu plus-tard, une petite Lolita, la fille du vendeur de costumes et masques, qui est prête à vendre elle aussi ses « services ». Comme le fait remarquer l’auteur de l’analyse mentionnée ci-dessus, toutes ces femmes, ou peu s’en faut, y compris la sienne - et ajoutons-y même sa propre fille, à peine 10 ans – sont rousses, et la couleur rousse, si j’en crois l’historien français Michel Pastoureau, est la couleur du diable, de la trahison, de l’infamie; ainsi Judas est-il souvent représenté avec des cheveux roux. Quoi qu’il en soit, le film de Kubrick est symboliquement très chargé; il faut plusieurs visionnages, dit-on, pour commencer à le décrypter.

Je ne reviens pas sur la société secrète (« si vous saviez qui en fait partie, vous ne pourriez plus dormir » prévient le riche Ziegler au jeune médecin, qui tente plus ou moins d’en savoir un peu plus…), très commentée par de nombreux spectateurs de type « complotiste » (souvent de jeunes hommes); le public féminin, lui, est beaucoup plus intéressé par la dimension fantasmatique du film: où est la réalité dans le désir ? faut-il réaliser le désir ? peut-on réaliser le désir ? Ce questionnement est aussi motivé par une certaine culture du narcissisme; les femmes passent beaucoup de temps à se regarder, à s’épier les unes les autres, et la séduction ne va pas en effet sans une bonne dose de « maquillage » et de « fake » comme on dit en anglais; de fake à fuck, il n’y a pas loin. On peut donc porter sur ce film une interprétation de type néo-marxiste (dans la lignée de Clouscard, Le capitalisme de la séduction; et de Debord, La société du spectacle): à savoir que les désirs ne sont pas des effets de l’âme, des appels esthétiques à l’éthique, et réciproquement, mais plus bassement des publicités du spectacle et de la marchandise (« on nous inflige des désirs qui nous affligent » comme dirait le chanteur Alain Souchon); c’est ce qu’on appelle le processus de réification et d’intégration commerciale des « esprits » (et des corps), c’est une notion aujourd’hui bien connue des sociologues et philosophes, en passe même de devenir une vulgate scolaire.

Le contrôle des esprits et des désirs peut prendre une forme diffuse et relativement souple, chez des personnes qui ne fréquentent pas certains lieux et n’ont pas les moyens financiers de les fréquenter (c’est mon cas); mais il peut prendre une forme aiguë et douloureuse (comme l’érection chez certains érotomanes, par exemple le priapique président Kennedy*, qui devait toujours avoir près de lui une ou plusieurs secrétaires à disposition, et je ne parle pas de Marilyn Monroe sans doute droguée et livrée à des soirées occultes et orgiaques…). Pour Guy Debord, le système capitaliste est passé au cours des années 80 à un stade de  »spectacle intégré » et total**, où les consciences des consommateurs sont devenues l’enjeu même du commerce et de la domination. Au sommet de ce spectacle intégral se trouve peut-être une société secrète qui donne les ordres de la concupiscence démocratisée (l’érotisation larvée, diront les sociologues athées), où il est permis au « peuple » de se mettre à poil, pourvu qu’il garde « les yeux grand fermés » sur le fonctionnement du spectacle. La « libération » des moeurs renforce son contrôle. « Tout est permis mais rien n’est possible » comme l’a écrit Clouscard.  (A suivre)

*: ou exemple plus récent, un certain DSK; on peut fort bien émettre l’hypothèse d’un contrôle de certains hommes politiques par leur besoin libidinal aiguillonné; mais contrôle par qui ? telle est la question ! Une chose me semble tout de même assez plausible: l’oligarchie s’auto-surveille et s’auto-protège par l’existence et l’exigence de sociétés secrètes à caractère  »sulfureux » (pornocratie, pédo-pornocratie ?). Pour le dire familièrement, « ils se tiennent par les couilles ! »

**: Commentaires sur la société du spectacle, Gallimard, 1992, Folio, 1996. Et je cite:  » La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux, qui sont: le renouvellement technologique incessant; la fusion économico-étatique; le secret généralisé; le faux sans réplique; un présent perpétuel. » Mais Debord, sans doute puritain, oublie de signaler un sixième trait: le spectacle corporel envahissant, par les sports et l’érotisme (et la pornographie).         

                               

Les Barbaresques

 

Ce mot de « Barbaresques » renvoie pour beaucoup de Français au film La Folie des grandeurs avec Louis de Funès et Montand; on y voit ces deux personnages proscrits de la cour d’Espagne envoyés dans un bagne en plein désert; sous des coups de fouet ils font tourner une grosse roue qui pompe un peu d’eau dans le sous-sol pour arroser le cactus de l’émir local ! Cette représentation très fantaisiste des Barbaresques permet quand même de deviner deux ou trois choses: – d’abord que ce n’est pas un endroit hospitalier, et que le nom désigne la Barbarie ou Berbérie, c’est à dire l’Afrique du Nord, entre littoral et désert… – ensuite, que la déportation des « Européens » est effectivement synonyme d’esclavage, avec de très rares possibilités d’évasion ou de rachat (dans le film, la duègne de la cour de Madrid (Alice Sapritch) vient chercher Don Cesar (Montand) pour le libérer !)… – enfin, on peut deviner que la situation se déroule à l’époque du siècle d’or espagnol, donc le XVIe.

Pour en savoir plus, il faut lire Les Barbaresques de Jacques Heers (Perrin, 2001, puis coll. Tempus, 2008); cet historien (décédé en 2013) compte parmi mes auteurs préférés; excellent spécialiste du Moyen Age et de la Renaissance (selon lui il n’y a pas de « coupure »), capable de s’intéresser à tout, aux questions économiques, sociales, religieuses, politiques et géopolitiques, il est également très critique voire pamphlétaire devant les résumés et les raccourcis scolaires et bien pensants qui concernent les relations entre Islam et Chrétienté. Son livre Le Moyen Age, une imposture, rassemble l’essentiel de ses griefs à l’encontre de la doxa républicainement correcte aujourd’hui imposée à cette période et largement transmise par les enseignants du second degré.

Selon Jacques Heers, les Barbaresques ont été d’épouvantables corsaires envoyés et commandés par le Sultan de Constantinople à travers le monde méditerranéen; ils ont pillé, razzié, massacré, déporté, imposant leur pouvoir par la terreur et les trafics; les chefs les plus célèbres et redoutés de ces opérations ont été les Barberousse, des Siciliens (d’origine albanaise) convertis à l’Islam: Aroudj, Elias, Isaak et Kheir-ed-din. Factuel, descriptif, narratif, Jacques Heers retrace la plupart des combats, d’une sauvagerie féroce; les Barbaresques, démontre t-il, étaient le bras armé maritime de Constantinople qui menait une politique d’expansion en Méditerranée, jusqu’à menacer très sérieusement les possessions espagnoles et italiennes. Face au « péril turc », l’Occident chrétien est divisé, catholiques et protestants s’affrontent, et la notion même de « chrétienté » est devenue chancelante; les intérêts commerciaux et les alliances des chefs prennent le pas sur les « valeurs » religieuses et les besoins des peuples… Ces derniers, pour ainsi dire, n’existent pas !

Au XVIe, la France continue de lorgner sur l’Italie, et les rois Valois, François Ier en tête, semblent souhaiter les défaites chrétiennes face au Turc, afin d’affaiblir l’Espagne de Charles Quint; Jacques Heers dénonce sans ambages cette politique française qui envoie cadeaux, argent, armes et ambassades aux Barbaresques et au Sultan; la bataille de Lépante (octobre 1571) met un coup d’arrêt à l’expansion ottomane, déclenche un vif soulagement et enthousiasme à Rome et en Espagne, tandis qu’à Paris on veut en minimiser les conséquences (et pour cause); longtemps même, selon Jacques Heers, l’historiographie française n’accordera que peu d’importance à cette victoire « chrétienne » de Lépante, préférant se féliciter de la défaite espagnole de l’Invincible Armada en 1588 devant les côtes anglaises. L’idée d’un royaume de France encerclé par l’empire de Charles Quint est un fantasme, écrit Jacques Heers, afin de justifier la déplorable alliance « de revers » avec Constantinople, qui en vérité n’a donné aucun résultat. Aux siècles suivants, la littérature courtisane française continue d’entretenir les images d’un Orient luxueux et paresseux dirigé par des sultans, vizirs et pachas débonnaires, lubriques et tolérants ! Voltaire sera l’un des tout premiers à dresser un autre portrait des moeurs « mahométanes », nettement moins libérales…

Le facteur religieux est difficile à saisir et à cerner dans le sujet des Barbaresques; les désignations elles-mêmes ne sont pas toujours bien claires: entre Maures, Morisques, Sarrasins, Arabes, Berbères, Bédouins, les Chrétiens s’y perdent un peu, et les intéressés eux-mêmes ont des « identités » mobiles, fluctuantes ou captives, rarement revendiquées; une chose paraît plus assurée, si l’on peut dire: malheur à ceux qui échouent entre les mains armées des Turcs et de leurs corsaires barbaresques; ce fut le cas de Cervantès, longtemps retenu prisonnier à Alger, et libéré de justesse après le versement incomplet d’une rançon. Des milliers d’autres captifs, chrétiens ou non, sont réduits en esclavage, travailleurs de chantiers, marins et rameurs, hommes à tout faire, prostituées, avec ici ou là quelques possibilités d’ascension sociale, par le commerce et par les armes; mettons à part le cas des Janissaires, ces troupes d’élite du Sultan formées à partir des réserves de jeunes prisonniers.

Il ressort de ce livre incisif un tableau peu reluisant du monde méditerranéen entre le XIVe et le XVIe; on est loin de la vulgate scolaire (que je connais bien hélas) qui veut au contraire présenter celui-ci comme un « carrefour » de cultures où les Musulmans, les Juifs, les Chrétiens vivent en bonne intelligence ! Jacques Heers ne cache pas son mépris pour les « publicistes » qui diffusent cette vision hallucinée de l’histoire. Mais son livre montre aussi l’intensité des trafics et du commerce entre le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest du monde méditerranéen pris dans un sens large (Heers a été le disciple de Braudel dans les années 50-60); son déclin au profit de l’Atlantique n’est pas encore entamé au XVIe; ce sera l’histoire du siècle suivant. Enfin, l’historien a pu consulter et utiliser quantité de documents, archives de Gênes, de Venise, mais aussi  mémoires et récits, comme ceux de Luis de Marmol-Carvajal, qui montrent la fine connaissance que certains hommes de cette époque avaient des différentes forces en présence et des territoires disputés. Le modeste chroniqueur d’aujourd’hui ne peut que redoubler de modestie devant la qualité des écrits et des observations d’autrefois, devant la quantité extraordinaire de tous les textes qui dorment dans des archives, sans oublier enfin les milliers, peut-être les millions de livres qui ont été brûlés, détruits, et parmi eux sans doute des chefs d’oeuvre.    

Pour finir, un extrait du livre, p. 94-95 (coll. Tempus), où l’on pourra apprécier la nullité diplomatique des dirigeants français, décidément une longue tradition, quelque soit le régime:

« Le roi de France, « ayant eu nouvelles que l’armée turque conduite par Barberousse devait bientôt arriver à Marseille pour son service », Sa Majesté délibéra d’envoyer un prince de son sang pour le recevoir « et estre en ladite armée, jointe à celle du levant ». Ce fut François de Bourbon, comte d’Enghien, âgé de 23 ans. Il fut reçu en grande pompe à Marseille, salué par d’innombrables coups de canon: « Le tonnerre y estoit si grand que les femmes grosses et les nourrices furent contraintes de se retirer dedans les caves. » A la mi-juillet [1543] la flotte turque entrait dans le port de Marseille, accueillie magnifiquement au nom du roi par Enghien, commandant d’une escadre de 50 vaisseaux: fanfare, canonnades, acclamations, fêtes ordonnées par le roi qui fit livrer quantités de vivres. Les deux capitaines, Barberousse et Enghien, et une troupe sous le commandement de Paulin allèrent de concert mettre le siège devant Nice, possession du duc de Savoie. Barberousse fit ancrer sa flotte dans le port de Villefranche, prit la ville, la détruisit et la brûla (…) Pendant plus de deux semaines, la ville fut bombardée sans relâche. Elle céda après de durs combats contre la promesse que les Turcs ne seraient autorisés ni à piller ni à enlever les habitants. Mais ils ne firent aucun quartier et donnèrent l’assaut à la forteresse, le château de la Rocca… «  


                              

                          

Notes de Rentrée

 

Le grand soleil ajoute de la nervosité à la rentrée; je me sens un peu électrique; avec ces collègues en jupes très courtes, moulantes, leurs jambes galbées, bronzées, vivaces, ce sont des volts supplémentaires ! Leur désir de se sentir désirables a une terrible contrepartie: pas touche ! Terrible pour moi, car pour elles, c’est tout bénéfice: leur désir d’être désirable augmente par la sécurité que leur confère le mariage; c’est un désir sans inconvénient qui leur donne même un peu d’insolence; et puis, surtout, c’est un désir narcissique: regardez-moi comme je suis craquante ! Mais point question de craquer, justement. Dès qu’elles ouvrent la bouche, de toute façon, on entend bien la vertu indécente de la bourgeoisie confortable qui exhibe ses photos de vacances; et cette fois, elles nous parlent de leurs enfants ! Le sacré ! « Quand l’enfant paraît, moi je sors » disait Paul Léautaud. Un fin connaisseur.

Une fois n’est pas coutume, je confie à deux ou trois collègues mes appréhensions; un attentat, des incidents, le désordre incessant; les jeunes femmes court vêtues veulent n’accorder aucune importance à l’affaire du burkini; insolence, insolence… Dans mon quartier, il suffit d’aller au parc l’après-midi pour se rendre compte d’un certain état de la société française: sur vingt personnes, au moins dix musulmanes toutes voilées, de haut en bas, et leurs gamins en bas âge autour d’elles. Michel Onfray, le grand philosophe de la ville, nous avait déclaré il y a quelques années que l’islam était un problème (une collègue qui le fréquente m’avait assuré qu’il avait reçu des menaces), mais le voici à présent qui pratique le faux-fuyant, et va de sa grosse voix pérorer sur les médias, Europe 1 notamment (où il avait pourtant dit ne plus vouloir aller…); et il pontifie de plus belle: évitons le piège des apparences, creusons la question, soyons humbles (qu’il commence !): le voile ou le burkini n’est-il pas un désir refoulé d’intégration ? dans toute sa rusticité morale, le bon Français ne voit pas la séduction esthétique de la culture musulmane ! Il veut lui opposer un patriotisme viril qui le dévirilise copieusement depuis quarante ans ! 

L’origine des problèmes, c’est De Gaulle ! s’écrie Roger Holeindre sur Radio-Courtoisie; quel tempérament, ce Roger ! Dix fois plus tonique et original que Onfray ! A bientôt 90 ans, il continue d’écrire, pour rétablir la vérité, selon lui cachée ou déformée par toute la propagande scolaire; que De Gaulle et ses alliés (dont les cocos !) ont bradé l’Algérie au FLN; c’est à dire un groupe terroriste minoritaire soutenu depuis l’étranger (URSS); que De Gaulle ne songeait qu’à sa politique de grandeur internationale (il se voyait même en leader occidental de la cause tiers-mondiste !) et qu’il a délibérément sacrifié l’Algérie française et les millions de gens qui la défendaient, qui l’incarnaient. C’était lui le raciste ! s’emporte Holeindre, c’était lui De Gaulle qui parlait des « bougnoules » dans ses colères privées contre ses collaborateurs insuffisamment efficaces à son goût ! Voilà l’origine des problèmes de l’immigration (où les Algériens il est vrai pèsent très lourd); la solution ? c’eût été sans doute une Algérie gentiment autonome* puis indépendante mais toujours francophone avec laquelle la France aurait entretenu des liens économiques étroits (gaz, pétrole/agro-alimentaire); ce serait aujourd’hui un beau pays, avec de superbes villes au bord de mer !

*: processus saboté par les gouvernements judéo-maçonniques (Mendès France et cie) et accessoirement sionistes des années 50; rappelons qu’à cette période la France soutient à 200 % la politique d’Israël !  

Je cherche dans l’islam des aspects esthétiquement agréables, et je n’en vois pas; je n’en vois pas davantage d’ailleurs dans le capitalisme feuq-landisé avec lequel l’islam parvient à s’accorder, contrairement à ce qu’on croit; un exemple de cet accord, le burkini, dont les ventes ont explosé au cours des derniers mois. La vie très calme et observatrice qui est la mienne me fait voir et ressentir chaque jour davantage la laideur de notre monde; même les « belles choses », architecturales par exemple, sont entourées de vulgarités et de mochetés qui en affectent la beauté; bien sûr, c’est une question de sensibilité; je ne prétends pas imposer un dogme ni une définition de la beauté; simplement, la laideur me fait mal, et je l’appelle laideur pour cette raison. Je ferme les yeux, mon coeur se serre; la beauté en revanche est ce qui me les ouvre et me rend décontracté; mais ce n’est pas toujours aussi simple et tranché; une jolie femme désirable par exemple ne favorise pas la décontraction; sa beauté est donc d’un genre particulier, c’est une beauté spéciale et spécieuse, elle n’a pas l’envergure d’une beauté plus générale, plus spatiale, qui me transporterait; la jolie femme désirante et désirable n’incite pas au voyage, à la cartographie du Tendre, mais à trouver un petit coin, une alcôve où épuiser le désir. Ce genre de beauté, spéciale et technique en quelque sorte, a pris dans notre monde de la laideur capitaliste et islamiste une acuité nouvelle et supplémentaire; d’où les réactions très nerveuses qu’elle provoque; le romancier Houellebecq a écrit des choses très justes là-dessus dans son roman Plateforme. Et des choses qui lui ont valu de sérieuses menaces. Pour résumer, disons que violence et laideur généralisée sont liées; par exemple la violence et la laideur des quartiers de gares.

Déjà, on entend parler de l’élection présidentielle; les collègues vont sans doute faire le « forcing » devant les élèves pour bien expliquer qu’à part le Front National tous les partis sont démocratiques; je me contente pour ma part de lire la charte de la laïcité où il est écrit que le personnel enseignant ne doit en aucune façon faire part de ses opinions, religieuses et politiques ! Une jeune élève voilée a été aperçue dans le hall du lycée; le proviseur-adjoint est immédiatement intervenu pour lui signifier le respect de la loi; le fait m’a été rapporté; je ne suis aucunement surpris. Et ce n’est que le début. Des incidents de toutes sortes vont se multiplier d’ici les élections; le but recherché est clair: si vous votez pour le Front National, ce sera l’explosion ! Mais si vous voulez que la situation ne dégénère pas, si vous tenez à conserver votre petite vie tranquille, alors votez pour les autres… Et ne fantasmez pas: l’islam peu à peu va se dissoudre dans le grand bouillon de culture républicain; des sociologues et des philosophes nous le disent… Tout l’été, la radio publique subventionnée France-culture a proposé un tableau de la jeunesse immigrée et française qui une fois de plus impliquait le procès de la France raciste et esclavagiste d’autrefois et d’aujourd’hui ! On voit bien la ligne directrice: repentez-vous ! à genoux ! Vous les Français (non immigrés) n’avez pas encore bien compris la leçon: vous n’existez plus ! 

« Puisque les goys sont si sots, ils vont expier toute leur veulerie, leur vanité brève, leur crédulité criminelle – Tant pis pour eux ! Toujours obsédés de mesquineries, de leur petit trou du cul, de leurs amours myopes. Ils ne voient jamais le grand côté des choses où leur enfer s’élabore. » ( Céline, lettre de février 1939)

   

                                   

Mariage

 

J’ai été invité au mariage d’une cousine; une belle et grande cousine, agrégée de philo, maître (sse ?) de conf’… Je l’ai connue toute petite, puis jeune ado un peu boutonneuse, elle lisait l’épître à la messe de la commune… Après, perdue de vue; elle est allée en ville, et même à l’étranger dans le cadre des bourses Erasmus ! Je crois bien qu’elle a voté Oui à l’Europe en 2005… On n’avait plus aucune raison de se fréquenter. L’invitation m’a donc un peu surpris; mais en vérité, je la dois sans doute à ses parents, agriculteurs, qui tenaient, sinon à ma présence, du moins à celle de ma mère, 83 ans; et il fallait quelqu’un pour conduire la bonne vieille tante au mariage, à 100 km de son domicile; le chauffeur désigné, ce fut donc moi. Le sentiment d’être utile n’est pas désagréable, et je me suis volontiers plié à ce devoir de « bon fils » et de brave cousin.

Il y avait une cérémonie civile à la mairie, mais pas de consécration religieuse; ma cousine est devenue athée, ou quelque chose dans le genre (les philosophes sont intarissables sur le sujet !). De toute façon nous n’y sommes pas allés, il faisait trop chaud pour ma mère, et ma voiture n’a pas vraiment de « clim’ », ou si elle en a une, c’est une clim’ normande, qui ne sert pratiquement jamais. Le vin d’honneur et le buffet (et la soirée dansante) se déroulaient à partir de 17 heures dans la propriété d’un château, tout au bord de la ZAD de Notre Dame des Landes; c’est un endroit très forestier où les routes sont sinueuses et étroites; vraiment l’idéal pour une guérilla !

Les invités étaient surtout des profs, dont quelques « pointures », comme on dit, des docteurs en philo qui écrivent des livres, en traduisent d’autres, et ont plusieurs dizaines voire centaines de « références » sur internet ! Les agriculteurs se comptaient sur les doigts d’une seule main; mais une main bien caleuse de vrai travailleur ! Il n’y eut évidemment aucun échange entre les deux groupes, et l’on put s’en apercevoir quand la table rurale entonna « Vive-vive la mariée, le marié doit l’em-embrasser, etc. » qui ne fut pas repris par les autres tables constituées des profs… Ce fut un « flop » qui me fit beaucoup de peine, je dois dire.

On me présenta une femme célibataire; une offense à mon imagination; elle me parut très réservée, un peu tendue et nerveuse; la soirée dansante ne permit aucun rapprochement; aucune danse intime; ce ne fut qu’un festival de rythmes endiablés et sauvages; afin d’évacuer l’alcool, je me jetai dans la mêlée, faisant jouer ma souplesse et ma capacité cardiaque très au-dessus de la moyenne de mon âge (grâce au vélo !). De temps en temps j’allais souffler dehors, boire un nouveau verre et discuter avec des quidams; ce qu’on peut dire comme conneries dans ce genre de circonstances ! 

Vers trois heures la salle commença à se vider; la plupart des couples bobos étaient fatigués et devaient songer à récupérer leurs enfants qui dormaient je ne sais où; les mariés disposaient d’une chambre aménagée dans l’ancienne chapelle du château, où l’autel et un vitrail avaient été conservés. Les catholiques traditionnels apprécieront la situation. Frémissante. Une quarantaine d’invités, dont je faisais partie, couchait dans une dizaine de chambres sur deux étages; je me retrouvai en compagnie d’agriculteurs au ronflement très prononcé. La femme célibataire avait disparu depuis longtemps. Je dormis quatre heures, et je fus parmi les premiers levés avec les autres occupants de ma chambre. Les invités citadins ne firent surface qu’à partir de onze heures voire midi. Le père du marié, sans doute un ancien prof, me laissa bien mauvaise impression, me saluant à peine et me prenant sans doute pour un serveur: avez-vous une grande tasse ? et du lait ? J’occupais la matinée à aider les parents de la mariée, mes cousins, car il y avait beaucoup de choses à ranger; puis en retirant les nappes salies avec la mariée, ma cousine, elle m’exposa brièvement le contenu de ses nouveaux cours d’université, consacrés à la philosophie anglaise et à Hume en particulier. Hum, hum, fis-je pour toute réponse.

Rentré chez moi ma curiosité intellectuelle me porta à regarder sur internet les publications et extraits de conférences des brillants philosophes aperçus lors du buffet; deux noms surtout retinrent mon attention, Denis Moreau, spécialiste de Descartes et auteur d’un petit traité sur le mariage (intitulé « Pour la vie ? »), et Pascal Taranto, totalement déchaîné sur la piste de danse, mais très gros travailleur en dehors, et qui possède un cv long d’une dizaine de pages ! Il s’intéresse lui aussi à la philosophie anglaise et à l’athéisme d’un certain Anthony Collins (fin XVIIe- début XVIIIe). Ses interventions grand public portent souvent sur le corps, le sport, l’hygiène; lui-même, tel que j’ai pu le voir danser, n’est pas dénué de vrais qualités athlétiques et musculaires; j’ai aussi cru comprendre qu’il était un supporter de l’OM de Marseille. Il en a la faconde. Tout autre est Denis Moreau, bon papa de quatre enfants, et catho de gauche, tel qu’il se présente lui-même. Sa petite conférence donnée sur le mariage et Spinoza ( facile à trouver sur internet, elle dure 45 minutes environ et a été postée le 25 janvier 2015) est assez agréable à écouter; on y entend un philosophe sachant manier l’humour, notamment quand il dit à propos de Spinoza: « Il meurt de tuberculose et semble t-il dans la sérénité… »

Il nous dit aussi que l’Ethique est un livre très difficile à lire (« la première partie est atroce »), et que le Dieu de Spinoza ouvre une porte aux athées comme aux croyants; c’est un Dieu « libéral » détaché des Eglises et des Rois; un Dieu « nomade », inassignable,  »off-shore », un Dieu « démocrate » et potentiellement universel (un Dieu qui plaît donc beaucoup aux croyants de gauche, et même aux athées gauchistes, comme Philippe Val qui a consacré un petit éloge à Spinoza, sans doute aussi par préférence « communautaire »; un Dieu qui plaît beaucoup évidemment aux mondialistes !). Mais quel rapport avec le mariage ? J’ai cru comprendre que ce Dieu « ouvert » en théorie ne l’est pas vraiment en pratique, et que son libéralisme nécessite quelques procédés de fermeture; le mariage est l’un de ces procédés. Et de même que « l’Etre tend à persévérer dans son être » (bien souvent les petits amateurs ne connaissent que cette phrase de Spinoza), eh bien le couple doit tendre à persévérer dans … sa copulation ! Comme le dit la jeune femme du film de Kubrick, Eyes wide shut, « il faut baiser », et elle semble signifier par là que telle est la véritable éthique du couple ! Une éthique compatible avec l’existence d’une société « libérale » qui comporte de nombreux procédés de fermeture (par exemple les sociétés secrètes !)   

Toutefois la conférence de Denis Moreau m’a gêné sur quelques points: d’abord le philosophe déclare son « Je suis Charlie » (quelques jours après l’attentat contre le journal satirique); il esquive la question du « mariage pour tous » mais en laissant deviner sa préférence quand il met sur le même plan de son rejet les Femen et les fascistes; de quels fascistes veut-il parler ? des défenseurs du mariage traditionnel ? Il utilise ensuite des statistiques (l’espérance de vie de 26 ans au XVIIe ! et de 45 ans au début du XXe !) qu’il ne maîtrise pas vraiment, pour dire en somme que la durée du mariage s’est allongée et qu’elle pose un problème d’endurance qu’elle ne posait pas autrefois… Il semble se féliciter d’un léger renouveau des « unions civiles » au cours des trente dernières années, sans en voir la cause: la sécurité juridique et les droits sociaux (et l’obtention de la nationalité !) qu’elles apportent. Au fond, la bien pensance de Denis Moreau se vérifie aussi par le cadre sociologique assez étroit qu’il a dressé: celui de la bourgeoisie (française). Enfin, et c’est la remarque qui m’a le plus gêné, il déclare que les célibataires « par défaut », qui n’ont pas réussi à se marier alors qu’ils auraient souhaité le faire, ne l’intéressent pas, et qu’il préfère discuter avec des célibataires qui assument leur célibat. Voilà donc, me suis-je dit, un philosophe qui ne « pense » que ce qui l’arrange et qui correspond à peu près aux valeurs bourgeoises de l’optimisme et de la réussite. Les autres ? Sans doute des valeurs fascistes !

                             

                           

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