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Archive pour juillet, 2016

Le Tour 1936

 

La formule des équipes nationales a d’abord souri à la France; avec l’aide de l’organisateur du Tour, Henri Desgrange… Mais en 1935, c’est le Belge Romain Maes qui l’emporte, et l’échec français entraîne une polémique entre les coureurs Magne et Leducq; celui-ci réclame un vrai directeur technique à la tête de l’équipe nationale afin de faire taire les rivalités. Se pose surtout la question du « leader » et de son remplaçant en cas d’abandon… C’est le patron tout puissant du Tour Henri Desgrange qui sélectionne les coureurs, et décide d’écarter René Vietto de l’équipe nationale; ce jeune coureur, révélation du Tour 34, ne s’entraîne pas assez et mène une vie de loisirs qui déplaît au patron. Les Italiens ne sont pas invités en raison de la crise éthiopienne, même si les sanctions de la SDN contre le régime fasciste sont levées le 4 juillet (3 jours avant le départ du Tour). 90 coureurs sont alignés, répartis en équipes nationales de tailles inégales, certaines ont 10 coureurs chacune, d’autres n’en ont que 4; l’Espagne et le Luxembourg forment une équipe mixte ! L’Allemagne, elle, se présente au grand complet. Quant aux coureurs non sélectionnés en équipe nationale (Vietto), ils peuvent courir comme « individuels » ou « touristes-routiers »; voire, ils peuvent remplacer en cas d’abandon un coureur de l’équipe nationale ! Leur situation intéresse le journal L’Humanité qui voit en eux des « exploités » et des « bouche-trous »; ils doivent payer leurs propres frais (d’hébergement), et la plupart de leurs primes, s’ils en gagnent, reviennent au journal L’Auto qui organise et finance la course ! (1)

(1): je tire ces renseignements du livre de Fabien Conord, Le Tour de France à l’heure nationale, PUF, 2014, p. 195.

Bien sûr, l’été 36, ce sont les premiers congés payés et les grèves joyeuses, les « moments d’ivresse collective » dont parle Pierre Sansot dans Les gens de peu (2); les premières étapes du Tour se déroulent toutefois sous des trombes d’eau; Henri Desgrange, 71 ans, doit abandonner dès le deuxième jour, et c’est le jeune Jacques Goddet, son collaborateur à L’Auto, qui devient le nouveau directeur par intérim de la course. Le frêle breton Goasmat remporte la grande étape de montagne Grenoble-Briançon; « il dégageait une impression de légèreté exceptionnelle », écrit Pierre Chany, avant de poursuivre: « mais l’enchantement cessait dès la première descente… il devenait une sorte de cycliste grotesque… il suait de peur… Les poignées de freins serrées, les jambes écartées, il raclait le sol de la semelle, soulevant des nuages de poussière. Il appelait à son secours Notre Dame d’Auray, injuriait les automobilistes, implorait qu’on lui laissât le passage. » (3) – Le Belge Sylvère Maes prend le maillot jaune et le consolide grâce à la domination de son équipe dans les deux épreuves du contre-la-montre (d’abord à Montpellier puis le lendemain à Perpignan, où Sylvère Maes se fait livrer un maillot jaune en soie) – Un autre Belge, Vervaecke, est pénalisé de 10 minutes pour avoir emprunté dans l’Aubisque un vélo avec dérailleur (les dérailleurs ne seront autorisés que l’année suivante) et d’une minute supplémentaire pour avoir été poussé par sa femme. Ainsi, la deuxième place du Tour peut revenir quand même au Français Antonin Magne, mais à plus de 26 minutes de Maes. 43 coureurs sur les 90 au départ ont terminé l’épreuve; aucun Allemand.

(2): cité par F. Conord, op. cit, p. 32 – (3): Pierre Chany, La fabuleuse histoire du Tour de France, La Martinière, 1997 puis 2011, p. 302.

Le Tour 36 est surtout marqué par l’implication de la presse de gauche, L’Humanité et Le Populaire; jusque-là mitigés voire un peu méfiants à l’égard de l’épreuve, jugée commerciale et chauvine, les deux quotidiens décident de s’en servir comme tribune au cours de l’été 36. En vérité, l’offensive a commencé en 35 de la part du journal communiste, qui a proposé à ses lecteurs des « leçons d’histoire » (lutte des classes, journées révolutionnaires) en fonction du parcours et des villes traversées par le Tour. Mais c’est Le Populaire qui se montre le plus actif et virulent en 36; tout en soulignant l’enthousiasme populaire et les millions de « poings levés » qui acclament la caravane et le peloton, y compris sur la côte d’Azur et à Nice malgré la « mairie fasciste » de Jean Médecin, les rédacteurs du Populaire pointent du doigt la dimension commerciale du Tour et les combines de L’Auto; ils en appellent à une autre formule, plus sportive, plus humaine, plus égale ! Profitant enfin du passage du peloton dans les Pyrénées, Le Populaire tient à saluer les coureurs espagnols « républicains »; le journaliste note même qu’il a croisé une carmélite ayant trouvé asile chez l’habitant où elle avait appris la coquetterie tout en se réjouissant du changement de régime ! (4). Enfin, les quotidiens de gauche tiennent à condamner les accents et gestes de chauvinisme qui peuvent se produire sur la route; toutefois, la « préférence nationale » et les stéréotypes pour qualifier les coureurs étrangers ne sont pas absents de certains articles de cette presse de gauche; L’Humanité, surtout entre 37 et 39, n’hésite pas à pratiquer le lyrisme ou l’exaltation patriotique. Tandis que la presse de droite se félicite d’un Tour qui joue le rôle d’anésthésiant social et de parenthèse ou d’armistice dans la vie politique…  

(4): citation rapportée dans le livre de F. Conord, op. cit, p. 267; l’historien ne manque pas de signaler que le journaliste en question porte une vision angélique sur la guerre d’Espagne, où 6000 membres du clergé ont été exécutés.

Quand on regarde le classement final du Tour 36, on peut être frappé par les écarts; 26 minutes entre le vainqueur et le deuxième, plus d’une heure avec le sixième ! Toutefois, le dernier (43e) ne compte que 4 heures 50 de retard, dix fois ou vingt fois moins qu’au cours des années 20; on peut penser que la formule des équipes nationales depuis 1930 a permis d’homogénéiser un peu le peloton. La plupart des coureurs sont professionnels et se professionnalisent. Quant à l’Allemagne de 36, le régime nazi ne semble pas avoir accordé grande attention au cyclisme sur route; peut-être lui préfère- t-il les courses sur piste (5), peut-être lui préfère t-il tout simplement la motorisation blindée, plus efficace pour envahir un pays que le défilé de bicyclettes ! Enfin, le classement final du Tour 36 est en grande partie constitué de coureurs belges, français, suisses, luxembourgeois et espagnols; je note quelques Hollandais et un « Algérien », Abd-el-Kader Abbes, qui termine avant-dernier (6).

(5): mais cela dépend pour qui: le champion cycliste allemand sur piste, Albert Richter, anti-nazi déclaré, doit venir courir en France après 1933. Il sera arrêté et assassiné par la gestapo quelques années plus tard. Voir le film de M. Viotte, Albert Richter, le champion qui a dit non, Arte, 2005.

(6): pour les classements détaillés de tous les Tours depuis 1903, l’ouvrage de référence est: Le Compte-Tours, de Serge Laget et Claude Maignan, édité en 2013 à l’occasion du centenaire, Ccommunication.

A propos de « l’Algérien », notons que c’est au cours de l’été 36 que le projet de loi Blum-Violette visant à étendre aux musulmans d’Algérie le droit de citoyenneté est exposé dans la presse; il provoque de vives critiques et le texte ne sera finalement pas voté.

     

                           

 

          

 

 

 

 

 

 

 

 

               

Le Tour 1976

 

L’été 1976 est caniculaire, les prés sont secs, les vaches ont soif, il faut leur porter à boire trois fois dans la journée (c’était mon travail à la ferme familiale). L’ambiance n’en est pas moins agréable; on s’asperge d’eau, on mange dehors, à l’ombre, et on regarde le Tour à la télé; je dis « on » parce qu’alors, à 9 ans, je ne me considère pas comme une personne autonome. Mon impression d’appartenance collective et sociale est sans doute plus forte qu’aujourd’hui, même les chiens de la maison, kiki et sara, jouent un rôle sensible, sur le mode caressant ou bien sur le mode menaçant (grrrr), dans mon éducation au monde; à cette époque, j’étais beaucoup plus attendrissant et naturel, spontané et virevoltant, que je ne le suis à présent.

Le Tour s’élance le jeudi 24 juin par un prologue dans la station balnéaire Merlin-Plage de Saint-Jean-de-Monts en Vendée; le promoteur Guy Merlin a fait construire des milliers d’appartements sur la côte atlantique et offrira l’un d’eux, d’une valeur de 100 000 francs (15 000 euros), au vainqueur du Tour; Merlin est donc un partenaire privilégié de l’épreuve, il peut imposer certaines exigences, notamment des contrats d’exclusivité et le passage du peloton dans « ses » stations; Antoine Blondin ne pouvait évidemment rater le calembour du « Mur de Merlin ». Le prologue et les premières journées de la « Grande Boucle »*, de la côte atlantique à l’Alsace en passant par la Belgique, sont en partie dominés par le coureur flamand Freddy Maertens, qui va remporter huit étapes du Tour 1976, un record (il fera mieux encore sur le Tour d’Espagne 1977, en gagnant 13 des 20 étapes, et en s’adjugeant la victoire finale !).

*: l’expression « Grande Boucle » désigne le parcours, même si celui-ci ne correspond plus du tout à la forme d’une boucle, comme ce pouvait être le cas avant la seconde guerre… 

Maertens est un coureur d’une puissance phénoménale qui enroule des braquets énormes; quand il remporte un sprint il a le temps de se retourner pour voir qui est 2e; cette puissance singulière étonne et dérange un peu; son directeur sportif s’amuse à déclarer qu’il verse chaque jour une demi bouteille de Champagne dans le bidon de Freddy; y a-t-il d’autres ingrédients ? La carrière de Maertens sera irrégulière et fort mal « gérée » (1). En 1976, la Belgique a d’autres champions, plus  »fédérateurs », à sa disposition; Merckx bien sûr, mais qui commence à décliner un peu; blessé, il ne participe pas au Tour. Enfin, Lucien Van Impe, petit grimpeur confirmé, semble se contenter de places d’honneur et de victoires d’étapes. Son nouveau directeur sportif, Cyrille Guimard, va le convaincre de gagner le Tour en adoptant une véritable stratégie d’équipe et de course. A cette époque, pas d’oreillettes, pas de capteurs de puissance ni même de compteurs; Guimard, au volant de sa 504, doit se porter à la hauteur du petit grimpeur pour lui ordonner d’attaquer; et comme celui-ci rechigne un peu, Guimard demande alors à des journalistes flamands à moto de traduire au coureur ce qu’il en pense; brusquement Van Impe décolle.

(1): Philippe Bordas dans son livre Forcenés, Folio, 2013, dresse un portrait fort enlevé de Maertens et des coureurs flamands des années 70; on y devine, sous un style littéraire à mon goût trop elliptique, les difficultés financières et la fin de parcours chaotique du champion. Pour un résumé plus sobre mais très substantiel de la carrière (alcoolisée) de Maertens, et notamment de sa rivalité avec Merckx, je renvoie à wikipedia

Van Impe s’est emparé du maillot jaune à L’Alpe d’Huez, que le Tour atteint pour la deuxième fois depuis 1952; la station deviendra alors une arrivée classique de l’épreuve, où des coureurs hollandais l’emporteront; après Zoetemelk en 1976, Kuiper en 77 et 78, et de nouveau Zoetemelk en 80. Celui-ci est le principal adversaire de Van Impe; pourtant, il souffre d’un abcès au périnée et peine à s’asseoir sur la selle; on apprend aussi, de la part de l’intéressé lui-même, qu’une transfusion sanguine de concentré de globules lui a été faite à la veille du départ du Tour et une autre au milieu de l’épreuve; cette pratique serait aujourd’hui punie de deux ans de suspension ! Zoetemelk (en néerlandais, cela veut dire: « lait sucré » !) parvient à gagner 3 étapes et finit second à 4 minutes de Van Impe. Un autre coureur belge, mais wallon, s’illustre sur ce Tour 76: le vieux Ferdinand Bracke, 37 ans, cheveux gris, et membre de l’équipe Lejeune BP; il s’impose lors du contre-la-montre de Fleurance à Auch (38, 8 km), et commente ainsi sa victoire:  » sans le vélo, je serais resté un ouvrier d’usine. Chez moi, près de Charleroi, j’ai cinq frères, dont trois ont travaillé au fond de la mine… Quand je vois mon frère, j’ai envie de faire mon métier de coureur cycliste encore très longtemps. On lui donnerait facilement 60 ans et il en a dix de moins. Sur un vélo, j’ai moins vieilli que lui. » (2).

(2): cette citation, ainsi que les autres de cette chronique, proviennent de La Grande Histoire du Tour de France, 1976, album n° 16 de la collection, illustré et rédigé par Jean-Luc Gatellier, L’Equipe/Cobra, 2011.  

Et la France ? et les Français ? L’été 76 est marqué par la rupture politique entre Giscard et son premier ministre, Chirac; la situation économique et sociale se dégrade, avec le chômage (le cap du million est franchi) et l’inflation; des ouviers du Livre du Parisien (co-organisateur du Tour) manifestent à Nancy en jetant des milliers de journaux sur la route où doit s’élancer le peloton. Un spectateur enthousiaste et maladroit du bord de la route a quant à lui jeté un seau d’eau sur les coureurs; « un seau périlleux » écrit évidemment Antoine Blondin. Dans les colonnes de L’Equipe, le directeur du Tour, Jacques Goddet, n’apprécie pas l’attitude du peloton qui laisse s’échapper certains coureurs: « un peloton permissif, paresseux, inorganisé, privé d’imagination, qui compte assez lâchement sur la défaillance, suivie de capitulation, du zigoto qui tend à le ridiculiser. » Des propos inimaginables aujourd’hui; parmi les « zigotos », le coureur Robert Bouloux expose sa vision du travail:  » Quand vous avez le sentiment de bien faire votre boulot et qu’on vous traite de « rigolo » parce que vous arrivez dans les derniers, ça ne vous donne pas le coeur à vous battre… » – Avec un salaire de 1360 francs brut par mois (200 euros), Robert Bouloux ne peut guère gagner sa vie, mais « j’ai la chance d’être breton », ajoute t-il, et les critériums de son département des Côtes du Nord (d’Armor aujourd’hui) lui permettent d’améliorer l’ordinaire; malgré quoi, le bilan reste modeste: « ma femme coiffeuse a dû venir travailler à Paris pour que nous nous en sortions. Je n’ai presque plus d’économies. Quand j’arrêterai le vélo, il me restera mes deux bras. »

Le meilleur coureur français du Tour 76 est le vieux Raymond Poulidor, 40 ans, qui se classe 3e pour sa dernière participation; un autre Raymond, Delisle, 33 ans, obtient une belle victoire d’étape dans les Pyrénées et termine 4e. Thévenet, vainqueur du Tour 75, a dû abandonner, malade et blessé; son équipier Régis Ovion est contrôlé positif après sa victoire à Saint-Gaudens, et déclassé. Le bilan français est donc plutôt négatif. « Les jeunes n’aiment plus souffrir, déplore l’ancien coureur André Darrigade, leur attitude correspond à l’évolution de la société, le sens de l’effort est en train de se perdre, les gamins n’acceptent plus les conseils… » –

Mais un jeune coureur français de 21 ans s’est déjà illustré au cours de la saison 76; son directeur sportif, Cyrille Guimard, a choisi de le préserver; il gagnera le Tour 78 pour sa première participation. Son nom ? Bernard Hinault.  

 

                  

                                                      

Un Tour ennuyeux ? Bilan

 

L’avis général des journalistes et du public (disons, les vrais amateurs), c’est que le Tour qui vient de se terminer fut ennuyeux. Les arguments ? Personne, sauf Bardet, n’a attaqué Froome, mais l’équipe Sky a parfaitement contrôlé la situation, y compris quand son leader a glissé dans la descente vers Megève, là où le jeune coureur français a précisément choisi d’attaquer. En dehors de cette offensive, les autres étapes alpestres ont été sans surprise avec le scénario classique des échappés de la première heure, dont quelques-uns parviennent à maintenir un peu d’avance sur le groupe des favoris et prétendants, qui se neutralisent sur les pentes les plus raides. Sur terrain plat, c’est le sprinteur anglais Cavendish qui a dominé, même si Sagan a semblé le plus offensif. Mais celui-ci a bénéficié d’un traitement de faveur de la part des médias et du public, en raison de sa belle gueule, de ses cheveux longs, et d’une forme de « romantisme » ont même interprété certains… Je n’appelle pas cela romantisme du tout.

Les arguments que le Tour fut ennuyeux sont assez réversibles; le journaliste de Ouest-France reconnaît par exemple que si la course n’a pas été « débridée », que si personne n’a pu attaquer Froome, et que les écarts derrière lui sont finalement très minces (à peine 3 minutes entre le 2e et le 10e), c’est que le dopage est sans doute mieux contrôlé qu’auparavant; toutefois le même journaliste réserve sa suspicion à l’encontre de l’équipe Sky et donc de Froome. Mais la victoire de celui-ci soulève moins de controverses que celle de l’an dernier; tout le monde s’accorde à dire que le champion anglais a été moins « dominateur »en montagne, tout en étant plus habile et « pertinent » dans ses efforts. Froome a su améliorer sa « communication » et trouver des « mots justes » dans les circonstances dramatiques de cet été avec l’attentat de Nice.

L’écrivain et chroniqueur Christian Laborde, souvent très critique à l’égard de la presse bien pensante, ou qui, du moins, tient à se distinguer d’elle et de son parisianisme par sa faconde méridionale à la Claude Nougaro, a estimé que ce Tour ne fut pas ennuyeux du tout et que Froome est un immense champion, qui bien sûr fait les frais, comme bien d’autres avant lui (Armstrong ?), de cette vulgarité démocratique très française portée contre l’élégance individualiste et parfois solitaire du vainqueur… En vérité, le public français s’est pris d’enthousiasme pour Romain Bardet; Laurent Jalabert reconnaît avoir eu des frissons (et ma compagne aussi, a-t-il ajouté…) et un instant rêvé à une possible victoire du jeune coureur français. Le journal L’Equipe n’a pas caché ses préférences pour ce dernier, opposant son audace et sa fraîcheur au style calculateur et flegmatique de Froome. Ce sont là des poncifs du journalisme sportif, aussi vieux que le Tour lui-même. J’ai déjà dit ce que je pensais de Bardet*, je ne change pas d’avis, tout en ayant apprécié bien évidemment sa performance.

*: voir ma chronique « Avant-goût du Tour » du 17 juin.

Le Tour à peine terminé, on s’interroge sur le prochain; la domination de l’équipe Sky pose la question, habituelle, de la meilleure formule concernant les équipes; il n’est plus question de revenir aux équipes nationales, qui ont fait les grandes heures ou l’âge d’or du Tour de France (années 30 à 60); le cyclisme professionnel est depuis longtemps financé, encadré, formé, préparé par des équipes « privées », y compris quand il leur fallait accepter la formule des équipes nationales (d’où des combinaisons et des tactiques de courses souvent très suspectes…). Les oreillettes, très décriées par le grand public, ont renforcé la discipline collective des équipes; quelques âmes innocentes s’interrogent même sur ce qui distingue encore la victoire individuelle (de Froome par exemple) de la victoire de l’équipe; on a dit aussi que le coureur colombien Quintana, qui s’est entraîné tout seul pendant le printemps sur les hauts plateaux andins, s’est par conséquent marginalisé au sein de son équipe, Movistar, dont il était pourtant le leader théorique sur le Tour. Froome en revanche est reconnu pour son professionnalisme collectif; de même, Bardet « nous a poussés vers une plus grande exigence professionnelle et il tire l’équipe vers le haut », se félicitait l’autre soir l’un des directeurs sportifs de cette équipe, AG2R-La Mondiale.

On voit mal, comme le proposent certains (Jalabert par exemple), les autorités du Tour porter atteinte à la toute puissance des équipes, notamment des plus performantes et plus riches, en imposant un nouveau règlement qui limiterait le nombre de coureurs par formation (à 8 ou 7 contre 9 aujourd’hui); la suppression des oreillettes est également impensable; les investisseurs de ces dernières années veulent des retours sur investissement très rapides; pas question, donc, d’adopter des mesures qui favoriseraient la « glorieuse incertitude du sport » ! Par ailleurs, la « communication » et le spectacle des images, notamment dans le cas du Tour, poussent les organisateurs à chercher une formule contradictoire, à la fois séduisante et sécurisante; c’est à dire, des étapes très difficiles et qu’on espère « sensationnelles », mais qui respectent d’un autre côté la sécurité des coureurs et celle des suiveurs, des milliers de personnes qui accompagnent le Tour; or, les étapes très difficiles (sur le papier) bien souvent ne donnent pas lieu à des courses « débridées », au contraire; les favoris et prétendants jouent la prudence et ne veulent pas prendre de risques supplémentaires quand la « physionomie » de l’étape, comme ils disent, ne leur inspire (ainsi qu’à leurs dirigeants) que de la méfiance et du stress. Quand, par ailleurs, les conditions météo sont exécrables, comme ce fut le cas lors des deux grandes étapes alpestres de cet été, les coureurs évidemment redoublent de prudence (ce qui ne les empêche pas de descendre les cols à plus de 70 à l’heure sur des routes détrempées !). Le facteur « stress » ne semble pas bien compris du grand public; dès qu’on fait un peu de vélo, surtout en compétition, on sait ce que cela veut dire en revanche ! Ce n’est pas mon cas, mais sur d’autres plans le stress a longtemps été le compagnon le plus tenace de mon esprit et de mon corps; je crois m’en être un peu libéré…

Comme l’a fait remarquer le chroniqueur Jean Louis Ezine, appelé par Fottorino, le Tour est finalement une affaire assez compliquée, qui cherche un peu l’impossible: d’une part respecter une certaine tradition, une certain conservatisme, dégager même une sorte de nostalgie du « bon vieux temps » et de la « belle France », mais d’autre part être une épreuve totalement « moderne » ou « post-moderne » avec tous les moyens de la communication et du confort, être aussi et surtout un Tour de France résolument mondialisé, retransmis dans 190 pays, et n’hésitant pas à sortir de ses frontières ! Cette affaire compliquée ne peut que rendre perplexe l’esprit en mal de rationalité ou de moralité…

Plutôt que de conclure, car je fais partie des gens perplexes qui ont trouvé le Tour un peu ennuyeux, mais qui s’en sont contentés (un peu de bienveillance ne nuit pas), et parce que je fais surtout partie de ce « grand public » qui ne sait finalement pas grand chose de l’intériorité du Tour, de ses coulisses (et de ses coups lisses) et de ses turpitudes, je préfère maintenant me livrer à un regard historique sur deux éditions anciennes de l’épreuve, celle de 1936 et celle de 1976; on verra par exemple ce qui a changé et s’il y a matière à regretter ce bon vieux temps du vélo ou au contraire à se réjouir de ne pas l’avoir connu…                                                                          

 

Préférences

 

1) Côté cyclistes: J’aime bien Froome; il est mesuré et prudent dans ses propos, il parle de mieux en mieux français; dopé ou non (question de sémantique) c’est un champion impeccable, intelligent, rigoureux, extraordinairement doué (l’avez-vous vu dans la descente du col de Peyresourde ? Tous les cyclistes amateurs, dont je suis, apprécieront cet exploit de vitesse et d’équilibre; mais à ne pas imiter, nous a prévenus Laurent Jalabert, qui s’y connait en prudence, lui qui s’est « gamellé » de nombreuses fois !). J’aime bien aussi le champion italien Nibali, vainqueur du dernier Giro, et par conséquent en retrait sur ce Tour, qu’il a pourtant accepté de disputer; lui aussi, comme Froome, dégage une impression d’intelligence et de rigueur professionnelle. J’aime bien aussi tous les coureurs, moins connus, enfouis dans le peloton, qui font le maximum avec leurs capacités.

J’aime bien aussi le jeune coureur français Alaphilippe, qui dispute son premier Tour; pétri de talent et de dynamisme, comme disent les journalistes, il ne montre pas encore la clairvoyance et l’intelligence de course des champions; je n’ai guère apprécié ses petites grimaces (tirage de la langue, geste de fatigue) faites aux caméras; par ailleurs, les jeunes espoirs du cyclisme français tels que lui consentent trop de temps à leur « communication » et à leur « image », il se peut qu’ils y perdent en concentration intérieure et secrète; le grand champion tel un magicien ne dévoile jamais les ressorts de ses performances. Dans cette même catégorie du coureur (français) trop bavard, je classe Romain Bardet. Et bien sûr Thibaut Pinot, qui, lui, me déplait accessoirement, par la sonorité de sa voix et ses intonations d’enfant chouchouté par maman. Pinot ne sera jamais un vainqueur du Tour, car il ne sait pas se faire mal et semble trop exposé à attraper des virus (manque de professionnalisme). Archétype du cycliste français urbain, sans doute électeur de gauche, à l’opposé par exemple d’un Bernard Hinault.  

Je n’aime pas vraiment Sagan, le coureur préféré des jeunes filles et de bon nombre de journalistes et suiveurs du Tour. Il est évidemment un grand champion, mais chez lui aussi le son de la voix et les intonations blessent mon oreille; ses facéties et ses grimaces, qui le rendent sympathique aux yeux des pignoufs,  me laissent perplexe; on le présente comme un coureur offensif, qui prend des risques et dynamise la course; pas vraiment selon moi; il vise le maillot vert (qui récompense le coureur le mieux classé sur l’ensemble des étapes), qu’il a déjà remporté à trois reprises; c’est donc un coureur spécialisé et plutôt prévisible. Une valeur sûre, évidemment, et c’est pourquoi il est parmi les mieux payés du peloton (plusieurs millions d’euros annuels).

Je n’aime pas du tout Quintana; coureur effacé mais sinistre, parfaitement inintéressant à écouter et à voir pédaler; grimpeur colombien sans éclat, sans élégance, d’un faciès andin qui n’est pas sans évoquer l’humeur aléatoire du lama; toujours est-il que Quintana (un nom de médicament qui plus est !) ne semble pas susciter grande convivialité dans son équipe, dont il est pourtant le leader, du moins sur le papier.

2)  Côté journalistes: j’aime bien l’équipe de Village-Départ: Laurent Luyat, Cyril Férot, et la ravissante Nathalie Nguyen. Cette émission, qui sera supprimée l’an prochain, respire une certaine nostalgie ironique; elle ressemble à l’émission de Danièle Gilbert des années 70; mais on voit bien que les jeunes animateurs, et surtout certains invités (je pense à Ariel Dombasle !) s’amusent de l’ambiance « France profonde » qui transparaît ici et là; il y aurait comme une dimension « dîner de cons » que je ne serais pas surpris ! Toutefois, cette émission est rondement menée, et j’y entends moins de fautes d’élocution et moins de sottises que dans la retransmission de la course qui lui succède; j’adresse une mention spéciale à la jeune et guillerette Nathalie Nguyen, qui anime la séquence culinaire ou gastronomique; manifestement cette jeune femme (28 ans) s’y connaît en manipulations (surtout les saucissons !); à travers elle, enfin, l’immigration asiatique montre son visage et son talent; ça nous change de la racaille des rappeurs !    

J’aime un peu moins Gérard Holtz, même si je reconnais son professionnalisme impeccable et sa gentillesse sans doute sincère (mais un peu mielleuse par moments); savoir rester simple et accessible n’est pas une qualité des plus courantes dans le milieu de la connivence journalistique… Autre aspect qui appelle le respect: il a effectué un Tour de France vélo de 2400 km en dix jours, à une vitesse moyenne de 27 km/h (1). J’aime moins chez lui ses enthousiasmes bien pensants et quasi « humanitaires », dans le genre: « les gens sont formidables, la vie est belle, etc. » – Mais Gérard Holtz est un homme expressif et théâtral, pas du tout un intellectuel de l’amertume ou du ressentiment !

Le trio Adam-Jalabert-Fottorino qui assure les commentaires de la retransmission est parvenu à m’ennuyer assez vite; et ce n’est pas seulement en raison de la course, qui en effet manque un peu d’entrain; c’est en raison surtour du « dispositif » technique et des « impératifs » publicitaires et commerciaux ; je n’aime pas les séquences d’interviews des coureurs et des directeurs sportifs, qui n’ont rien d’intéressant à dire ! Je n’aime pas les questions idiotes des téléspectateurs via internet (ou htag !) et encore moins les remarques saugrenues et superflues de Thierry Adam, homme de peu d’esprit. Fottorino m’ennuie aussi par sa bien pensance touristico-mémorielle, plus ou moins agrémentée par les invités qu’il appelle: très bonne intervention historique de Pierre Nora qui a établi un parallèle entre le Tour de France et le compagnonnage d’autrefois (il subsiste encore), allant même jusqu’à parler d’une « franc-maçonnerie » de l’effort sportif ! Agréable intervention de la jeune philosophe Adelle Van Reeth (qui anime une émission sur France-Culture !), pour qui le Tour de France est une épreuve d’endurance qui questionne notre société de la jouissance immédiate… Très juste intervention de Michel Drucker, qui a relaté son ascension du Mont Ventoux, « ce fut horrible », accomplie alors qu’il n’avait pas plus de 300 kms dans les mollets… Les autres invités m’ont ennuyé, bla-bla des souvenirs, aucune réflexion… (2)

Evidemment, je ne me prononce pas sur les séquences que je ne vois pas ou que je n’écoute pas; il est possible que je sois passé à côté de très bonnes observations, mais plus probablement que je me sois épargné bien des inepties… Ma patience de téléspectateur est assez remarquable, il faut bien le reconnaître. Mais elle fait partie d’un plan moral et spirituel général (j’allais dire une stratégie… comme si nous étions en guerre !); elle s’inscrit également dans un programme sportif qui me recommande un peu de repos l’après-midi… (3)

(1): je tire ce renseignement du livre de Jacques Augendre, Abécédaire insolite du Tour, Solar Editions, 2011.

(2): cette chronique est écrite le 20 juillet; je ne me prononce donc pas sur les invités des quatre derniers jours du Tour !

(3): les fortes chaleurs de ces derniers jours m’obligent à rouler très tôt le matin.    

                             

                   

Les cycles du Tour

 

Chronique spéciale pour amateurs de périodisations et de « positionnement historique »

L’histoire du Tour peut se découper en cycles: 1) de 1903 à 1929 se met en place l’épreuve, à la fois commerciale, journalistique, sportive et patriotique, sous la direction autoritaire, un brin despote, de Henri Desgrange; la guerre brise l’élan de l’épopée, les héros sont fatigués (quand ils n’ont pas été tués au combat), le reporter Albert Londres les décrit comme des  »forçats de la route » soumis à un règlement inhumain; malgré un public de plus en plus nombreux (mais difficile à évaluer), le Tour traverse une période de décadence et d’obscures victoires (de 25 à 29 selon l’historienne Sandrine Viollet); le vainqueur de 1926, le Belge Lucien Buysse, réalise la plus faible moyenne horaire de toutes les éditions, à peine 24 km/h (moins qu’en 1903)*

*: je m’appuie sur l’ouvrage de S. Laget et C. Maignan, Le Compte-Tours, 2013; mais dans d’autres ouvrages, les chiffres diffèrent un peu, et la plus faible moyenne est attribuée au Tour 1919… Quoi qu’il en soit, l’idée reste la même: les années 20 sont des années molles !   

2) de 1930 à 1961, la formule des équipes nationales augmente le succès populaire du Tour, émaillé d’incidents de chauvinisme; Albert Londres et d’autres observateurs s’interrogent sur un tel engouement; « j’imagine qu’en marge de la foule électrisée par le passage du Tour, plus d’un vieux philosophe à poil gris, étranger aux choses du sport, estomaqué par le spectacle, a dû s’en aller en haussant les épaules, inquiet de savoir si l’on n’aurait pas par mégarde ouvert les portes de tous les asiles d’aliénés de France »(1). Le succès populaire s’explique par les victoires françaises (de 30 à 34 puis de 53 à 57, sans oublier la victoire du Breton Robic en 47) mais aussi par l’essor de la TSF, du cinéma (dont les actualités accordent une large place au Tour) et de la télévision (le premier direct a eu lieu en 1948 pour l’arrivée des coureurs au Parc des Princes); le succès populaire doit aussi aux congés payés (1936, j’en reparlerai), et au sentiment d’exaltation sociale et nationale (2) - Il doit enfin et surtout à la qualité des champions qui s’affrontent après la guerre dans une ambiance de renaissance austère (et religieuse): les Italiens Bartali (vainqueur en 48) et Coppi (vainqueur en 49 et 52); puis, dans une ambiance moins austère et plus laïque, les Français Louison Bobet (vainqueur en 53, 54, 55) et Jacques Anquetil (vainqueur en 57, 61…).          

(1): extrait du livre de Pierre Lorme, L’envers du Tour, 1934, cité par Sandrine Viollet, Le Tour de France cycliste, 1903-2005, L’Harmattan, 2007, pp. 120-121

(2): longtemps mitigé à l’égard du Tour, le journal communiste L’Humanité s’y rallie pleinement après 1935, mais c’est surtout en 1947 qu’il célèbre et magnifie l’épreuve, en puisant parfois dans un registre d’arguments conservateurs que n’aurait pas désavoués la presse d’extrême-droite ! Voir Fabien Conord, Le Tour de France à l’heure nationale, PUF, 2014, pp. 303-307.

3) de 1962 à 1990: les victoires de J. Anquetil (62-63-64) symbolisent la « modernité » du Tour et des Trente Glorieuses: modernité d’un champion cartésien et calculateur, très élégant, un brin hautain, modernité des équipes de marques et des sponsors qui prennent la place des équipes nationales (qui reviendront brièvement en 67 et 68), modernité du parcours qui découvre la civilisation des loisirs, des stations balnéaires et de sports d’hiver (l’Alpe d’Huez); en 1975, écrit Sandrine Viollet, « le Tour quitte ses attaches avec les mondes ouvrier et paysan pour investir définitivement … la société de consommation ». L’arrivée sur les Champs-Elysées, cette même année, marque aussi le triomphe de la « société du spectacle » et de la caste des journalistes (c’est le présentateur télé Yves Mourousi qui obtient l’accord du président Giscard d’Estaing pour offrir cette arrivée prestigieuse aux organisateurs du Tour, Goddet et Lévitan, eux aussi journalistes). La « modernité » soulève toutefois des critiques, toujours les mêmes depuis les années 30, mais rendues plus vives par l’esprit de contestation de la fin des années 60: la foire commerciale du Tour, le dopage (mort de Simpson sur le Ventoux en 67), et une certaine désaffection du public (classes moyennes). Mais les chocs pétroliers (73 et 79) et les victoires françaises, Thévenet (75 et 77) puis Hinault (78-79-81-82-85) et Fignon (83-84) relancent le « goût du vélo », la popularité et la médiatisation du Tour. Les chaînes de télé du monde entier retransmettent l’épreuve; l’arrivée des coureurs colombiens et nord-américains (Greg LeMond, vainqueur en 86, 89 et 90) conteste la suprématie européenne sur le cyclisme professsionnel…

4) de 1991 à 2016: les méthodes américaines (innovations techniques, apparition des oreillettes) et colombiennes (cocaïne) changent la « philosophie » de la course et du peloton; le dopage se perfectionne et se médicalise (EPO), les coureurs prennent des risques  »insensés », et les chutes se multiplient: lors du sprint final sur les Champs-Elysées en 1991, le soviétique Abdoujaparov change brusquement de trajectoire, à plus de 60 km/h, et heurte une publicité Coca-Cola fixée aux barrières, qui le projette en l’air: traumatisme cranien, clavicule fracturée, visage tuméfié… Puis c’est Casartelli, équipier de Armstrong, qui trouve la mort en 1995 dans la descente du Portet- d’Aspet. Les coureurs devront désormais porter des casques. Le Tour se sclérose un peu avec les victoires répétitives et calculées de Indurain (de 91 à 95), avant de sombrer dans une nouvelle affaire de dopage (1998) qui oblige une petite équipe française, Festina, à quitter le Tour. Rien de tel pendant les années suivantes, où l’équipe américaine de Lance Armstrong impose la loi du silence; les autorités du Tour et du cyclisme professionnel participent à l’omerta, avec à la clé les millions de dollars que rapporte le marché US (droits TV, sponsoring, et fondation anti-cancer de Armstrong en personne !) – Le marché nord-européen (allemand surtout) en revanche boude le Tour après les révélations de dopage qui touchent la plupart des vainqueurs de l’épreuve entre 2000 et 2010 ! Lâché peu à peu par ses « partenaires » financiers*, et surtout par ses anciens équipiers après sa retraite professionnelle (après 2010), Armstrong avoue lui aussi s’être systématiquement dopé (mais attention, un dopage professionnel !) – Ses sept victoires sur le Tour lui sont retirées !

* Texan et ami de G.W Bush, Armstrong a peut-être aussi été la cible des autorités « démocrates » (la magistrature bien pensante et féministe) sous le premier mandat de Obama…   

Les dernières années sont marquées par la domination britannique de l’équipe Sky; les Anglais, jusque-là très discrets sur le Tour (en dehors de Simpson, aucun nom connu), remportent l’épreuve avec Wiggins en 2012 et Froome en 2013 et 2015. Sky est une chaîne de télé privée; et ce sont les droits télé qui depuis les années 90 gonflent les recettes de l’épreuve (60 % du budget du Tour estimé à plus de 150 millions d’euros); le nombre de téléspectateurs dépasse les 3,5 milliards ! Près de la moitié de la population mondiale !

Je viens d’apprendre que France TV diffusera l’an prochain toutes les étapes en intégralité; du coup, la très bonne émission de variétés « Village-Départ » (populaire et un brin franchouillarde) sera supprimée pour faire place à la retransmission de la course; face à des audiences qui plafonnent depuis quelques années et face à la surreprésentation des « seniors » et retraités parmi les téléspectateurs français, les responsables de France TV prennent le risque de vouloir ennuyer encore plus le public !

Sur ce point en effet, tous les observateurs concordent: le Tour dominé par Sky est sportivement ennuyeux; « le processus d’héroïsation des coureurs est en partie démonétisé par les scandales à répétition des années 2000… » écrit savamment Fabien Conord; par ailleurs, le « processus d’intégration républicaine », si cher aux bien pensants, ne trouve guère à se manifester par le Tour et à travers lui, selon le même historien (3).

Combattre l’ennui peut être cependant une forme de créativité et de « résilience ». Je m’y emploie.

(3): Fabien Conord fait allusion à la faible présence voire à l’invisibilité des immigrés de culture arabe dans le peloton et dans l’organisation du Tour; mais l’avis général et dominant des autres historiens et journalistes bien pensants est celui d’un Tour intégrateur et républicain qui réveille et fait chanter la France; « son passage réanime certaines contrées qui semblent plongées dans un coma aussi éternel que leurs clochers » écrivent Mustapha Kessous et Clément Lacombe (Les 100 histoires du Tour de France, Que sais-je ?; PUF, 2013, p. 126) – Voir aussi sur ce sujet les remarques très alambiquées et un brin vaseuses de Jean-Luc Boeuf et Yves Léonard, La République du Tour de France, Seuil, 2003, pp. 230-231.

                 

                                                     

                           

Le Tour: leçon de géographie ?

 

Le Tour est une leçon de géographie, dit-on*, il offre des vues aériennes de qualité, grâce aux nouveaux moyens techniques de retransmission (hélicoptères, drones…), et il fait la promotion des pays et des paysages qu’il traverse. Les téléspectateurs, équipés maintenant d’écrans plats haute définition, peuvent apprécier de voir ainsi la France, reconnaître des lieux où ils sont déjà allés, parfois même reconnaître des amis, de la famille, au bord de la route. La capacité de reconnaissance dépasse celle de la connaissance; avec les appareils photos et les portables, tout le monde cherche aujourd’hui à se montrer; ce n’est plus seulement la télévision du Tour qui filme la France, ce sont les Français et les touristes qui filment le Tour en train de filmer la France. On voit donc sur le bord de la route des gens s’exclamer en brandissant leurs « smartphones »: « regarde ! on nous voit à la télé ! »- On nous voit en train de nous voir !** - Mes collègues professeurs de français parleraient là de « mise en abîme ».

*: voir sur internet de nombreux liens de « cafés géographiques » qui soutiennent cette généreuse proposition.

**: C’est ce que n’aurait pas pu dire Antoine Blondin, qui, dans sa première chronique, le 19 juillet 1954, écrit:  » Je me suis étonné d’être dans cette caravane qui décoiffe les filles, soulève les soutanes, pétrifie les gendarmes… Je veux bien vous le dire, mon seul regret est de ne pas m’être vu passer. » - Autre époque !

Leçon de géographie, oui, mais pas au sens professoral; hier Jean-Paul Ollivier (JPO), aujourd’hui Eric Fottorino, ne sont pas des géographes, et les commentaires qui accompagnent les vues aériennes se limitent à quelques éléments du « patrimoine », toujours les mêmes: châteaux, églises, abbayes… Ajoutons-y les cours d’eau, les canaux, certaines formes littorales, qui semblent bénéficier d’un meilleur traitement de la part de Fottorino que de JPO. Le Tour traverse surtout le monde rural français; et les agriculteurs (tendance FNSEA) réalisent des fresques ou des scènes vivantes qui vue du ciel évoquent ou soulignent leur rôle: « fiers d’être agriculteurs, fiers de vous nourrir ! »- Autrefois, dans les années 1970, les « paysans » n’hésitaient pas à bloquer la route du Tour pour faire entendre leur colère. A présent, ils s’efforcent de plaire, de séduire, de conserver ou de conquérir la confiance des consommateurs. La télévision adoucit les moeurs ? Avec son quatuor de commentateurs, Adam-Jalabert-Fottorino-Holtz, France 2 a fait de la gentillesse une arme de dissuasion de toute expression revendicative. Ce genre de « journalisme » est capable en un été de transformer un pays de guerriers en un spectacle de midinettes ! Mais du reste, ce n’est point nécessaire. La France est déjà un pays de gonzesses.          

J’imagine très bien Régis Debray ironiser sur un tel « spectacle », une telle profusion de vues, d’images, une sorte de saturation, d’overdose d’écrans, d’effets miroirs (aux alouettes !), de simagrées et de grimaces en tout genre, qui aboutissent à ne plus rien pouvoir commenter d’autre que la répétition de ce que nous voulons montrer et voir de nous-mêmes ! J’essaie de parler comme Debray (utilisation excessive du « nous »); le surcroît de visuel débouche sur un vide verbal ! La montagne des images accouche d’une souris de commentaire ! La société de communication mondialisée favorise le recentrage narcissique des individus. Plus les « nous » sont vastes et indéfinis, mous et théoriques, plus les « moi je » sont insatiables et pervers. Derrière l’apparence d’un « vivre-ensemble multiculturel », les « identitarismes » et les communautarismes se renforcent. Le Tour de France ? Spectacle de la répétition et du répétitif (course stéréotypée, coureurs formatés, étapes semblables d’une année à l’autre, classements prévisibles, etc.) qui tente de faire croire à la variété charmeuse des paysages et à l’incertitude ésotérique du sport. A cet égard les chutes bénéficient d’un double commentaire: bien sûr, il faut les déplorer, surtout quand elles sont graves, mais, d’un autre côté, elles apportent un peu de désordre et d’imprévu; « chute ! chute à l’arrière du peloton !  » oblige le téléspectateur endormi à ouvrir un oeil.

Leçon de géographie, disais-je… A la rigueur, quand même, on peut apprécier cette fameuse « diversité » ou variété des pays et paysages qui composent la France… Mais il faudrait des commentaires d’un autre genre que ceux de Fottorino pour aller au-delà d’une simple appréciation formelle et consensuelle. J’ai toutefois noté la très bonne intervention du photographe brésilien Sebastiao Salgado, qui réalisa en 1986 un reportage pour je ne sais plus quel journal; il avait été alors très frappé par cette diversité, non seulement celle des paysages, mais surtout celle des habitants; lui, venant de l’immense Brésil, ne s’imaginait pas qu’on pût rencontrer autant de pays en un seul et de si petite taille; un maximum de diversité sur un minimum d’espace, comme aurait dit Kundera (parlant de l’Europe). Appelé au téléphone par Fottorino (9 juillet), le photographe Salgado fait toutefois observer qu’en 2016, 30 ans après son reportage, la France et les Français ont bien changé, et que le pays a perdu une bonne partie de cette diversité, sous l’effet de la mondialisation et de la « feuqlandisation » accélérées (je traduis ses propos, mais sans du tout les déformer).

La géographie moderne se méfie des jugements affectifs, des impressions teintées d’opinions politiques… La notion de diversité ne lui parait plus guère valable dans ses analyses; parce que la géographie moderne étudie à présent (et plus qu’auparavant) les flux, les mouvements, migratoires et autres, et les « recompositions » et « mutations » permanentes du territoire. C’en est donc fini de cette géographie qui fixe des étiquettes et des désignations, qui tente d’établir des déterminations et des « forces profondes » (celles du sous-sol par exemple), qui va même jusqu’à caractériser des comportements régionaux ! Les Bretons sont ceci et les Normands sont cela, etc. Le Tour ne creuse rien, il survole, il ne pénètre pas la France il la caresse négligemment (et la belle maîtresse est déçue !); le Tour moderne va vite, il emprunte de longues routes rectilignes de plaines afin d’atteindre les montagnes obligatoires; la diversité des paysages est une manière de feindre la patience, comme l’amant feint de s’intéresser à la conversation minaudière de sa nouvelle maîtresse. Ce sont les courbes et les reliefs qui attirent la plupart des téléspectateurs (comme des amants !). Comme ce sont les grandes villes, métropoles et interfaces de la mondialisation, qui sont devenues l’obsession de la géographie moderne.

Le Tour, par conséquent, est une leçon de géographie très marginale, une sorte de diversion ou de divertissement; à la rigueur, oui, une contribution à la géographie dite sociale, culturelle, la géographie des représentations, de l’imaginaire, de la mémoire, du spectacle, une géographie pour le grand public qui forcément peut titiller le point de vue analytique pointilleux du professionnel… Mais à propos des grandes villes et de la mondialisation des territoires, qui sont au coeur de l’enseignement général (niveau lycée) de la géographie, le Tour ne figure pas vraiment dans les  »études de cas » ou les exemples utilisés par les manuels et les publications pédagogiques (1). Il pourrait  y être, si quelque professeur de géographie et amateur de vélo, voire bon connaisseur du Tour, et bénéficiant d’un temps libre estival lui permettant de regarder les étapes, daignait se pencher un peu sur la question !

Mais c’est sans doute trop demander ?

(1): Le dernier numéro (juillet-août 2016) de la revue « Documentation photographique« , bien connue des enseignants, est consacré au « Sport: une géographie mondialisée ». Les exemples choisis sont l’athlétisme, le rugby, le judo, le foot… Le cyclisme et le Tour ne sont cités qu’à la rubrique… dopage !

                                         

                                      

 

 

D’un Mont à l’autre

 

Le Tour est donc parti du Mont Saint-Michel, il est allé à Utah Beach, puis à Cherbourg-en-Cotentin; le champion du monde en personne, le Slovaque Peter Sagan s’est emparé du maillot jaune; la course, même sur terrain plat (façon de parler car la route n’est jamais plate !), atteint des rythmes et une intensité qu’on ne rencontre pas sur les autres tours; de Granville à Angers, le peloton a éprouvé le besoin de souffler, et la vitesse moyenne est tombée à 35 km/h pendant la première moitié de l’étape. Les sprinteurs Cavendish puis Kittel se sont imposés sur les parcours rectiligines menant le Tour dans le Limousin. Après quatre jours de températures fraîches, les coureurs ont affronté la chaleur sur les monts du Cantal, où le Flamand Van Avermaet a fait parler sa puissance pour remporter l’étape et revêtir le maillot jaune. Il parvient à le conserver jusqu’au lac de Payolle, dans la descente de l’Aspin, où l’arche gonflable qui indique le dernier kilomètre s’est effondré sur le coureur anglais Adam Yates.

Son compatriote et grand favori du Tour, Chris Froome, s’impose le lendemain à Bagnères de Luchon au terme d’une descente spectaculaire du col de Peyresourde, et il endosse du même coup le maillot jaune. Sous une chaleur de sierra, près de 40 °, le peloton pénètre ensuite en Espagne puis en Andorre, où les pentes très raides du col de Beixalit dissuadent les rivaux de Froome; dans la montée finale d’Arcalis, un orage de grêle éclate et l’averse torrentielle favorise du coup les échappés, dont s’extirpe le Néerlandais Tom Dumoulin (sans doute un descendant des Huguenots français…) qui remporte la plus belle victoire de sa jeune carrière. Le Tour, après une journée de repos, descend vers la région toulousaine et met ensuite le cap vers la Méditerranée: beaux paysages, couleurs méridionales, châteaux cathares, cités fortifiées entourées de vignobles, et cordon littoral de l’étang de Thau que domine le Mont Saint Clair de la ville de Sète. Le vent souffle et Froome profite d’une accélération de Sagan pour échapper au peloton et gagner six secondes sur ses adversaires à l’arrivée de Montpellier.

Le vent ! Il souffle si fort sur le Mont Ventoux que l’organisation du Tour décide de supprimer les six derniers kilomètres d’une ascension qui en compte 16; l’arrivée est donc fixée au Chalet Reynard, au terme d’une montée de 10 kilomètres à 9% de moyenne. Une quizaine de coureurs s’est échappée, derrière elle le groupe des favoris, sous la houlette de Froome et de son équipe, contrôle la situation, tout en allant très vite; trop vite, sans doute, car un coureur dérape et entraîne dans sa chute deux coéquipiers de Froome, qui demande alors au groupe de ralentir; ses rivaux obtempèrent (des rivaux bien timides en la circconstance !). Dans l’ascension du Ventoux, des dizaines, des centaines de milliers de spectateurs et supporters rendent difficile le passage des coureurs et plus encore celui des voitures. Le grimpeur colombien Quintana tente de décrocher Froome, qui ne cède pas, même si à le voir s’accrocher certains observateurs (de la télévision) semblent douter de sa capacité de réaction ou de résistance. Mais Froome finit par décocher un démarrage comme il en a le « secret », c’est à dire en restant assis et en pédalant à une vitesse prodigieuse (j’allais dire « stupéfiante »); seuls l’Australien Porte et le Néerlandais Mollema parviennent à le suivre; en deux minutes, les trois hommes réalisent un petit écart de 30 secondes sur leurs poursuivants. Mais dans le dernier kilomètre de l’ascension, là où la foule est la plus dense, survient un incroyable incident: brusquement une moto de retransmission se trouve bloquée sur la route et Porte fonce sur elle, ne peut l’éviter, entraînant Froome et Mollema dans la chute et le carembolage; les caméras et les commentateurs (Adam et Jalabert) sont alors occupés par l’arrivée et la victoire d’étape qui revient au grimpeur flamand De Gendt, échappé au long cours. Ahuris, ils découvrent Porte à terre puis Froome sans vélo, qui court sur la pente, entre des spectateurs électrisés voire fanatisés. Plusieurs minutes sont nécessaires pour comprendre ce qui vient de se produire.

Il faut près d’une heure aux commissaires du Tour pour livrer leur verdict: Froome et Porte sont finalement crédités du même temps que Mollema, arrivé 30 secondes avant Quintana, Valverde, Yates et les autres prétendants; selon le jury, le maillot jaune a d’abord été bloqué puis son vélo endommagé par une moto suiveuse qui a roulé dessus ne lui a pas permis de repartir normalement; ce sont là des « faits de course » exceptionnels qui demandaient une décision exceptionnelle, a expliqué C. Prudhomme le patron du Tour, mais beaucoup d’observateurs et de spectateurs ont interprété cette décision comme un traitement de faveur accordé à Froome et à son équipe. Une enquête doit être menée pour définir la cause du blocage de la moto ayant provoqué la chute des trois coureurs; s’agirait-il d’un mouvement volontaire de supporters partisans ? Ce n’est pas à exclure.

Les commentateurs de France TV ont été pris de cours; Thierry Adam n’a pas pu nous faire part de son avis, qui ne manquera pas dans les jours à venir d’être à la hauteur de ses analyses habituelles, c’est à dire profondément plate ! Mais il me faut ici vous avouer que je coupe assez souvent le son de ma télévision; je le remets quand un monument apparaît et que je souhaite entendre quand même ce qu’en dit Fottorino; il a beaucoup été question de châteaux et de cités assiégés par Simon de Montfort, qui lutta avec acharnement contre les cathares au début du XIIIe siècle; je ne rate jamais non plus les « invités » qui sont appelés au téléphone; l’étape du Ventoux ne pouvait éviter Michel Drucker qui possède une villa (et sans doute une autre…) dans la région; Fottorino nous apprend aussi que Jacques Attali est un « habitué » du joli village de Gordes… Sans oublier Noëlle Châtelet, elle aussi appelée, et qui réside au pied du mont provençal. Comment ne pas être sensible au bonheur de tous ces appelés qui ont été… élus !

Ainsi va le Tour, à la fois traditionnel et exceptionnel; on croit connaître son histoire, on semble ne plus rien attendre de ses lieux mythiques, comme le Ventoux, quand brusquement surgit un événement qui étonne, amuse, provoque même le fou rire (ce fut mon cas). Le modeste chroniqueur que je suis ne peut que se réjouir au fond de voir le grand champion qu’est Froome, souvent décrit comme impassible, retrouver le réflexe d’une petite panique, en courant à la recherche d’un vélo !

                                                      

Bilan de l’Euro en 7 points

 

Je ne pouvais pas esquiver l’Euro même si c’est le Tour qui m’occupe en juillet; voici donc une chronique consacrée au foot, alors que vous avez pu lire hier un commentaire sur le patriotisme cycliste. Nous retrouverons vendredi le rythme habituel de mes productions écrites. Enfin, nous…

Bilan de l’Euro donc: 1) La France a perdu la finale contre le Portugal et c’est très bien ainsi; les grands rassemblements festifs, parfois émaillés d’incidents (passés sous silence par les médias grand public), se sont vite dispersés; tout le monde est rentré à ses petites affaires, et le sexe féminin, très démonstratif pour applaudir l’équipe de France, pousser des cris et pleurer sur la défaite, s’est consolé entre les bras de gentils garçons qui, à la différence de Gignac et de Griezmann, sont parvenus à la mettre au fond ! 2) Les équipes défensives, comme le Portugal, ont fait déjouer les équipes offensives, ou qui auraient pu l’être; de l’avis des vrais amateurs et connaisseurs, dont je suis (eh oui !), cet Euro a été un médiocre tournoi; peu de buts (2 par match en moyenne, mais beaucoup de 0-0 en réalité), peu de belles actions, beaucoup d’erreurs techniques et de fautes, des joueurs globalement fatigués et sans doute faiblement motivés. Le journaliste S. Tarrago de L’Equipe s’interroge sur l’avenir d’un tel football dit de « haut niveau », et qui, à la différence d’autres sports, le rugby, le basket, refuse de modifier ses règles afin d’encourager le « jeu ». Je partage cet avis.

3) Les responsables de l’UEFA et des fédérations nationales ne sont préoccupés que des « enjeux » financiers et commerciaux; selon leurs critères, la quantité (par exemple le nombre d’équipes qualifiées pour les phases finales) doit l’emporter sur la qualité: toujours plus de matchs et de recettes possibles, toujours plus de droits TV, de sponsors, toujours plus de « public » bien sûr, et toujours plus de mesures de sécurité (à la charge des contribuables) pour que « tout se passe bien » – Cette stratégie semble pour l’instant porter ses fruits, même si le bilan financier de l’Euro ne sera pas le même pour tout le monde: 1 bon milliard de bénéfices pour l’UEFA (une partie est reversée aux différentes fédérations et l’autre sera réinvestie dans l’organisation du prochain tournoi) – Combien pour l’Etat français ? pour les contribuables ? 4) L’engouement des publics (je me garderai bien de parler des « peuples ») pose question: formidable ! nous disent les animateurs des chaînes de TV (I-Télé, BFM, etc.), « réjouissant de voir le foot être capable à ce point de rassembler les gens », renchérit Pierre-Louis Basse, conseiller de l’Elysée… Une nouvelle religion en quelque sorte ? la religion de toutes les religions ? ou la religion de l’irréligion, de la « sortie de la religion » comme dirait Marcel Gauchet ? Quelques sociologues et philosophes s’interrogent, écrivent des articles et des essais, mais ne font que constater l’effervescence d’un phénomène qui ne les réjouit guère le plus souvent.

5) Ce que j’en pense ? D’abord je ne participe pas du tout à cet engouement, je ne suis jamais allé dans une « fan zone », où se rassemblent des milliers de gens pour crier… Amateur de foot et fin connaisseur du sujet (au même point que pour le cyclisme, c’est dire !), j’ai besoin de rester tranquille devant mon petit écran pour apprécier les matchs, et j’ai besoin, aussi, de regarder ensuite les commentaires de L’Equipe TV 21. Je ne méprise pas du tout les foules, mais je sais que je m’en méfie et que je n’y suis jamais à l’aise (les rares fois où j’ai été amené à m’y trouver) – S’il y avait un jour la révolution, je crois que je chercherais à me réfugier à la campagne, ou, comme Frédéric Moreau, comme Danton, à partir en charmante compagnie dans une petite ville de province. Encore que Danton ait cédé à Desmoulins pour revenir à Paris, où l’attendaient Robespierre et les siens. L’engouement des publics en 2016 n’a évidemment rien à voir avec les soulèvements des masses et des peuples tels qu’on les rapporte dans les manuels d’histoire - L’Euro de foot n’est absolument pas un objet historique, parce qu’il ne change rien ou pas grand chose à la politique (il peut en aller autrement dans certains pays, comme le Brésil, où la passion du foot est telle, même si elle semble un peu diminuer ces dernières années, que les gouvernements doivent en tenir compte), parce qu’il ne modifie pas la société, et à peine l’économie… Donc, je dirai que l’engouement quantitatif pour cette compétition de foot, des dizaines de millions de spectateurs et téléspectateurs, ne traduit rien du « potentiel qualitatif » d’une société…

6) … et encore moins du « potentiel fédératif de l’Europe » ! Car on a surtout vu des manifestations de patriotisme, à travers drapeaux, chants et joyeux charivaris; patriotisme publicitaire et commercial, puisque les supporters achètent des maillots de leur équipe nationale mais qui font les profits des « équipementiers » officiels (Nike, Adidas, Puma…), et parce que leur présence en France suppose un assez bon pouvoir d’achat (billets d’avion, billets de matchs, frais d’hébergement, de transport, de restauration…) – Les supporters qui ont été les plus appréciés des médias, pour leur allégresse pacifique et leur discipline collective, ont été les Islandais, les Irlandais, les Gallois et les Suédois; c’est à dire des nations « périphériques » de l’Union européenne ou n’y appartenant pas. Comme dirait le général de Gaulle, ou comme l’avaient écrit bien avant lui Chateaubriand et Jospeh de Maistre, on n’a pas vu d’Européens ni de drapeaux européens dans les tribunes ! Cela étant, ces manifestations de patriotisme symbolique et festif, à fort pouvoir d’achat, ne sont nullement des revendications anti-européennes; je ne pense pas qu’on puisse interpréter les chants des Islandais et des Gallois (magnifiques) comme des messages nationalistes; à la rigueur, oui, ce sont des forces culturelles, sociales, qui relèvent de l’étude anthropologique. Et l’anthropologie mériterait en effet d’être enseignée, car elle apporte beaucoup d’idées intéressantes afin de comprendre les évolutions sociales, économiques, et même politiques des différentes régions du monde*.

*: je viens de lire de l’anthropologue David Graeber un livre passionnant, Dette- 5000 ans d’histoire, Babel, 2016, dont je ferai un compte-rendu à la fin du mois d’août.   

7) a -Les médias français ont clairement affiché leur russophobie à l’occasion de l’Euro et des incidents entre supporters russes, anglais et marseillais qui ont lieu au tout début de la compétition; le commentateur de M6, Denis Balbir, s’est même permis à la fin d’une retransmission de souligner qu’en dehors des agissements déplorables des supporters russes, et une fois que ceux-ci avaient disparu de France avec l’élimination bienvenue de leur équipe, les ambiances avaient été parfaites de la part de tous les autres pays ! L’anti-poutinien maladif de Ouest-France, F. R Hutin,  n’aurait pas pu mieux dire…

Enfin,  b- la victoire du Portugal, célébrée par tout un peuple, ne va sûrement pas changer ni améliorer les conditions économiques de ce pays; au contraire, Bruxelles et la BCE viennent d’adresser à Lisbonne un nouveau plan de rigueur budgétaire ! Tandis que M. Barroso, ancien président portugais (très cosmopolite en vérité !) de la commission européenne, vient d’être employé par la banque d’affaires Goldman-Sachs, en raison de sa « très profonde compréhension de l’Europe »… De ces profondeurs où ne pénètrent pas les ploucs du patriotisme…

                            

Du patriotisme publicitaire

 

 En ce début de juillet, le Tour et l’Euro de foot se combinent avec les vacances et le taux de réussite très élevé du Bac (90 %) pour produire l’impression d’une France heureuse… « Heureux ! » titre Ouest-France sur 3 colonnes à la Une (samedi 9 juillet), qui consacre une page entière aux effets bénéfiques et à la « bouffée d’air » que l’équipe de foot nationale qualifiée pour la finale apporte au pays. Les quotidiens parisiens ne sont pas en reste, j’imagine (je n’ai pas eu envie de les acheter). Sur les chaînes de TV, évidemment, règne la bonne pensée unique ( pensée ? le mot est excessif) de l’optimisme, de la confiance, de la joie, de la fête ! Et certains chroniqueurs en profitent pour tirer des interprétations idéologiques et politiques; quel bel hommage rendu à Michel Rocard, lui qui toute sa vie a défendu une éthique citoyenne de solidarité et de fraternité ! Mais oui, l’équipe de France de foot, avec sa forte variété « ethnique » (on évitera de prononcer le mot), est la démonstration d’une réussite collective qui repose sur la discipline et l’état d’esprit des joueurs. N’est-ce pas un exemple à suivre pour tous les citoyens ? N’est-ce pas, aussi, un exemple à suivre pour ceux qui aspirent demain à diriger ce pays ? Certains chroniqueurs enfoncent le clou: cette réussite doit faire taire les mauvais citoyens, ceux qui se réjouiraient presque d’une défaite, comme il y avait en 1792 des Français qui souhaitaient la défaite de la Révolution et de ses armées !

Et le Tour là-dedans ? Certains historiens pressés (il m’arrive de l’être) croient volontiers au patriotisme voire au nationalisme que cette épreuve a pu véhiculer; quand on étudie d’un peu plus près la question, comme Sandrine Viollet, Fabien Conord et d’autres l’ont fait (1), il ressort que le Tour apparaît et se développe surtout comme entreprise commerciale et journalistique (le journal L’Auto invente l’épreuve en 1903); quant au patriotisme souvent souligné de ses organisateurs, notamment de Henri Desgrange qui sera le « patron » du Tour jusqu’à la Seconde guerre, il se heurte dans un premier temps au « chauvinisme local » des différentes régions - les « petites patries »- traversées; de nombreux incidents de course et faits de tricherie sont à déplorer; mais Desgrange tient bon et se montre ferme face aux désordres provinciaux; par cette épreuve, c’est Paris qui annexe la France, comme l’écrit Sandrine Viollet.

(1): Fabien Conord, Le Tour de France à l’heure nationale, 1930-1968, PUF, 2014 – Sandrine Viollet, Le Tour de France cycliste, 1903-2005, L’Harmattan, 2007 – Jean-Luc Boeuf et Yves Léonard, La République du Tour de France, 1903-2003, Seuil, 2003

 

Le soi disant patriotisme du Tour se serait mieux exprimé au cours des années 30, peut-on entendre aussi dans une (petite)partie de l’opinion publique intéressée par le sujet; en vérité, explique Fabien Conord, « la révolution de 1930″ a permis à Henri Desgrange de renforcer son autorité sur l’épreuve; que fait-il ? Pour mettre fin à la domination des équipes de cycles professionnelles, à leurs ententes tacites ou affichées, et au désintérêt populaire qui menace l’épreuve, il décide de créer des équipes nationales qui disposeront du même matériel, et il « profite de l’opération pour dégager le terrain à l’équipe de France ». Le journal L’Auto prend donc en charge, non seulement l’organisation, mais le financement de l’épreuve (et des vélos attribués aux équipes); cette  »révolution » entraîne dès 1930 la création de la caravane publicitaire, qui participera donc au budget du Tour. Succès ? Oui, trois coureurs français remportent les cinq premières éditions de la nouvelle formule: Leducq (30, 32), Magne (31,34), Speicher (33). L’enthousiasme populaire renaît et augmente. Mais une bonne partie de la presse, de droite comme de gauche, déplore les accents de foire et de barnum que prend le Tour; avant de s’y impliquer pleinement, ainsi que le fait L’Humanité en 1935 et surtout 1936, en proposant à ses nombreux (et nouveaux) lecteurs des articles d’histoire sociale et de luttes ouvrières liées aux villes et régions traversées par les cyclistes et la caravane. Le Tour comme support et tremplin idéologique ? En effet et de différentes façons; celle de la presse de droite modérée, par exemple, consiste à présenter l’épreuve et le sport en général comme « anesthésiant social », comme remède aux opinions révolutionnaires, et bien sûr comme un bain de jouvence patriotique, un parcours de santé exemplaire qui régénère le corps et l’esprit. Après 1936-37, on voit se développer davantage dans l’opinion la fibre « patriotique pacifique », celle des anciens combattants de 14-18, et le Tour est apprécié comme une « sorte d’armistice au coeur de la menace », ainsi que l’écrit le romancier Henri Troyat en 1939.

Ce que montre l’histoire du Tour, et notamment le livre de Fabien Conord, c’est que le patriotisme ne joue pas le rôle univoque et simpliste qu’on pourrait aujourd’hui lui prêter; il y a différentes façons d’abord d’exprimer le goût ou le désir de la « patrie »; les attitudes et les gestes « xénophobes » de certains spectateurs, comme en 1950 à l’encontre du champion italien Bartali, qui choisit de quitter l’épreuve avec son équipe, ne relèvent sans doute pas de la « fibre » patriotique, même si d’aucuns pourront toujours arguer de ces incidents pour théoriser sur les méchantes passions, aliénantes et corruptrices, que génère le Tour. Mais celui-ci, en vérité, distille quantité de sentiments, souvent éphémères, et d’opinions à l’emporte-pièce dont s’amusent goguenards ceux qui les profèrent; le soi disant patriotisme se décompose en de multiples affections et désaffections, qui trouvent dans le sport et avec lui une illusion de cohérence. Le culte des champions, par ailleurs, ne se prête pas vraiment à l’exaltation nationale; mais plutôt aux divisions de l’opinion publique, qu’on songe par exemple à la rivalité Anquetil/Poulidor; « Poupou » a davantage incarné la province rurale, paysanne, et parfois malchanceuse, que la fierté nationale, hautaine et dédaigneuse; celle-ci s’exprimait sans doute mieux dans le style de Jacques Anquetil, dont les plus belles victoires correspondent à la période gaullienne. Pour autant, personne aujourd’hui ne songerait à parler du patriotisme de ce champion et encore moins de celui de ses admirateurs actuels (je songe par exemple à Gérard Mordillat, appelé au téléphone par Fottorino le 7 juillet).

Aujourd’hui, la question d’un retour des « équipes nationales » sur le Tour ne semble plus se poser; les marques et les sponsors du cyclisme professionnel ne sauraient se priver de la plus grande course au monde ! Certains font toutefois observer que les équipes de marques ne sont pas dénuées d’identité nationale; l’équipe Astana, par exemple, porte le nom de la capitale du Kazakhstan, et toute victoire d’un coureur de cette équipe, qu’il s’agisse de Nibali ou d’Aru, tous deux italiens, sera fêtée comme une belle réussite nationale pour ses investisseurs kazakhs. Enfin, et cet exemple ne le dit que trop clairement, le patriotisme ou soi disant est surtout une affaire d’argent. C’est pourquoi je propose l’expression de patriotisme publicitaire voire mercantile pour désigner ce phénomène socio-culturel (et idéologique si l’on veut) tel qu’on peut actuellement le voir et l’entendre en France à l’occasion de la finale de l’Euro de foot. Et encore, j’écris ces lignes la veille au soir, car il se peut qu’en cas de victoire française demain, ce phénomène atteigne un tel degré de  »spectacle » visuel et auditif qu’il m’en devienne pénible à commenter. 

                                     

 

                                

 

                    

Les invités de Fottorino

 

Eric Fottorino, journaliste, écrivain, ancien directeur du Monde, et ancien coureur cycliste (espoir), a donc remplacé Jean-Paul Ollivier au micro de France-TV, afin d’assurer les commentaires touristiques de la retransmission: châteaux, églises, abbayes, cours d’eau, curiosités topographiques, etc. J’ai signalé qu’il m’avait fait plutôt bon effet l’an dernier pour sa première saison; il est vrai que Jean-Paul Ollivier était devenu redondant et lassant; il est vrai aussi que j’avais lu de Fottorino un livre élégant et touchant sur son expérience de cycliste amateur*. Ses commentaires, en tout cas, apportaient une petite touche de culture littéraire au spectacle du Tour. Mais rien qui puisse déséquilibrer ceux des journalistes habituels de l’épreuve. Rien surtout qui puisse déranger le consensus et l’omerta autour des professionnels, des sponsors et des organisateurs. Enfin, le gentil Fottorino avait innové, prudemment, en appelant chaque jour au téléphone un « invité » ou un « témoin » qui venait évoquer ses souvenirs et ses impressions du Tour. La bonne nostalgie, la bonne mémoire lénifiante. J’avais apprécié l’intervention un peu bougonne de Régis Debray, un peu moins celle de Orsenna, mielleuse à souhait; pour résumer, j’étais resté sur une bonne opinion du travail et de la contribution de Fottorino.

*: Je pars demain, Stock, 2001 puis Folio, 2011

 

Patatras ! En quelques jours, 2-3-4-5-6 juillet, j’ai été affligé par ce que j’ai vu et entendu. D’abord, un Fottorino peu inspiré, qui dès la 3e minute de la première retransmission en intégralité de l’étape allant du Mont Saint Michel à Utah Beach a brandi le drapeau de la mémoire du débarquement et des « libérateurs » américains; je m’y attendais, bien sûr, mais pas de sitôt ! Ensuite, il nous a infligé des indications touristiques dignes d’un Jean Paul Ollivier fatigué et de n’importe quel méchant guide bon marché; pas un mot sur les activités humaines, économiques (l’agriculture !), sur l’évolution sociale de la région normande et du département de La Manche en particulier (qui est un « cas social et culturel » sur beaucoup de plans, à commencer par sa faible démographie, sa désertification rurale, son vieillissement, son taux de suicide élevé chez les paysans, etc.) – En revanche, Fottorino nous a expliqué ce qu’était un « hâvre »; un hâvre s’il vous plaît ! Tiens, me suis-je dit, je retrouve là l’écrivain un brin pédant, précieux, évidemment archi bien pensant que j’avais sans peine très vite identifié en le lisant la première fois.

Mais le pire était à venir. Après avoir appelé au téléphone le sociologue M. Gauchet, qui est devenu célèbre auprès des enseignants de SES et de philo par ses notions du « désenchantement » et de la « sortie de la religion », qui ne l’empêchent pas, bien évidemment, de parler de l’enchantement que représente encore pour lui, pour nous tous, le Tour de France, après donc ce premier invité de la gentille bien pensance nationale, Fottorino, les trois jours suivants (4-5-6 juillet), a fait appel à Jacques Attali, Arno Klarsfled, Axel Kahn ! On peut être naïf et innocent, comme je le suis, il est quand même difficile de ne pas s’interroger sur le choix de tels invités. D’abord Attali; théoricien de la gouvernance mondialiste, contempteur des protectionnismes nationaux, pourfendeur de ces Français « résignés réclamants » et irrespectueux des autres, qui réussissent, il évoque malgré tout ses souvenirs d’enfance du Tour de France, cette magnifique épreuve qui sublime et structure le pays, tout en avouant qu’il éprouve la nostalgie des équipes nationales ! J’ai failli m’étrangler en entendant de tels propos. « Et il se fout de notre gueule par dessus le marché ! » me suis-je dit, tout simplement. Là où Attali passe, la vérité ne repousse pas. Ce monsieur est un emberlificoteur hors-pair.  

Deuxième invité de la « liste »: Arno Klarsfled ! Cet avocat et homme d’affaires franco-israélien, membre du conseil d’Etat, au sein duquel il a montré toute son influence quand il s’est agi de faire interdire le spectacle de l’humoriste Dieudonné, lui aussi nous fait part de ses souvenirs du Tour de France; et lui aussi vante la grandeur nationale de cette épreuve qui rassemble les Français; il signale au passage qu’elle ne fut point organisée pendant les deux guerres mondiales, preuve de sa dignité, et que des coureurs français sont morts dans les tranchées, « ils n’étaient pas des planqués », tient à préciser Arno Klarsfeld, qui, lui, a effectué son service militaire dans l’armée israélienne ! Enfin, troisième invité, le généticien Axel Kahn: là aussi, bla-bla-bla sur la nostalgie du Tour, et cette remarque à propos de Louison Bobet:  » son nom lui-même sentait bon le terroir ! » – Extraordinaire remarque de la bouche d’un généticien… Mais quel terroir alors sentent des noms comme Kahn-Attali-Klarsfled ?

Je m’interroge; ces invités n’ont pas été choisis pour leur connaissance particulière du vélo, et je ne suis pas sûr qu’ils soient bien connus des téléspectateurs populaires, retraités, qui regardent le Tour; mais quel est donc alors l’intérêt de cette séquence initiée l’an dernier par Fottorino ? Que s’agit-il de montrer ? J’ai une hypothèse. D’abord, ces invités sont des relations du journaliste et ancien directeur du Monde; or, ce journal, il suffit de le lire un peu, est depuis plus de vingt ans la tribune du mondialisme, de l’oligarchie financière et de l’alliance ou coalition franco-israélo-feuqlandiste. Ce journal, l’ai-je dit aussi, a souvent mené campagne contre le Tour de France, notamment lors des affaires de dopage; mais à cet égard Fottorino a joué un rôle particulier, puisque c’est lui qui au lendemain de l’affaire Festina de 1998 décide de s’engager sur une épreuve cycliste (le Midi Libre), afin de réconcilier un peu le monde du vélo (professionnel) et le public du journal parisien; cette expérience sera relatée dans les colonnes du quotidien puis elle fournira la matière du livre Je pars demain (op.cit). Ce que veut montrer Fottorino, c’est que le Tour s’inscrit désormais dans le système mondialiste et que celui-ci, précisément, à travers la voix de quelques-uns de ses représentants, tient à signaler ou signifier que la culture patriotique, provinciale et populaire, tant qu’elle ne dérange pas les élites, est parfaitement compatible avec elles, et qu’il faut même s’en féliciter; condescendance parfois perceptible dans certaines attitudes, certaines intonations; mais je ne veux pas fantasmer outre mesure. Disons, plus sobrement, que le Tour doit être un instrument de collaboration sociale et de complicité culturelle**.

**: le spectateur moyen n’a pas idée en effet des copinages qui peuvent s’organiser au sein de l’épreuve, vaste système de « relations publiques »; c’est ainsi par exemple qu’Arno Klarsfeld évoque au téléphone son amitié avec Marc Madiot, ancien coureur et directeur sportif, souvent vindicatif à l’égard des organisateurs… De telles relations rendent assez ridicules les schématisations géo-politiques que serait tenté de construire un modeste théoricien totalement étranger aux expériences du terrain (sans parler de celles du lit).

Quels seront les prochains invités (j’écris ces lignes le 6 juillet au soir) de Fottorino ? Finkielkraut ? Cohn-Bendit ? Elie Wiesel ? Il faut s’attendre à tout. Une chose est désormais acquise à mes yeux: ce Fottorino, qui m’avait jusque-là paru convaincant, ne m’inspire plus que la plus vive circonspection; si j’étais complotiste, je dirais que ce monsieur est un agent du mondialisme (et de ses officines) au coeur d’une épreuve qui lui permet de sonder, du moins de survoler les forces encore profondes du pays… La France, terre d’investissements immobiliers ! Beaucoup de petits et grands châteaux encore disponibles ! J’imagine Attali rappelant Fottorino: « dis-donc Eric, peux-tu me donner le nom du château que tu as signalé du côté de Vitré ?… »  Mais n’étant pas complotiste (mon métier me l’interdit formellement), je m’en tiendrai à une observation plus neutre: Fottorino est tout simplement un journaliste ! C’est à dire un informateur pour les uns, un désinformateur pour les autres.                                                                    

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