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Archive pour février, 2016

Affligeant

 

Autrefois, le salon de l’agriculture était un bon moment de la vie nationale; je me souviens que mes parents y allaient, c’était leur petite sortie parisienne de l’année, ils avaient leurs habitudes, ils mangeaient une choucroute le midi, et ils rentraient le soir par le dernier train pour la Bretagne; ils nous rapportaient des « Bêtises de Cambrai »; nous ! les enfants ! Mes frères aînés, 15, 14 ans, s’occupaient ce jour-là (sans doute un dimanche ) de la traite des vaches et de l’alimentation des cochons. Ma frangine, 12 ans, faisait à manger pour la famille; moi, j’étais encore dans le berceau ! Aujourd’hui, on dirait que c’était un peu inconscient de laisser comme ça des enfants aussi jeunes livrés à eux-mêmes ! Mais c’était l’époque. Les voisins venaient voir si tout allait bien. Et puis, je crois bien que les enfants en question étaient bien contents de cette journée-là; ça ne leur faisait pas peur du tout; ils se disaient, chouette ! de la liberté ! Et ma frangine ajoutait: et de l’égalité, enfin ! C’était elle ce jour-là la vraie maîtresse de la situation; elle avait son règlement en tête ! Pas question d’entrer dans la maison sans s’être lavé les mains ! et en chaussons ! Quant aux chiens, dehors ! D’habitude, Bouboule et Kiki s’allongeaient tranquillement sous la table, et de temps en temps pointaient leurs museaux pour haper un petit morceau de gras, discrètement… Ce jour-là, ils filaient tout doux, la tête un peu basse, les deux braves chiens exclus de la maison; ma frangine, donc, appréciait particulièrement la situation; les responsabilités étaient pour elle l’occasion de s’affirmer, non pas de s’affranchir ou de s’émanciper, non, de s’affirmer devant ses frangins, pas toujours très tendres avec elle. Sauf moi, qui ne disait rien au fond du berceau. Et je n’avais du reste pas intérêt à chouiner ! On m’a raconté; dès cette époque, donc, j’ai compris qu’il fallait se tenir bien tranquille dans la vie !

Du berceau à mon bureau, plus de 40 ans ont passé; mais je suis toujours aussi tendre et inoffensif. Quant au salon de l’agriculture, ce qu’il est devenu m’afflige; mes frères, qui sont du milieu agro-alimentaire, n’y vont plus depuis longtemps; sur le plan professionnel, c’est sans intérêt pour eux, ils préfèrent de loin le Space de Rennes; le salon de Paris, c’est pour les parisiens et les touristes, pour les gogos, c’est du folklore, voilà ce qu’ils me disent. Je m’empêche d’ajouter: non, c’est plutôt du « spectacle »; c’est une vitrine; et qui dit vitrine dit un peu « prostituée » ! Les hommes politiques et dirigeants de ceci et de cela (il y en a beaucoup dans le monde agricole !) viennent donc se faire sucer; mais la tendance aujourd’hui est au sado-masochisme ! Ainsi la visite de Hollande sous les sifflets et les huées: fumier ! salaud ! démission ! Le président n’a pas bronché, entouré de ses gardes du corps, il est même resté plus de 5 heures au salon ! Cette faculté de « résilience » est tout de même étonnante; d’habitude un chef d’Etat ne se comporte pas ainsi; avec de Gaulle, le moindre petit « ouh ! ouh ! » pouvait valoir une arrestation immédiate, et musclée; avec Sarkozy, beaucoup plus tard, on eut droit à l’échange bien connu du « casse-toi pauv’ con ! » – Hollande, lui, reste impassible, il déclare même qu’il comprend la colère de ceux qui l’insultent. J’avoue que c’est tout simplement affligeant. Aucune dignité, aucun honneur. Mais un cynisme sado-maso sans doute révélateur de la nouvelle oligarchie mondialiste; j’ai tenté dans une chronique précédente (L’état de la France) de distinguer deux grandes figures d’oligarques et de « tyrans »: les jouissants et les nuisants. Pour préciser, disons que l’exercice du pouvoir qui exacerbe le « spectacle » et les représentations de soi parmi les autres et des autres à travers soi, peut développer des pratiques sexuelles bizarres, initiatiques, elles-mêmes théatralisées et mises en scène; c’est le petit monde du sado-masochisme. Je lis dans le Dictionnaire du corps * le passage suivant qui peut éclairer le comportement de Hollande:  » La douleur [de l'expérience SM] manifeste le désir de franchir une limite. Cette limite n’est pas celle que le corps est en mesure d’accepter ou de tolérer, mais il s’agit plutôt pour l’individu de signifier par la douleur qu’il a franchi une frontière, qu’il s’est autorisé à endosser un rôle qui n’est pas le sien. »

*: M. Marzano (dir), Dictionnaire du corps, Quadrige/PUF, 2007, p. 833 

La combinaison sexe-argent-pouvoir porte sans doute atteinte aux facultés de jugement critique; il me semble dorénavant acquis, prouvé et constaté que l’oligarchie mondialiste est une catégorie d’individus cinglés, ou pour le moins bizarres. Avec Sarkozy et Hollande, la France est passée sous l’emprise de cette catégorie. Chirac, encore, dégageait une bonhomie accessoirement franchouillarde qui lui valait des poignées de mains chaleureuses au salon de l’agriculture. Mais cette époque de dirigeants sympathiques, quoique fort médiocres, est révolue; avec la mondialisation financière et les stratégies des groupes de pression, des services secrets, des sociétés multinationales interlopes, les dirigeants des Etats ne savent plus où donner de la tête, sauf ceux, comme Poutine, qui ont fait tomber les têtes des autres pour garder la leur ! Le petit Hollande est complètement paumé, on ne comprend même plus très bien ce qu’il dit ou ce qu’il veut dire. Valls, lui, dégage un visage que je trouve menaçant et inquiétant, amaigri, et plein de tics nerveux. Peut-être y a-t-il en France, dans certains quartiers urbains, des populations qui se reconnaissent dans ces individus bizarres qui gouvernent aujourd’hui les Etats. Mais l’immense majorité des peuples a montré depuis longtemps qu’elle n’avait plus aucune confiance en eux; et pour cause ! Ces individus sont sans parole, ce qu’ils disent n’est que mensonge et ruse. Ce sont d’épouvantables pervers. Je crois qu’il faudrait les exiler tous sur des îles, mais des îles dangereuses, peuplées de cannibales sado-maso et de grosses bêtes bien dégoutantes. Oh oui.

                                            

L’invention de l’Europe

 

Je recommande la lecture de L’invention de l’Europe, écrit par Emmanuel Todd et publié en 1990, puis réédité en 1995; pour cette seconde édition, l’auteur écrit en préface:  » Légitime et nécessaire dans les années 1945-1980, le projet européen ne mène plus aujourd’hui à la paix. Il pourrait dans les années qui viennent conduire au contraire à la remontée entre les peuples de sentiments hostiles qui n’existaient plus vers 1980. La déconstruction des nations par leurs classes dirigeantes produit du nationalisme, dans les sociétés secouées par une transformation économique brutale et où l’identité nationale la plus traditionnelle et la plus paisible était comme un dernier refuge. Il serait d’ailleurs absurde d’imaginer que l’Allemagne, beaucoup plus stable économiquement que la France mais beaucoup plus anxieuse culturellement, puisse échapper à ce processus de déstabilisation des mentalités par l’unification monétaire… Le traité de Maastricht est une oeuvre d’amateurs, ignorants de l’histoire et de la vie des sociétés. »(1)

(1): L’invention de l’Europe, Seuil, 1990, puis Points-Seuil, pp. 10-11

Historien, sociologue, démographe, Emmanuel Todd a consacré plusieurs années à la rédaction de son ouvrage, qui repose sur une impressionnante bibliographie d’auteurs anglais, allemands, suédois, français, italiens, espagnols, etc. L’ambition conceptuelle ou théorique de l’entreprise n’est pas mince: il s’agit de montrer et de démontrer que l’Europe occidentale (celle de l’Union européenne vers 1990-1995) est structurée par quatre grands systèmes familiaux qui se sont combinés entre 1500 et 1965 à des transformations religieuses, culturelles et idéologiques; ces quatre systèmes familiaux occupent des zones relativement bien définies de l’Europe occidentale, et peuvent être  »étanches, aveugles et sourds les uns aux autres », conduisant même à des situations « d’autismes idéologiques » et de guerres mondiales.

Cette démonstration de « déterminisme » historique par les structures familiales peut évidemment déranger les amateurs de variétés, de variations humaines et de conjonctures; à plusieurs reprises, je me suis moi-même agacé devant certaines affirmations rapides et péremptoires; Todd estime trop facilement, me semble t-il, que le catholicisme est une régression culturelle* entre le XVIe et le XVIIIe, tandis que l’Europe protestante parallèlement encourage l’alphabétisation et le progrès scientifique; que par ailleurs la famille de type « souche », autoritaire et inégalitaire, favorise une plus forte transmission culturelle que la famille de type « nucléaire », libérale et plus ou moins égalitaire, n’est pas non plus très convaincant à mes yeux.

*: E. Todd parle même d’une « haine du livre » de la part de la religion catholique; c’est totalement absurde !

Les meilleures pages de cet ouvrage ambitieux et passionnant (j’ai souligné une bonne centaine de passages !) sont consacrées à l’effondrement des religions « classiques », notamment catholique au XVIIIe, puis protestante à la fin du XIXe; cet effondrement engendre les passions idéologiques, nationales et sociales, qui elles-mêmes recyclent et rénovent des valeurs métaphysiques enfouies ou endormies; E. Todd  écrit:  » Il est donc inexact de présenter la Révolution comme attaquant la religion. Elle remplace en fait une religion qui s’éteint. Le vide créé par la déchristianisation des années 1730-1789 rend l’émergence de la métaphysique révolutionnaire inévitable. Privés de la cité de Dieu, les hommes éprouvent le besoin de construire une société idéale… » (p. 255). C’est aussi ce qu’avait constaté Tocqueville au milieu du XIXe: « la révolution française a été une révolution politique qui a procédé à la manière des révolutions religieuses. »

Fortement partagée entre des structures familiales libérales-égalitaires (nucléaires) et autoritaires-inégalitaires (souche), la France est le terrain idéologique propice à des divisions et des affrontements; le type libéral-égalitaire est lui-même conflictuel (Bassin parisien) et se partage entre tendances « anarcho-socialistes » et « libérales-militaires »*; il faut par conséquent l’amour de l’ordre et de l’Etat que portent les structures familiales périphériques (centre et sud de la France) pour stabiliser et neutraliser les passions implosives du noyau parisien.

*: cette désignation n’est pas très convaincante; s’agit-il du bonapartisme ? du gaullisme ? d’un fascisme à la française ? Je n’ai pas bien compris.

Le cas allemand est plus simple: les structures familiales majoritaires sont autoritaires et inégalitaires, elles ont vu s’épanouir le protestantisme luthérien, très respectueux de l’ordre et de l’Etat; le principe d’inégalité et d’autorité, privé de son appui religieux à la fin du XIXe (crise de foi et de discipline métaphysique fort bien analysée par Nietzsche), trouve à se réorienter dans le socialisme dirigé et syndicalisé du SPD; mais cette réorientation est désorientée par la première guerre et la crise de 1919-1923 puis celle de 1929-1932; E. Todd parle alors de « démence idéologique », avec le dévoiement du principe d’inégalité en fanatisme raciste; le nationalisme nazi marque sa différence avec le nationalisme luthérien dans son hostilité radicale aux Juifs. L’antisémitisme procède souvent de la culture inégalitaire de la famille souche, mais son activation en haine idéologique nécessite des médiations (journaux et propagande d’Etat).

L’Angleterre est le royaume du libéralisme, engendré par la famille de type nucléaire absolu, où les relations entre parents et enfants sont distendues, où chacun mène sa vie comme il peut; malgré un important prolétariat et un système social pour le moins inégalitaire, le libéralisme anglais ne se trouve pas mis en difficulté par le socialisme; car ce socialisme est lui-même pour le moins étrange, il est hostile à l’Etat et ne propose aucune réforme globale de la société; E. Todd l’appelle le « degré zéro du socialisme »; pendant la période critique de 1929-31, le gouvernement travailliste de Mac Donald ne peut rien imaginer d’autre que l’orthodoxie financière puis la formation d’une coalition avec les conservateurs et les libéraux !

La dernière partie du livre (très courte) est consacrée à la décomposition des idéologies depuis 1965 ainsi qu’à l’effondrement des cultures religieuses résiduelles ou réactionnelles. « L’important n’est plus le fond de l’idéologie, mais la forme des machines politiques. La discipline de vote des électeurs persiste au-delà de la disparition des doctrines. En système culturel autoritaire, l’ordre fonctionne à vide, indépendamment de toute justification théorique. » (p. 597). Cependant, la décomposition des idéologies ne supprime pas les « tempéraments fondamentaux »; ceux-ci trouvent à se nicher dans des « micro-idéologies »: E. Todd en distingue deux principales, la verte et la grise, le vote écolo et le vote nationaliste. Ici, le sociologue se laisse un peu aller (c’est la fin de son ouvrage): « L’écologie est donc un rêve doux, la xénophobie un rêve rageur. » – La conclusion, consacrée à l’immigration, est encore plus désinvolte. L’Europe a besoin d’immigrés, écrit Todd (alors qu’il vient de parler du chômage). Puis, « aucun indicateur ne révèle plus clairement (celui de la baisse de la natalité des femmes immigrées) que la résistance à l’assimilation des populations musulmanes est largement un mythe. » Enfin, « dans l’Europe déchristianisée des années 1990-2000, les chances de survie de l’islam sont à peu près nulles. » -   

Ces dernières remarques mises à part, il s’agit d’un ouvrage étonnant, sans doute l’un des plus passionnants que j’aie lus depuis quelques années.

                                        

 

 

L’état de la France

 

Je prolonge mon avant-précédent article (Sonia et les autres): oui, la puissance publique se dégrade et s’affaiblit; non, ce n’est pas une bonne chose ! Luc Le Garsmeur, membre du Front national, évoque la baisse de niveau des enseignants de l’Education « nationale », notamment en mathématiques et en français; la profession n’attire plus; les agrégés (qui plus est les normaliens) ne veulent même plus aller en lycée polyvalent, et sauf à intégrer une classe prépa, préfèrent encore les petits collèges sympas de centre-ville où ils n’ont pas beaucoup de travail; ils peuvent alors se consacrer à d’autres activités, l’idéal étant de se faire repérer par un éditeur ou un journal. Enfin et surtout, sous couvert de nouvelles méthodes pédagogiques, la transmission du savoir est plus ou moins discréditée ou découragée; les inspecteurs et formateurs insistent sur la « mise en activité » des élèves, sous forme d’îlots (tables de quatre !), qui selon eux doit permettre un meilleur échange et une mutualisation plus ou moins concertée des « savoirs »: le pluriel est de mise de façon à corroborer l’idée désormais indiscutable d’une diversité sociale et culturelle plus grande du « public » scolaire. Les enseignants doivent être à l’écoute des opinions de leurs élèves, et être capables d’y apporter des formulations et reformulations compatibles avec le cahier des charges idéologiques des programmes. En effet, la diversité du public scolaire ne doit aucunement déboucher sur une « foire » aux opinions et « élucubrations »; au contraire, elle doit favoriser la construction idéologique d’un « socle commun », construction qui prendra la forme démocratique du débat mais qui se soldera par une petite trace écrite extraite du catéchisme républicain obligatoire ! Point besoin en effet de professeurs trop subtils ou trop cultivés pour accomplir cette mission ! Au contraire, on recrutera dans le « tiers-instruit » (classe moyenne fonctionnarisée plutôt de gauche) des intelligences molles et malléables, surtout de jeunes femmes dociles, souples et consentantes sur un plan professionnel mais épouvantablement exigeantes et tordues sur d’autres plans; les cabinets de psys se frottent déjà les mains, grosse clientèle en perspective !…

La décadence de la puissance publique française s’observe aussi et surtout au plus haut niveau de l’Etat; la présence de Hollande est une souffrance quotidienne pour les nostalgiques et les partisans du souverainisme, et elle donne à presque tous l’impression d’une mollesse politique et diplomatique du plus mauvais effet dans le contexte actuel d’un système social en crise et d’un environnement international conflictuel et menaçant. La France, par sa politique, a décliné sur tous les plans au cours des vingt dernières années: une puissance économique vendue à des intérêts financiers étrangers ou apatrides, un tissu agricole et industriel déchiré, troué, des espaces en friches, des départements entiers en voie de désertification, des banlieues sordides, des « jungles », des quartiers communautaires où « l’on n’est plus en France » comme dit l’opinion commune (et elle a raison !), des centres-villes qui se « déboboïsent » et se clochardisent, des rues piétonnes où les commerces disparaissent, et livrées après 20 h aux punks à chiens et bientôt aux migrants: batailles rangées en perpsective ! Une puissance diplomatique soumise à Feuq-land (et à un petit pays du Proche-Orient dont on n’a pas le droit de prononcer le nom), une intégration étouffante et inhibante dans l’Union européenne, une union aujourd’hui bien désunie, une armée au service des grandes entreprises, des lobbies et des oligarchies (africaines ou autres). Le déclin de la France est synonyme de déconsidération et de discrédit auprès des populations qui autrefois éprouvaient encore quelque respect pour la « patrie des droits de l’homme », et qui ont vu à qui profitaient surtout ces droits, non au plus grand nombre, mais à quelques minorités d’hommes d’affaires et aux activités de certaines ONG. Que sont par exemple devenus les accords commerciaux autrefois signés entre la France et les pays du « tiers-monde » ? Ont-ils profité au développement des uns et des autres ? Nullement. Ils ont été avalés dans les négociations serpentines et « multilatérales » de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) où sont avant tout favorisées les stratégies des grandes entreprises de type « boa constrictor ». Le « multilatéralisme » est une notion perverse qui sous couvert d’intéresser tout le monde ne produit que la « guerre de tous contre tous »; dans le meilleur des cas les négociations sont bloquées (et les négociateurs passent d’agréables moments avec call-girls à profusion !), et l’on remet « sine die » le traitement des points de décaccord (autres petites soirées sympa en perspective pour nos négociateurs !); dans le pire des cas, elles aboutissent à des règlements sybillins qui ne seront jamais appliqués et feront l’affaire d’intermédiaires crapuleux voire mafieux (on sait comment les règlements de l’Union européenne ont été  »pris en charge » par les mafias des pays du Sud et de l’Est, tandis que l’administration française, pointilleuse et servile, les imposait sans coup férir à de modestes paysans n’y comprenant rien !).

Ce déclin de la France épargne l’oligarchie économique, politique et médiatique, qui tout au contraire de 80% de la population française, a vu croître ses revenus et son influence, son pouvoir de jouissance et de nuisance; j’ose à peine imaginer les belles parties de plaisir que doivent se taper nos ministres, députés, hommes d’affaires et femmes journalistes ! les échanges de services ! et les renvois d’ascenseur ! Sans oublier les petites adresses entre-soi ! – « Au fait ! ma villa de Miami est libre au mois d’août, si tu veux y aller avec ta nouvelle copine !  » (remarque véridique de la part d’un PDG à son frère, qui m’a été rapportée par la copine en question !) – Mais la jouissance, ça devient très vite banal et même languissant pour ce genre de personnage ! La capacité de nuisance, en revanche, c’est bien plus « stimulant » ! Qui plus est, elle ne nécessite pas certaines qualités physiologiques indispensables à la jouissance. Et même, sa motivation peut consister à nuire aux bons et vrais jouisseurs; l’oligarchie peut donc être un « panier de crabes », ou un microcosme de rivalités et de trahisons terribles. Pour autant, la situation du peuple n’en est pas améliorée; quand les élites se déchirent, et exposent même publiquement leurs différends, les peuples, tels des enfants, en éprouvent du désarroi et développent des comportements de crainte, de retrait, et de sombre rêverie pouvant engendrer de soudaines actions de révolte. Sans remonter à l’Antiquité et à Caligula, nous avons pu voir au XXe des dictateurs ou « tyrans » qui précisément portèrent leur nuisance en premier lieu sur des rivaux jouisseurs; je pense notamment à l’élimination des SA de Röhm (décrits comme une troupe de gros buveurs et de virils bourlingeurs) par les SS de Hitler (les futurs « maîtres du Reich » et d’une psychologie-physiologie nettement moins « sympathique » que celle des précédents).   

Notre petit Hollande n’en est pas là; toutefois, en comparaison de celui qui « aurait dû » être président en 2012, DSK, il fait figure de « nuisant » plutôt que de « jouissant » ! Quoi qu’il en soit, la politique de la France est partagée entre les uns et les autres. Il n’en découle certes pas de sanglants règlements de compte; mais on peut avoir l’impression que le « panier de crabes » oligarchique explique l’absence de politique cohérente, à la fois autoritaire et magnanime, qui caractérise la France depuis plusieurs décennies.      

                                                                                 

L’hiver, dernier acte

 

Dernière phase de l’hiver: pluie, vent, ciel gris. Comme tout bon professeur je regarde sur le calendrier la date de mes prochaines vacances; ce sera le 1er avril, le début du printemps. Je pourrai alors rouler davantage, retrouver un peu de vaillance; il en faut pour affronter le climat idéologique français, si peu enthousiasmant. En attendant, je tiens le coup en écrivant régulièrement; mes vacances hivernales, qui ont pris fin aujourd’hui, ont été studieuses. Outre le gros livre de Domecq consacré à l’art contemporain, j’ai poursuivi la lecture du Journal de Stendhal, également très copieux (plus de 1000 pages !); c’est une lecture divertissante, où l’on voit comment les efforts de présence et d’ascension sociale du jeune Beyle, ses démarches et ses élans auprès des femmes sont sans cesse combinés à des réflexions sur l’esthétique (architecturale, musicale) du monde; cela donne par exemple cette remarque: « La bonne musique me fait penser à mes torts. Hier, je voyais, pendant la Création d’Haydn, que je dois des visites à beaucoup de gens… » (avril 1811). On devine les déceptions que peut entraîner une telle « manière de voir », de sentir et de penser; ce Journal de jeunesse permet à Beyle de se « purger » de ses vanités et d’affiner sur le monde un regard plus « réaliste »; notamment à l’endroit des femmes, qu’il faut savoir prendre à l’envers (« les foutre par le cul » est la meilleure façon de les satisfaire, écrit le jeune homme, qui reconnaît aussi que la chose n’est pas toujours aisée à accomplir…) – Il y a donc loin de la croupe aux lèvres ! « Il est difficile de ne pas s’exagérer le bonheur dont on ne jouit pas. » 

Je suis retourné à l’opéra-cinéma; à la différence de Stendhal, je n’y ai pas senti mes torts; mon attention fut entièrement captée par le « spectacle »: on donnait Ernani de Verdi; opéra moins « tellurique » que Le Trouvère, plus superficiel si l’on veut, et qui m’a bien davantage « charmé »; la mise en scène et les costumes, adaptés à l’histoire, à l’époque, sans prétention anachronisante ou « transversale » ont suffi à mon goût; trop classique ? conservateur ? Il est vrai que je goûte de moins en moins les fausses excentricités post-modernes, ces obscurités de formes qui se veulent « jaillissantes » et prétendent déchirer les voiles pudiques, forcément pudiques, de nos tranquilles opinions de petits-bourgeois ! Eh bien les petits-bourgeois, dont je fais partie, aspirent à la tranquillité; et en quoi est-ce méprisable ? La raison de bien des « partis pris » et des jugements esthétiques actuels vient d’une certaine littérature post-révolutionnaire, romantique et libérale, dont le jeune Stendhal se fait l’écho quand il écrit en 1804: « la classe la plus ridicule en France est celle du petit-bourgeois casanier vivant de ses rentes. » Les aaartistes se croient révolutionnaires, subversifs et dérangeants, mais on a bien vu avec l’art contemporain qu’ils rivalisent de discours obscurs et de « productions » achetées par le spectacle du capitalisme intégré. Quant aux écrivains, moins riches, moins solvables (bankable !), ils sont capables ici ou là de porter un regard intelligent et clairvoyant sur le fonctionnement social et culturel du monde capitaliste; outre Houellebecq, je pense à des auteurs américains comme Easton Ellis et De Lillo, voire à l’anglais David Lodge. Mais ce génie romanesque n’est guère étudié ou apprécié, que ce soit à l’école où domine toujours la conception dix-neuviémiste et romantico-socialiste du romancier, ou que ce soit dans les médias grand public, dévoués au féminisme et au soi-disant multiculturalisme.

En vérité, je lis peu de romans, beaucoup moins qu’autrefois; on me dit pourtant grand bien de nombreux auteurs, notamment des scandinaves qui écrivent des polars sociaux ou sociétaux, et dressent des tableaux culturels fort inquiétants de certaines contrées reculées des grandes zones du spectacle capitaliste mondialisé; c’est un peu l’atmosphère du film Fargo des frères Coen, qui parvient à faire rire mes collègues bien pensants malgré ou en raison des scènes macabres qu’on y voit. Je ne suis pas un amateur convaincu de ce genre-là, et avec l’âge je deviens même réticent à l’exposition « sublimée » de la violence, de la cruauté et du crime; le cinéaste officiel du festival de Cannes (qui est en passe comme celui des Oscars de devenir la plus grande fête juive de l’année), Tarantino, me déplait et m’horripile tout particulièrement par ses films d’une violence « jubilatoire », « jouissive », « cathartique », etc. J’ai constaté fort aisément que ses admirateurs sont essentiellement des petits gauchistes mondialistes et féministes. Ma culture cinéphilique a beaucoup décliné au cours des quinze dernières années; certains films qu’autrefois j’avais pu apprécier me paraissent assez creux à présent; par exemple Z de Costa-Gavras, rediffusé l’autre soir par Arte; il s’agit d’une histoire de complot (tiens donc !) organisé par des militaires afin de créer une situation de tension; la cible du complot est un leader anti-militariste et droit-de-l’hommiste (interprété par Yves Montand); il est frappé à la tête à la sortie d’un meeting, sous les yeux d’une police très passive; les « hommes de mains » des généraux complotistes sont des militants d’un groupe appelé le CROC (Combattants Royalistes de l’Occident Chrétien); ce sont de pauvres types que le jeune juge d’instruction parvient à confondre aisément. Le complot, dont les ficelles sont grossières, laisse le spectateur sur sa faim; il est difficile de ne pas voir en Costa-Gavras un cinéaste de gauche très rudimentaire, manichéen, et passablement grotesque.

L’affaire Aurier rebondit; on s’aperçoit, bien qu’il ne faille surtout pas le dire, que le joueur en question, de nationalité ivoirienne, reçoit le soutien des autres joueurs noirs de l’équipe (de Matuidi par exemple); il a également reçu l’appui, « je suis avec toi mon frère ! » de Didier Drogba, grande vedette aujourd’hui retraitée du football africain. Tout cela est charmant ! Je m’amuse également des réactions des supporters, car les plus sévères et radicales à l’égard d’Aurier (« faut l’exclure ! c’est inadmissible ! ») viennent souvent de jeunes gens d’origine maghrébine ! Bref, on l’a compris, flotte sur cette affaire comme un parfum de racisme; rappelons au passage que l’entraîneur du PSG s’appelle… Blanc ! Mais bon, un petit coup de déodorant médiatique permettra de rafraîchir assez vite l’atmosphère; en attendant la prochaine déflagration nauséabonde ! A propos de médias, on peut s’amuser également de la « boulette » commise par Didier Deschamps, qui parle sur le plateau de Canal Plus de la possibilité de sélectionner en équipe de France un certain Coulibaly ! Or ce joueur est sénégalais et a déjà été sélectionné en équipe nationale du Sénégal ! Aucun des « journalistes » présents autour de Deschamps n’a relevé l’erreur.   

                                                                                       

Sonia et les autres…

 

Sonia Carneiro est décidément très en forme depuis quelque temps; des yeux étincelants, un visage lumineux, une voix tonique et rythmée, des éclats de rires; ses tenues sont toujours impeccables, de style classique, comme ce chemisier rose foncé, légèrement entrouvert (juste ce qu’il faut), qu’elle portait avant-hier. Sur le fond (mais la forme fait partie du fond), l’émission qu’elle anime tourne un peu en rond; c’est une émission sans doute bien « huilée » avec ses séquences chronométrées et ses questions-jeux posées aux invités; sans doute, me dis-je, nos cours d’histoire-géo devront bientôt ressembler à ça, et du reste je crois bien que certains cours de langues vivantes s’en rapprochent de plus en plus. Mais l’honnête homme modérément dissident qui sommeille en moi ne peut se contenter d’une émission qui sans cesse ne parle que du PSG et de Zidane. Pourtant, les invités sont des spécialistes de foot, qui ont sans doute une bonne et belle culture historique de ce sport (Vincent Duluc vient de publier un récit de l’épopée des Verts de Saint-Etienne en 1976); ils sont peu sollicités à cet égard. On aimerait aussi de temps en temps qu’il fût question du foot amateur; ou qu’on eût des éclairages sur la formation des joueurs. Rien de tel. On devine par des allusions chuchotées entre les invités (des « private jokes » comme on dit) ce qui peut bien se passer, les frasques d’untel, les petits arrangements entre copains, etc. Cette culture de l’omerta entre journalistes et joueurs (sans oublier les entraîneurs et les présidents de clubs) est évidemment de nature à renforcer la méfiance, le soupçon et le « ressentiment » du public, pour employer un mot fort prisé des bien pensants. Oui, Sonia Carneiro est fort jolie et agréable à écouter, mais elle est au service d’une pseudo-information ennuyeuse, formatée, et sous contrôle. Bref, comme dirait un philosophe, quand on voit ce dont aujourd’hui l’esprit se contente, on ne peut que mesurer l’étendue de sa perte.

Remarque fort vague et théorique au demeurant, dont il ne faut pas se contenter ! Les intellectuels d’extrême-gauche (se croyant encore un peu marxistes) nous disent que notre société capitaliste de consommation décourage l’intelligence et pousse les « individus » à n’être que des bouts de cerveaux disponibles pour la publicité. Cette critique de la « crétinisation » commerciale et de l’abrutissement médiatique-informatique, malgré quelques succès de librairie (La fabrique du crétin de Brighelli), est peu présente, peu audible même dans le milieu enseignant; par instinct de survie, par volontarisme et par optimisme forcené, par indifférence, lassitude et cynisme peut-être aussi, les professeurs se « contentent » de la médiocrité croissante de leurs élèves; certains même « s’inscrivent en faux » contre ce qu’ils appellent une assertion de type réactionnaire (« c’était mieux avant ! »), estimant par exemple que le niveau global de l’instruction s’est élevé (près de 70 % de bacheliers, contre 30 % au milieu des années 70, ces fameuses bonnes années 70 !), et que les méthodes pédagogiques sont bien meilleures aujourd’hui qu’autrefois. Il est un fait sociologique avéré que le milieu enseignant ne porte donc plus la bonne critique marxiste qui le caractérisait encore peu ou prou dans les années 80. Ce milieu s’est considérablement dévalorisé et discrédité en continuant à voter pour une gauche étatiste et mondialiste qui s’est bien moquée de lui, en le bernant de différentes façons, par des promesses et de belles intentions, toutes non tenues et perverties. Ce milieu très féminisé dégage une ambiance de poulailler surveillé par des renards ! Quand je vois un collègue débarquer en salle des profs content de lui, presque sifflotant, j’ai l’impression que c’est une poule qui vient de pondre son oeuf ! Et quand je les entends presque tous parler de leurs échelons et des 100 euros de plus ou de moins qu’ils ont touchés, j’ai la forte impression de voir des poules en train de gratter le sol et de piquer ici une épluchure, là un asticot !

De nouveau les paysans manifestent; combien sont-ils ? de moins en moins nombreux ! Quand ils parviennent à mobiliser 500 tracteurs, c’est déjà énorme; de gros tracteurs bien souvent, avec lequels ils pourraient affronter les CRS ! Mais non, ils se retiennent encore; ils n’ont pas abandonné tout espoir de négociation conjoncturelle et provisoire… Leur syndicat majoritaire, la FNSEA, à la tête duquel se trouve un manager, et non un paysan, défend la « filière », il faut comprendre l’ensemble des activités de transformation et de commercialisation des productions, sans oublier toutes celles qui agissent en amont (à commencer par les banques !). Là aussi l’image du poulailler surveillé par les renards pourrait convenir ! L’acteur et réalisateur B. Delépine était présent l’autre soir à Caen pour présenter son dernier film, « Saint-Amour », avec Gérard Depardieu, un  »road-movie » dans le monde rural et paysan. Il déclare au journaliste de la chaîne régionale: « mon père était agriculteur, et il aurait voulu lui aussi être indépendant de la filière, mais il n’y est pas arrivé, il me fit donc un jour le constat suivant, « tu vois c’est comme si je travaillais aujourd’hui pour Bonduelle, et en plus c’est moi qui paye les machines ! »

On voit, on entend surtout que les Français, dans de nombreuses activités, veulent avoir davantage de liberté, de « marge de manoeuvre »; on nous dit pourtant que l’économie mondialisée est très libérale, et presque sauvage ! Les libéraux expliquent aisément l’apparent paradoxe en affirmant que l’économie française est encore trop « dirigiste », et qu’elle est surtout handicapée par des « charges publiques » trop lourdes qui nuisent à sa compétitivité internationale. Les anti-libéraux s’interrogent davantage sur les véritables aspirations des Français; ce n’est pas d’une liberté de compétition dont ils veulent (tous contre tous !), mais d’une liberté d’autonomie (chacun chez soi). Bien sûr, dans les deux cas, la critique de l’Etat est nécessaire, mais elle ne doit pas être radicale; comme l’explique un certain Luc Le Garsmeur (co-directeur de la revue Les Cahiers de l’Indépendance), un affaiblissement de la puissance publique ne résoudra rien, au contraire, ce sera et c’est déjà la porte ouverte à des opérations de sécession sociale (voire de guerre civile) qui peuvent nous entraîner vers des espaces infinis de misère et de désolation, comme des soldats qui croyant avoir vaincu en contournant une ville brûlée se retrouvent dans des plaines désertiques et balayées par le froid…                                                     

Comédie de la critique

 

Je viens de lire le gros volume Comédie de la critique – Trente ans d’art contemporain, écrit par Jean-Philippe Domecq. C’est un auteur relativement éclectique, qui s’est intéressé à Robespierre ou au pilote de formule 1 Ayrton Senna; un bobo bien pensant, mais d’une catégorie moins massive que celle des profs qui m’entourent, et surtout, ce qui transparaît dans ses études sur « l’art contemporain », un bien pensant divergent, voire dissident d’une bien pensance institutionnelle et mondialiste autrement plus sectaire (communautaire ?) et cinglée dans une certaine mesure que celle, bien inoffensive en comparaison, de mes collègues du quotidien. Car mes collègues, avec qui je peux discuter, n’ont guère la possibilité dans leur métier d’exercer cette bien pensance qui pourtant les anime discrètement; pas plus que de mon côté je ne peux faire part aux élèves de ce que je pense de certaines sitiuations historiques ou géographiques. Nous en sommes tous à devoir nous taire plus ou moins habilement; ce silence de fond explique le formalisme de certaines discussions, où l’on se dispute sur des détails de procédures; ce silence, enfin, n’est pas forcément synonyme de calme; il ne supprime pas l’espèce de tension technique ou informatique dont sont aujourd’hui empreintes bien des relations humaines.

Domecq n’est pas le seul critique ou intellectuel à discuter et contester les modes d’exposition, d’expansion, d’inflation et de spéculation de l’art dit contemporain; Jean Clair, Philippe Muray (que Domecq ne cite jamais, je devine pourquoi), Yasmina Reza avec sa pièce de théâtre « Art », mais aussi le romancier Houellebecq dans La Carte et le territoire ont égratigné, dans des registres différents, le petit milieu du business médiatique et publicitaire des Aaaartistes ! Et c’est d’ailleurs aujourd’hui un argument des défenseurs de ce milieu; selon eux, selon elles (par exemple Catherine Millet la partouzeuse de la revue ArtPress, aussi libertaire avec son cul qu’elle est sectaire avec sa tête et même un peu « pompière » ou « pompeuse » dans sa façon d’écrire), les attaques contre l’art contemporain reflètent une régression culturelle et intellectuelle, un ressentiment social diffus mais incarné par certains, les « réacs », et bien sûr les « fachos » ! Domecq lui-même comprend le danger ou la menace de cette régression, désapprouve lui aussi cette culture du ressentiment « populiste » dont savent s’emparer certains écrivains (comme Houellebecq), mais il estime que l’art dit contemporain, par ses méthodes et ses démonstrations à la fois commerciales et autoritaires, par ses justifications « progressistes » mais aussi « démagogiques » (discours du jack-langisme), par son chantage au nouveau, au surprenant, au dérangeant qui peut intimider une classe moyenne éduquée dans un certain rejet du passé « conservateur », il estime donc que cet art érigé en discours officiel, académique, et qui bénéficie de bien des facilités financières (et fiscales ! merci Monsieur Fabius ! Domecq ne dit rien de cet aspect de la question, pourtant non négligeable !), contribue lui aussi, à sa façon, au malaise culturel et social (et sociétal) du monde occidental.

L’art contemporain ? Domecq en expose les origines historiques, le rôle déterminant de New York et de ses marchands d’art dans la promotion des nouveaux artistes au lendemain de la Seconde guerre; les Etats-Unis font de la culture des images et des symboles un instrument de leur « leadership »; Léo Castelli, « futur roi des marchands d’art », d’origine vénitienne et connaissant bien l’Europe centrale par sa femme, accompagna l’armée américaine et les services de renseignement, il fut aux avants-postes, à l’avant-garde ! de la nouvelle stratégie  »atlantique » des Etats-Unis. La place de Paris comme capitale des arts fut rapidement balancée puis avalée par la force de frappe publicitaire et commerciale des marchands new yorkais, Castelli en tête. Celui-ci s’empare du Tout-Paris, n’y a plus que des « amis », et se répand en interviews hagiographiques (avec Claude Berri par exemple). Bien sûr, pour jouer l’aaartiste emblématique du « triomphe » américain, Andy Warhol est l’acteur parfait; mais précisément, note Domecq, Warhol n’est pas dupe de cette promotion publicitaire et à la différence de bien d’autres ne se prend guère au sérieux, ou plutôt, porte sur le monde « contemporain » un point de vue très dégagé, voire « démissionnaire ». Domecq s’attaque de façon plus nette à des aaartistes comme Beuys, Stella, Raynaud, Buren (on ne sait plus très bien quelles sont les « nationalités » de ces personnages, on comprend qu’ils sont au-dessus de ce genre de contingence !) qui déversent à flot continu un discours démagogique, anti-bourgeois, anti-tradition, anti-institution, au service « d’oeuvres » (le mot lui-même est banni du discours) indigentes, répétitives, minimalistes, creuses, etc. De telles « productions », pauvres mais lucratives, soi-disant subversives mais totalement intégrées au système et au marché de l’Art, n’apportent rien à l’intelligence sensible des publics, elles n’aident pas à mieux voir ou à voir autrement. Bien au contraire, elles pervertissent le jugement critique, déconcertent le spectateur, qui n’ose rien dire ne voulant pas avouer qu’il ne comprend rien, ou que ça l’emmerde ! «  Plus les oeuvres sont cotées, et moins la critique les évalue » écrit Domecq.

L’art contemporain s’est imposé par « dissuasion consensuelle »: interdit de critiquer, silence hypocrite, conservatisme sous couvert de modernisme; Buren (et ses fameuses colonnes du Palais Royal) s’est retrouvé à la croisée d’une rhétorique terroriste soixante-huitarde et d’un discours de bourgeois modéré (pompidolisme et giscardisme !). Domecq écrit fort justement:  » Les modérés font masse et donnent force de masse à ce qui n’est pas modéré ». Ce point de vue n’est pas loin de me faire penser au livre de Abel Bonnard, Les Modérés, qui dénonce le silence hypocrite ou le verbe bien pensant des bons républicains (de gauche) des années 30, tandis que seuls les exaltés enragés fascistoïdes (Céline, Léon Daudet, Drieu…) voient venir le danger de la guerre !

Domecq n’est pas contre l’art contemporain, évidemment; il s’interroge sur ses méthodes et ses discours; il propose de l’appeler Récent’Art, caractérisé par l’accélération commerciale et financière de ses « productions-représentations », tandis que la notion de contemporain mérite de désigner de plus vastes ensembles historiques, et riches de tableaux qui n’ont rien perdu, au contraire, de leurs significations. Un extrait pour conclure:

 » Il est bien vrai que la plupart des oeuvres du Récent’Art ne résistent pas à la contemplation. Elles demandent à être appréciées sur l’intention immédiatement perçue. Cela s’appelle la culture du choc, dont Paul Valéry – un auteur du passé, il est vrai- avertissait déjà qu’elle nous éloigne de plus en plus d’un art tendant au « développement le plus complet d’une personne, et par là, de quelques autres. » A quoi il préférait:  » Tous les arts regardés longtemps s’approfondissent en problèmes insolubles. » L’époque ne serait plus aux oeuvres qui suscitent la contemplation, celle-ci serait incompatible avec le rythme de la vie contemporaine, dira-t-on. Faible réponse, là encore, et étonnante de la part d’un milieu de l’art qui a sans cesse prôné la résistance à la domination socio-technocratique  et qui, de l’avant-gardisme, a attendu une alternative aux restrictions qu’une société rythmée par la concurrence technicisée impose à notre être. Si cette forme de société laisse de moins en moins de temps à notre épanouissement, c’est un de ses maux. A cet égard, l’art peut avoir pour fonction, entre autres, de nourrir notre liberté de trouver chacun son temps, le temps. »* 

Vous sentez le bobo bien pensant, là ? Moi oui.

*: Comédie de la critique- trente ans d’art contemporain, Pocket, 2015, pp. 634-35

 

                                                                                   

Solidarité ?

 

Si j’en crois Eric Verhaeghe (1), spécialiste de l’administration, notre système de sécurité sociale souffre d’une certaine confusion bureaucratique; il se soviétise et il se dégrade. Les tentatives de réformes, qu’elles soient de gauche et en faveur d’une « meilleure  justice », ou de droite et en faveur d’une « meilleure équité », se perdent dans les mécanismes et les tuyaux de cette gigantesque structure d’administration, qui a pris depuis longtemps aux yeux des Français l’aspect déconcertant d’une oeuvre d’art contemporain ! La France, explique Eric Verhaeghe, s’est inspirée de deux systèmes qu’elle a essayé de combiner, mais qui en vérité ont produit de la confusion, et bien des désagréments par conséquent pour les administrés; le système allemand bismarckien (fin XIXe) stipule que pour recevoir il faut donner; c’est à dire qu’il faut travailler et cotiser pour « avoir droit » à différentes aides; ce système s’est développé de concert avec le syndicalisme et le progressisme qui ont fait de l’Allemagne une grande puissance moderne vers 1900; la suite fut plus chaotique. L’autre système dont la France s’inspire est celui de Beveridge, administrateur anglais qui lance en 1942 un programme d’aides publiques aux plus pauvres. Le régime de Vichy, au même moment, s’inquiète lui aussi des plus pauvres et tente de mettre sur pied une politique d’assistance que le contexte d’occupation rend très vite dérisoire. A la Libération, le gouvernement provisoire issu du CNR (Conseil National de la Résistance) decrète l’instauration d’une Sécurité Sociale qui, aujourd’hui encore, explique E. Verhaeghe, est présentée comme une grande mesure fondatrice d’unité nationale; en vérité, la CGT s’est d’abord opposée à ce système qui lui semblait menacer son hégémonie et son contre-pouvoir régulateur au sein des grands secteurs économiques; non sans raison, le syndicat communiste voyait la constitution d’une puissante administration (l’expression d’Etat-Providence n’était pas pour lui plaire) qui perdrait rapidement tout contact avec la société et l’économie réelles (la notion de « socialisme réel » anime l’idéologie communiste d’après-guerre), et s’enfermerait par conséquent dans des « logiques comptables » et « gestionnaires » de plus en plus divergentes des besoins du « peuple travailleur ». La CGT s’est tout de même ralliée au « système bismarcko-beveridgien » à la française, et le « compromis » voire le « consensus national » en faveur de la Sécu a surtout consisté, selon E. Verhaeghe, à ne pas soulever de questions dérangeantes quant au fonctionnement syndicalo-étatiste d’un système en pleine croissance ! Parmi ces questions, celle du remboursement total des personnes qui ne cotisent pas (principe beveridgien de la « solidarité » providentielle), tandis que les cotisants (classe moyenne) sont soumis à des plafonnements (principe bismarckien dégradé du « je donne de plus en plus mais je reçois de moins en moins »). Pour E. Verhaeghe, le système est à bout de souffle depuis trente ans et sera bientôt dans une phase agonisante; c’est le scénario à la grecque, ou le régime crétois, vers lequel nous allons. Que faire ? Laissons à l’Etat la gestion des plus pauvres et des maladies de longue durée (cancers, etc.), et coupons le cordon pour le reste: que chaque travailleur, donc, se responsabilise et cotise dans la caisse de son choix, comme c’est le cas avec les voitures !  

Pour en savoir plus: le blog de Eric Verhaeghe: http://www.eric-verhaeghe.fr  – ainsi que son dernier livre: Ne t’aide pas et l’Etat t’aidera- le livre noir de la sécurité sociale, Editions du Rocher, 2016.

(1): Enarque, E. Verhaeghe a travaillé quelque temps au ministère de l’Education nationale, où il s’en est pris au « mamouth » en essayant de le dégraisser; il n’a pas laissé un bon souvenir aux fonctionnaires ! Il a exercé ensuite différents « mandats », notamment au MEDEF; à la fois libéral et conservateur, technocrate mais anti-étatiste, il se fâche assez rapidement avec ses entourages professionnels respectifs ! Depuis 2012 il écrit des livres et tient son blog, prolifique.

Se responsabiliser, donc. Mais comment ? Je suis célibataire, on pourrait penser que j’ai voulu fuir les responsabilités. Cela se dit. Mais non. Plusieurs fois j’ai tenté de les affronter; sans doute mon intelligence stratégique s’est-elle révélée inadaptée à mes alliées; en amour, les liaisons sont souvent dangereuses; le goût de la volupté porte à des prises de risques. En vérité, sous une apparence de grande gentillesse rationnelle et relationnelle, je suis un homme ambigu et accessoirement pervers. Car je prête au monde environnant et extérieur des ruses qu’il n’a pas forcément. Il me faut donc faire très attention à limiter voire à supprimer toutes les occasions de cette perversité unilatérale. En celà consiste mon sens des responsabilités. Et ce n’est pas rien ! Si j’avais donc à négocier un contrat d’assurance-santé avec une société, je mettrais donc en avant la vie très prudente qui est la mienne, peu de sorties, aucune drogue, aucun alcool, sans oublier la pratique fort tranquille du vélo (là aussi prise de risques minimale). Cela dit, je peux me faire agresser à mon domicile. Et mon métier est exposé aux incidents relationnels… Mais dans ce cas, on doit faire payer la caisse de l’agresseur ! Toujours est-il que je pourrais espérer de la société d’assurances une cotisation annuelle bien moins élevée que celles que je paye aujourd’hui pour le régime général de la Sécu et la complémentaire de la MGEN !

Et la Solidarité alors ? Qu’en faites-vous ? Je vais vous le dire: c’est un mot devenu bien grand car son but est de cacher des situations honteuses et désobligeantes. C’est une tromperie et une hypocrisie. Il y a des Français, sans doute encore beaucoup, qui font et pensent « comme si… »; ils partent de principes et d’axiomes; ils vous disent Etat-Providence ! comme ces enfants qui disent Joker ! ou Pouce ! quand ils se voient en difficulté dans les jeux des cours de récréation (les jeux d’autrefois en tout cas); ces Français-là, je les connais, je les entends tous les jours, la Sécu est à leurs yeux mi-clos de dévots tartuffes une chose sacrée, mais dans une société d’incroyants et de non-pratiquants. Drôle de sacré ! Pour d’autres Français, en revanche, c’est là un fétichisme d’administration qui ne résiste pas à une analyse raisonnable, et comptable en partie, des situations dégradées d’une solidarité nationale d’apparat et d’apparatckiks !

                             

 

                                            

De Serge Aurier à la dissidence

 

Mais non, je ne suis pas du tout scandalisé par la petite vidéo de Serge Aurier, qui traite son entraîneur de « fiotte ». D’abord, je ne l’ai pas vue ! et je ne veux pas la voir ! Ensuite, cela me paraît dans l’ordre des choses: ce joueur parle comme beaucoup d’autres, il parle comme des millions d’élèves qui chaque jour insultent leurs « camarades » voire leurs profs ! Enfin, n’ayant moi-même aucun respect et que mépris total pour Laurent Blanc et le PSG-Qatar, cette petite affaire interne à ce milieu de pourris m’amuse finalement beaucoup. Continuez comme ça les gars ! Pourrissez-vous la gueule ! Ce qui m’amuse aussi ce sont les réactions des journaleux bobos, tel Pascal Praud qui ce matin exprime son « indignation » sur RTL; et qu’autrefois, dit-il, les joueurs avaient de l’éducation ! ils passaient au Grand Echiquier de Jacques Chancel ! ils devenaient journalistes ou consultants ! Mais oui, Pascal. Mais c’était autrefois*. Et nous n’avons encore rien vu ! Le foot français est en pleine décadence, et les incidents vont se multiplier.

*: lors du multiplex football du samedi soir sur RTL, les animateurs (Pascal Praud et Christian Ollivier) cultivent la nostalgie et les séquences « vintage » (années 70-80); ils ont demandé l’autre soir à leurs correspondants quels avaient été leurs premiers emplois. Au moyen des souvenirs, ils s’efforcent de ne pas trop s’inquiéter du présent. Moins nostalgique, le jeune Bertrand Latour se montre beaucoup plus virulent et « négatif » sur la situation actuelle du foot français.

Pascal Praud m’amuse beaucoup, en effet, et par-delà son boboïsme et son dandysme, je le trouve fort sympathique. Nous avons quasiment le même âge et bien des références culturelles communes; ça rapproche ! Son élocution est impeccable, il manie très bien la langue, et use de certaines manières de formuler ou de poser les problèmes qui s’apparentent à des méthodes rhétoriques anciennes, jésuitisme, scolastique, sophisme… ce que ces camarades appellent son « esprit chamallo », c’est à dire sa plasticité et sa malléabilité. A l’inverse, Pascal Praud reproche la « langue de bois » et le formalisme de mauvaise foi de son collègue Christian Ollivier; il trouve enfin que Bertrand Latour s’enferme lui aussi dans des positions dogmatiques qui deviennent même un peu ténébreuses; c’est le romantisme du jeune âge ! Pascal Praud ne se limite pas au football, on le dit très cinéphile et capable en somme de parler de tout; il possède aussi un petit don d’imitateur; enfin il écrit des billets d’humeur et des chroniques personnalisées, comme celle publiée récemment par Le Point, où il s’en prend à la police municipale de Paris qui a emmené sa voiture (une vieille 607 Peugeot) à la fourrière, pour plus de 200 euros. De nombreux lecteurs ont été outrés par cette chronique d’ordre privé alors que tant de problèmes publics se posent. Pas moi. Cette chronique m’a rendu le personnage encore plus sympathique. Dans notre société à la con, remplie de donneurs de leçons multiculturalistes, de sociologues inter-civilisationnels et d’humanistes mielleux à la Ben Jelloun, les chroniqueurs de la vie quotidienne sont ceux qui, mine de rien, disent les vérités les plus justes !

Cet exemple de Pascal Praud me permet aussi de relativiser ma critique des bobos; pas de dogmatisme en effet. Du reste, le terme bobo, à la différence de bien-pensant, désigne davantage une manière de vivre, de consommer, de se comporter, qu’une manière de penser, de parler, de voter. Certains bobos votent à droite ! A l’extrême-droite ? Qui sait ? Le boboïsme peut devenir un camouflage, comme la « takia » ! Les bien pensants en revanche sont des cons, et surtout des connasses, qui lisent Libé et Le Monde: pour l’immigration, pour le progressisme sociétal et féministe, pour l’art contemporain, pour l’Union européenne, pour le traité transatlantique, contre Poutine, contre Assad, contre l’Iran, bref, des cons abrutis, très nombreux dans le monde de l’enseignement. Je m’aperçois aussi, en lisant Jean-Philippe Domecq, de l’existence d’une autre catégorie, moins nombreuse, de bien pensants; ce sont des intellectuels qui ont échappé à l’enseignement (de masse), se sont trouvé des occupations et des fonctions alternatives, ont très vite écrit des livres publiés, des articles pour des revues de haut niveau (par exemple Esprit), et sont ainsi parvenus à s’en sortir, au sens matériel. Mais ces intellectuels ont pu observer la difficulté de leur (relative) indépendance, et la toute puissance monopolistique de l’Etat dans certains domaines, notamment celui de l’art contemporain; tout en étant bien pensant, progressiste, multiculturaliste, féministe, Jean-Philippe Domecq a été amené par ses travaux et enquêtes sur l’art contemporain à dénoncer certaines supercheries « officielles » et « administratives »; il a dû affronter un « milieu fermé » de commissaires et de professeurs staliniens; il a osé critiquer la démarche de certains artistes sacralisés et « intouchables » ! Des portes lui ont été fermées, journaux et revues, Le Monde, Libé, Les Inrocks, ArtPress, lui sont tombés dessus. Domecq est-il devenu pour autant un « dissident » ? Sans doute préfère-t-il le terme de « divergent », qui lui permet de mener et de construire une critique « constructive » ! La dissidence, en effet, peut présenter le défaut d’une certaine outrance, ou d’une radicalité qui souvent vire à l’obscénité. Voici par exemple ce qu’écrit Antonio de Almadena, philosophe castillano-ligérien d’ascendance ardéchoise:

« Dans la dissidence, comme partout probablement, on passe plutôt facilement du sublime à l’obscène, de l’aérien au turpide, y compris chez les bégueules des chrétiens catholiques. Nos dissidents nous refont alors un peu le même coup que pour les méchants hindous adorateurs d’éléphants, mais en mode zézette. L’autre, celui d’en face, représentant du système ou dissident lui-même, mais d’une autre école de pensée, se voit réduit à ses affaires de moeurs réelles ou fantasmées. Untel trompe sa femme, un autre est gay, le troisième échangiste, le quatrième a une tête de pédophile, ou de zoophile, au choix, et le cinquième, horreur, est resté célibataire sans embrasser le sacerdoce. Inutile de préciser que, fréquemment, ces arguments ne dépassent guère le simple impressionnisme. En tout cas, pour ces « dissidents » lubriques, le sexe explique tout, du moins les déviances sexuelles seraient à l’origine des déviances intellectuelles, et voilà nos « dissidents », souvent très anti-freudiens, qui barbotent en plein pansexualisme, défaut qu’ils reprochent pourtant au fondateur de la psychanalyse. Dans ce hit-parade de la déviance sexuelle, la sodomie occupe, chez bon nombre de nos amis très religieux, la première place; j’ai connu quelque vieille fille catholique néo-convertie ou reconvertie, pourtant dévergondée dans sa jeunesse, mais aujourd’hui ménopausée jusqu’au trognon, très remontée contre la débauche sexuelle, et, tout particulièrement, contre la sodomie… N’importe quel observateur indépendant, sans même avoir lu Freud, pourrait finir par trouver la chose un peu suspecte ! Passons… »

Ou comment l’on passe de Serge Aurier à la dissidence !

                       

                                    

Le Spectacle

 

Il pleut; une pluie froide et pénétrante; j’invite le réparateur d’ascenseur à venir prendre un café; il décline mais me demande s’il peut utiliser mes sanitaires, pour un besoin pressant… Faites ! faites ! Je mets la radio bien fort pour qu’il ne se sente pas gêné; je sais que l’acte de bien chier est important; et qu’on doit pouvoir péter à sa guise. Mille fois pour une, en société, il faut se retenir; autrefois, les Français expulsaient davantage; dorénavant, ils sont noués, constipés, et ce sont bien sûr les femmes qui ont imposé cette auto-censure. Mais si. Je connais des féministes de mon lycée que mes éternuements dérangent. Que je devrais me pincer le nez et me comprimer ! Et elles y vont de leur discours sur la « maîtrise de soi » et le « savoir-vivre », qui laissent à désirer d’après elles chez la plupart des hommes ! C’est vrai qu’elles nous ont aussi imposé le contrôle éjaculateur, par le muscle du périnée (Sarkozy a dû faire des exercices de renforcement sur les conseils de Carla !), et toutes sortes de façons de se comporter et de se tenir, ainsi que de parler. Bref, elles contribuent au socialement, culturellement et politiquement CORRECT ! Et c’est pourquoi j’écris; parce que je les emmerde ! Et j’écris à ma façon. Pas question de publier; ce sont elles qui maintenant font partie des comités de rédaction et décident ce qu’est le bon style et le bon contenu (de gauche forcément). Regardez les romans actuels: que du féminisme ! Et quand ce n’est pas le cas (Houellebecq), ils suscitent des centaines d’articles qui leur en font plus ou moins le reproche. Car le féminisme c’est bien, c’est le progrès, c’est l’anti-fascisme en action ! Comment ne pas être féministe ?

Je jette un coup d’oeil sur le remaniement gouvernemental: allez, encore quatre nouvelles gonzesses ! Et encore une qui nous vient du Maroc (et pas de la communauté arabe !) - Le féminisme c’est le mondialisme ! Quant à Taubira, son livre « Murmures à la jeunesse » est un grand succès, nous dit la presse; j’imagine la clientèle. Que des gonzesses, des enseignantes de gauche ! L’horreur. Je les entends d’ici, leur inculture historique, leurs fadaises moralisantes, leur civisme tatillon, leur écologisme vaseux et leurs « coups de gueule » anti-nationalistes et anti-machistes ! Les gros cons votent facho enfin ! Toujours est-il que cette propagande femelle commence à en emmerder plus d’un dans ce pays, on dit même que certaines femmes aussi en ont plein le cul !  

Il y avait de la grande femme, de la diva, hier soir à l’affiche; j’étais à l’opéra-cinéma du multiplex de Mondeville, on donnait Le Trouvère de Verdi, en direct de Bastille. Hélas ! la sublime, la merveilleuse, l’incandescente Anna Netrebko a attrapé froid, et elle n’a pu assurer le rôle de Leonora ! Stupeur et désolation autour de moi. J’ai constaté ensuite sur internet le drame que cette « défection » a provoqué; une mélomane inconditionnelle écrit qu’elle a déboursé 216 euros (la place !) spécialement pour voir et entendre la sublime Anna Netrebko, dont elle connait tous les enregistrements ! Elle est surtout furieuse que l’Opéra Bastille ait attendu la dernière minute pour communiquer l’affreuse nouvelle. Business oblige. J’apprends aussi sur internet que ce n’est pas la première fois que la grande diva fait faux bond. Bref, c’est une chanteuse chinoise qui la remplace (low coast ?). La mélomane d’internet ironise: mon tarif n’a pas été diminué pour autant !

Une fois de plus, la mise en scène est anachronique ! L’histoire du Trouvère se déroule en Espagne au XIXe; je m’attendais donc à voir des costumes éclatants, beaucoup de rouge bien sûr, et de l’or, de l’or, monsignore ! Du tout. Le connard de metteur en scène, encore un protestant culpabilisateur, a érigé un décor de première guerre mondiale, avec des soldats en vert-de-gris, des gitans à l’allure de migrants ou de déportés, et des « aérolithes » qui montent et descendent. Ces « cubes » ont horrifié une critique de Télérama, qui y a vu une ressemblance avec ceux de Berlin qui symbolisent la Shoah ! De là à ce que l’opéra fût un four ! Elle n’a pas osé. Par ailleurs, des observateurs attentifs et instruits ont ajouté que les casques des soldats étaient des casques de la Seconde guerre, et non de la première ! Mais je chicane ! Liberté artistique ! Avant-gardiste ! (et n’est-ce pas de l’avant-garde que d’habiller des soldats de 14 avec des casques de 40 ?) – Les metteurs en scène « contemporains », comme les artistes, savent toujours expliquer leurs choix (et plus leurs choix sont cons plus ils sont bavards ! – C’est ce que dit en tout cas Jean-Philippe Domecq). Je n’ai pas retenu l’explication et je m’en tape. Seulement ce décor affreusement ténébreux a fortement nui selon moi à la chaleur vocale et gestuelle des chanteurs et des chanteuses; et je ne vois pas en quoi des uniformes allemands renforcent la cruauté de l’histoire… Kolossale Finesse ! On sait bien qui plus est que la cruauté des histoires d’opéra est toujours liée à l’amour; il faut donc de la nuance, trouver un équilibre, comme l’explique le baryton Ludovic Tézier. Quant à la chinoise remplaçante, eh bien ce fut difficile; même si je ne m’y connais guère, j’ai bien entendu que sa voix n’assurait pas toutes les intonations du rôle (un rôle très exigeant). Enfin, son visage, comment dire… un visage mastoc de chinoise un peu mongolienne. Un type du public de Bastille a poussé une injure à la fin d’un de ses airs. Protestations dans les rangées. Taisez-vous ! C’est une honte ! La pauvre chinoise a donc été ovationnée, mais par pitié.

Ah, la Chine. Outre l’opéra, elle se lance dans le football; les droits télé pour le championnat chinois vont augmenter de 1000 % ! Les clubs achètent donc des joueurs occidentaux; Bertrand Latour s’étonne que certains d’entre eux, encore bien cotés en Europe, se laissent tenter par une telle expérience, uniquement financière. Mais enfin, Bertrand, on voit bien que c’est la seule motivation d’un bon nombre de footballeurs actuels. La Chine, donc, commencerait-elle à se détourner de l’économie industrielle et productive (« l’atelier du monde » comme on le lit encore dans nos manuels !) pour s’orienter vers le  »Spectacle » de la marchandise ? Sans doute. Les milliardaires chinois n’investissent plus dans le « productif » depuis dix ans; ils se « diversifient » et ils pénètrent les marchés spéculatifs occidentaux: le foot, l’art contemporain, les médias; dans ces domaines, c’est la Représentation qui compte, et non la Production. Beaucoup de joueurs comme beaucoup d’artistes sont complètement « bidons » et ne doivent leur « valeur » qu’aux images et commentaires qu’ils suscitent.                

   

                                                         

Nouveau regard sur Feuq-land

 

J’entends Nicole Bacharan, spécialiste de Feuq-land, nous expliquer les succès des candidats anti-système, Trump chez les Républicains, et Sanders chez les Démocrates: les « petits blancs » oubliés et « dénigrés » votent pour le premier, tandis que la  jeune classe moyenne, plus ou moins précarisée, vote pour le second. Mais ce sont des succès limités; la mère Clinton va bientôt pouvoir compter sur les « minorités » de la Sun Belt (majoritaires dans certains Etats), les latinos et les afros, pour se refaire un peu. Et encore, pas sûr. Quoi qu’il en soit, l’élection s’annonce plus incertaine que prévu, estime la spécialiste.

Oui, et tant mieux; ce qui se passe dans cet immense pays de Feuq-land est totalement filtré voire occulté par les médias; quand on voit et qu’on entend ce que les journalistes (vraiment ?) français sont capables de raconter sur notre petit pays, on peut deviner l’énormité du mensonge médiatique colporté de Feuq-land jusqu’à nous. Et cela donne, chez les bien pensants de la salle des profs, une « vision » caricaturale de la société américaine. Tout récemment, ma charmante collègue de sociologie (car elle n’enseigne plus l’économie depuis longtemps !) m’a fait part de son « horreur » devant les propos de Trump; mais, lui ai-je répondu, c’est le symptôme d’une société rendue dépravée, inculte, intoxiquée par le spectacle de la marchandise (ma collègue ne connait sans doute pas Guy Debord, qu’importe, je me suis fait comprendre tout seul comme un grand !). Et nous suivons le même chemin ! Dépravée ? Les bien pensants n’aiment pas qu’on sous-entende une question de moeurs et de morale dans les problèmes selon eux essentiellement voire exclusivement sociaux et sociétaux dont souffre Feuq-land. C’est la bonne et brave illusion des pédagogues qui croient que tout le monde peut réussir ! Que c’est une affaire d’inter-activité et de solidarité collective ! Mais non. Les êtres humains ne sont guère plus solidaires et inter-actifs que la plupart des animaux ! Sans doute même moins ! J’ai dit aussi: intoxiquée. Là aussi, les bien pensants sous-estiment les effets nocifs de certaines habitudes de consommation: boissons énergisantes, mal-bouffe, programmes télé de crétinisation, violence et pornographie… Education aux écrans ? Plaisanterie ! Ce qu’il faut faire ? Proposition: exiler les PDG des groupes médiatiques, les priver de nationalité (ils n’en ont pas besoin, vu ce qu’ils en font !), supprimer les chaînes commerciales, les publicités, virer tous les animateurs cocaïnés et leurs cours de petites salopes et de gigolos, bref, le grand nettoyage ! Qui peut faire ça ? A part Poutine, je vois pas.

Mais la société américaine souffre aussi, comme la nôtre, et depuis plus de trente ans, d’une effarante propagande de culpabilisation culturelle. N’oublions pas non plus, pour commencer, que sont arrivées en Amérique des populations protestantes en état de pénitence et d’angoisse, excellentes dispositions pour travailler d’arrache-pied à son « salut ». Evidemment ces dispositions furent cultivées et maintenues par des pasteurs et évangélisateurs au verbe fort, au regard inquisiteur. L’agitation commerciale et capitaliste, la jouissance des biens terrestres, spectaculaires tout au long du XIXe, détendirent sans doute un peu les ressorts de la foi; mais, note subtilement Tocqueville:  » Dans les temps démocratiques, les jouissances sont plus vives que dans les siècles d’aristocratie, et surtout le nombre de ceux qui les goûtent est infiniment plus grand; mais, d’une autre part, il faut reconnaître que les espérances et les désirs y sont plus souvent déçus, les âmes plus émues et plus inquiètes, et les soucis plus cuisants. » – Comme l’avait dit Montaigne aupravant, l’homme est une « branloire pérenne », il mène une vie qui le balance d’une idée à l’autre, d’une image à l’autre, et parfois de Charybde en Scylla. Très agités et très instables, bien plus nomades et mobiles que les Français, nous dit Tocqueville, les Américains dégagent aussi, dans leurs attitudes et sur leurs visages, une sorte de nuage de tristesse et d’inquiétude (je paraphrase un peu); peut-être moins suicidaires que les Français, ils sont sans doute plus enclins à la démence.

La culpabilisation culturelle et sociale consiste à dire, à la fois par les églises et par les médias (et du reste les deux se combinent aujourd’hui très bien à Feuq-land !), que l’homme est fait pour travailler, pour endurer, pour s’enrichir, pour jouir, et se reposer le moins possible; le RIP des pierres tombales (Rest In Peace) est là pour rappeler ce que se reposer veut dire ! Certains psychologues des phénomènes collectifs voient dans cette hantise du repos la raison de la frénésie parfois belliqueuse que les Américains mettent dans leurs actions et qu’ils souhaitent aussi parfois dans celles de leur pays. Les tableaux que Paul Morand et Céline dressent de la vie américaine des années 1920 en font ressortir la dimension trépidante, électrique et pulsionnelle; que la France est ronronnante et modérée à côté !

Mais actualisons un peu; la culpabilisation, très ancienne, sans cesse rénovée, « reboostée », a pris ces trente dernières années (et sans doute depuis plus longtemps, mais les phénomènes psycho-sociologiques ne sont pas faciles à dater) une tournure encore plus tourmentée en raison de plusieurs facteurs: – l’aggravation d’un individualisme narcissique imprégné de fantasmes, de fictions, de créativisme ludique (scolaire), qui jettent dans la vie « sociale » des idiots très vite culpabilisés: en version délinquante voire criminelle pour les uns, en version endettée pour beaucoup d’autres… – l’aggravation des inégalités de richesses et de jouissances, qui fait planer sur la vie sociale une atmosphère à la Faulkner: « cette tranquillité d’avant lynchage qu’annonce la poussière qui monte des pistes » (Jean-Philippe Domecq) – l’aggravation d’une « puissance impérialiste » et « prédatrice » qui produit des intérêts capitalistes monstrueux et menaçants, « hors-sol », « off-shore », et incontrôlables (comme dans les films où les machines prennent le pouvoir sur les hommes); cette menace fait planer sur la société une atmosphère de crainte voire d’angoisse; tout cela fort propice à une propagande de culpabilisation qui utilise différents moyens, la consommation de pillules, de drogues, la « fuite en avant » psychologique (nervosité technologique, culture de la vitesse), la fascination pour la violence et la cruauté (films), le zombisme, les sectes, la perte de réflexion et de « réalisme moral » (C. Lasch). Résultat ? La culture de la culpabilisation se donne l’apparence de l’émancipation, de la déculpabilisation (thème cher aux soixante-huitards !), mais n’en exerce que mieux et plus perversement ou perfidement son emprise et son étreinte sur les individus.

Bref, mon regard sur Feuq-land est pénétré d’inquiétude.   

            

                                                                           

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