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Archive pour septembre, 2015

Bilan de septembre

 

1) Sur le front pédagogico-économique: premières escarmouches avec des élèves récalcitrants, l’un d’entre eux prénommé Sean (très mauvais signe !) refuse d’exécuter au tableau le travail que je lui demande; au lieu de s’en trouver honoré, ce faux rebelle à l’allure nonchalante, au regard vide de petit gauchiste niais, est retourné à sa place puis est allé se plaindre ensuite auprès de la « vie scolaire » de ma brusquerie à son égard; bref, déjà une couille-molle et un idiot utile du mondialisme apatride ! « Passons outre », comme dirait Jeanne d’Arc. Mes gentilles élèves de terminale me donnent en revanche plutôt satisfaction; je leur parle de Patrick Drahi, cet homme d’affaires israélien, né au Maroc il y a 52 ans, qui est aujourd’hui le PDG d’un immense groupe de communication, de médias et de câblo-opérateurs (SFR), entièrement financé par les banques; les dettes de ce groupe, appelé « Altice », s’élèvent à plus de 30 milliards d’euros; j’explique aux élèves qu’il s’agit d’un « château de cartes » qui peut s’effondrer au moindre petit choc bancaire et boursier, mais que l’homme d’affaires Drahi ne sera jamais tenu pour responsable des faillites ou du moins des licenciements qu’il aura provoqués; au contraire, et comme Tapie, il engagera un procès contre telle ou telle banque pour avoir réalisé à la baisse des opérations de vente des capitaux. Ce système d’argent virtuel, dis-je aux élèves, ne repose que sur la confiance des banques et des bourses dans l’essor des « marchés »; elles parient sur la croissance, donc sur la consommation (abonnements à des médias) des populations. La toute petite croissance d’un pays comme la France, fait observer l’économiste Olivier Delamarche, est à plus de 70 % assurée par la consommation, et non par la production (c’est donc bien à tort qu’on parle de l’augmentation du PIB !) – Et du reste, les chiffres économiques des pays occidentaux (OCDE) ne sont que de la « com’ » !, c’est à dire que les croissances (près de 4 % pour Feuq-land !) sont artificiellement provoquées et maintenues par les banques centrales qui dopent les marchés intérieurs par des injections d’argent facile (taux d’emprunt très bas). Mais l’organisme réel des économies et des sociétés, par exemple la capacité productive des entreprises, ou bien encore  »le moral des ménages », présente bien des signes de morosité, de tensions et de dégradation, explique Olivier Delamarche…

2) Sur le front médiatico-politique: les médias plus que jamais s’enfoncent dans le mensonge idéologique et ne prêtent qu’une attention dédaigneuse à leurs contradicteurs voire à leurs contempteurs; ces derniers, tel Michel Onfray, permettent en somme aux animateurs de se poser en inquisiteurs et font le jeu finalement d’un système médiatique de plus en plus sourd et fermé aux réalités sociales et culturelles des populations (peuples ? le terme est récusé par les inquisiteurs en question). Quant à la vie politique, elle a tourné le dos depuis longtemps aux besoins et aux soucis des véritables habitants, qui travaillent et résident dans des espaces bien définis; ceux-la mêmes que Jacques Attali appelle les « résignés récalcitrants », autrement dit les « perdants » de la mondialisation qui s’enferment dans une vaine opposition aux grandes transformations du monde capitaliste post-moderne: nomadisme, migrations, mobilité professionnelle, et respect des autres… La vie politique, dont l’outil indispensable est devenu le téléphone portable, ainsi que je le dis à mes gentilles élèves, est dorénavant en communication permanente avec elle-même; narcissisme et frivolité sont aujourd’hui les deux principaux ressorts de l’homme et de la femme politiques; sans oublier le mensonge qui consiste à feindre de grandes vertus républicaines et morales au service de la nation… C’est ainsi que Hollande adresse à la nouvelle ministre de la culture, Fleur Pellerin (qui se flatte de n’avoir pas le temps de lire), le conseil suivant: « appelle Jack Lang, va aux spectacles, tous les soirs, et dis aux médias que c’est formidable ! »

Mon lycée tente plus ou moins de préparer quelques élèves (une petite dizaine) aux IEP, Instituts d’Etudes Politiques, autrement appelés « science-po ». J’ai un peu l’impression que ce genre d’école ou de formation s’adresse avant tout à la bourgeoisie, culturellement et socialement à l’aise, pleine d’optimisme et d’opinions faciles proférées par les médias du système; cette bourgeoisie connaît les codes et les règles du jeu des concours, parfois même elle connaît les sujets (mais si), tandis que les enfants des classes moyennes font preuve de maladresses, d’hésitations, et trahissent par leur expression la difficulté de leur apprentissage. Je suis allé autrefois rue Saint Guillaume à Paris à la sortie de science-po, où étudiait ma copine, et il m’était facile d’observer alors, immédiatement, l’aisance physique et la facilité de parole des étudiants; d’aucuns connaissaient même très bien les professeurs, les rencontraient en dehors des cours, et leur culture « politique » consistait en somme à communiquer les uns avec les autres; oui, ils avaient lu, rapidement, les gros livres et manuels du programme (on en trouve des résumés de toute façon), mais ils avaient surtout une connaissance tactique des revues et des articles où ces livres avaient été commentés. Quoi qu’il en soit, cette manière de procéder, très superficielle, prépare fort bien les diplômés de science-po à se mettre le plus rapidement et le plus docilement possible au service des hommes d’affaires qui détiennent le véritable pouvoir, le « hard ware »; science-po, c’est en somme le « soft ware » décoratif et médiatique de cette dépendance. Pour le dire plus crûment, un bon élève de science-po est soit une pute soit un enculé. Mieux encore, les deux ! Ainsi que l’était du reste l’ancien directeur de l’IEP de Paris, le fameux « Richie », retrouvé mort à poil sur son lit dans une chambre d’hôtel de New York !

                                                

Malgré le rugby, le foot continue…

 

Nous avons perdu de vue l’actualité du foot, il est donc grand temps de faire le point. Disons pour commencer que la situation générale ne s’arrange pas; elle était médiocre, elle est devenue exécrable. Ainsi l’OM, que j’ai voulu encourager (« Allez l’OM ! ») dans un bon mouvement d’optimisme, ainsi que le recommande Jacques Attali, qui accuse les Français de se comporter en « résignés récalcitrants », et de manquer par conséquent d’énergie et de respect, eh bien l’OM est retombé dans ses travers; les résultats sont très inégaux (12e au classement général) et des incidents de tribune et de terrain se sont produits dimanche dernier contre Lyon; l’élégant entraîneur Michel ne semble pas avoir su insuffler à ses joueurs l’esprit du fair-play. Dans beaucoup d’équipes, du reste, les comportements des joueurs laissent à désirer; les arbitres ont fort à faire, les fautes d’anti-jeu sont en effet innombrables, et les cartons rouges s’élèvent déjà au nombre de 30 (c’est à dire plus de 4 par journée de championnat, c’est tout simplement effarant !). Les applaudissements résonnent moins souvent que les sifflets et les huées; quelques journalistes (Bertrand Latour sur RTL) commencent à (se)poser des questions sur le véritable niveau des joueurs et plus encore sur leur motivation et la réalité de leur travail d’entraînement. Mais les médias, faisant partie du business général du foot, n’ont évidemment pas intérêt à trop contester le « spectacle »; et c’est ainsi que Canal Plus entretient celui-ci par des retransmissions et des émissions complaisantes (comme le Canal Plus Football Club tous les dimanches soirs) qui se focalisent sur le PSG, ses vedettes et leurs « états d’âme » qui se chiffrent en millions d’euros… Il est évident que l’immense majorité des amateurs de foot, ainsi que la plupart des entraîneurs et formateurs ne peuvent pas apprécier un pareil spectacle, mais leur désaccord n’atteint pas les sphères du copinage parisien et des plateaux télé où défilent de plus en plus de « faire-valoir » bien pensants, pour la plus grande satisfaction du bobo Pascal Praud !

Autre bobo, Yohann Gourcuff ! Ce joueur qui n’en finit pas de ne pas jouer (tout en étant payé !), petit fils à papa élevé dans un cocon, belle gueule romantique aux dribbles élégants, n’a semble t-il pas supporté le choc culturel d’un foot de plus en plus athlétique et de plus en plus musclé, y compris dans les échanges et les propos entre joueurs; le gentil et bien pensant Yohann a très vite montré les limites de sa virilité; dépourvu de punch et de « gnac » ce joueur élégant mais fragile a multiplié les blessures, rarement graves, mais suffisamment gênantes pour sa faible capacité de résistance et de « résilience ». Sauf pour Pascal Praud, il est même devenu la risée des journalistes, qui, en des termes plus ou moins contournés, s’interrogent sur la réalité talentueuse de ce joueur qui ne joue plus. Il fallait un club aussi stupide que le Stade Rennais pour proposer à Gourcuff un nouveau contrat qui pourrait le relancer, à bientôt 30 ans. Après plusieurs mois d’hésitations, telle une insupportable gonzesse se faisant désirer, le beau Yohann a finalement accepté de signer; cependant, une blessure au pied l’empêche de jouer depuis le mois de mars, et il ne parvient pas à en guérir ! Il se dit que la blessure est devenue psychologique. Le Stade Rennais doit donc encore patienter avant de voir évoluer dans son enceinte, le « Roazhon Park », cette nouvelle recrue si délicate; et tout laisse à penser que la comédie Gourcuff ne devrait pas s’arrêter là !

Le rugby ne présente pas d’aussi délicates interrogations, et j’interprète le succès de ce sport, du moins en termes d’audiences télé (mais on dit aussi que les clubs formateurs reçoivent beaucoup de demandes d’inscriptions), comme un désir collectif de valeurs physiques et morales telles qu’il est difficile de les voir appliquées dans les activités du monde capitaliste; valeurs de courage, d’engagement, de discipline, de cohésion, de puissance et de technique. Il n’est pas rare d’entendre les amateurs de rugby décrier le foot et ses joueurs qui présentent selon eux le contraire de ces valeurs; au rugby, en effet, l’esprit d’équipe est à la base du jeu; rien n’est laissé au hasard, les schémas tactiques et les combinaisons sont autrement plus élaborés qu’au football. Les joueurs, puissants (tous au dessus de 90 kg et de 1,80 m), doivent être aussi très habiles et attentifs à des dizaines de règles très précises; et à la différence du foot, les décisions de l’arbitre ne sont jamais contestées sur le terrain, bien que souvent elles procèdent d’une interprétation et d’un point de vue qui peuvent être assez vite corrigés par le recours à la vidéo.

Au rugby comme au foot, l’équipe de France est devenue ces dernières années une équipe moyenne, dont les prestations varient beaucoup; autrefois célébrée pour son jeu offensif et dynamique (« french flay ») elle pratique dorénavant un rugby statique, défensif, qui détruit le jeu de l’adversaire; des joueurs comme Chabal et Bastareaud (celui-ci joue encore) ont incarné ce « style » décrié; pour gagner la coupe du monde il manque beaucoup d’ingrédients à l’équipe de France, notamment une excellente charnière, et un buteur qui passe toutes les pénalités; il lui manque aussi et surtout des arrières capables de se faire des passes rapides et intelligentes. Quand on passe en revue les deux dernières coupes du monde, on constate que l’équipe de France n’a jamais pu réaliser deux bons matchs consécutivement; c’est une équipe d’exploits (battre les All Blacks) mais qui ne parvient pas à maintenir une discipline collective suffisante pour aller au bout; on voit mal cette année qu’il en aille différemment.

La discipline collective et la qualité du buteur, Biggar, ont permis hier soir aux Gallois de battre les Anglais sur leur terrain à Twickenham, même si ces derniers ont pu paraître dominateurs dans de nombreuses phases de conquête (mêlée et touche) et de progression par les ailes; les Gallois ont fait preuve d’une détermination extraordinaire dans le jeu au sol (rucks) et ont poussé les Anglais à commettre des fautes; l’arbitre français, M. Garces, a beaucoup sifflé, trop sans doute aux yeux des amateurs de jeu dynamique. La victoire galloise ne souffre aucune discussion cela étant.

                      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                            

Jeanne, reviens !

 

1) Un peu d’histoire: la télé publique retrace l’épopée de Jeanne d’Arc, ce que l’Education nationale ne fait plus depuis longtemps; cette héroïque figure de l’histoire de France est passionnante à plus d’un titre: son sexe, déjà, peut intriguer; comment une « pucelle » parvient-elle à fréquenter des hommes de guerre et à revêtir l’armure ? Les Anglais ne manquent pas de crier à la supercherie; un biologiste américain des années 1980 a suggéré l’hypothèse d’une « féminisation testiculaire » de Jeanne; cette anomalie donne des caractéristiques féminines à une personne génétiquement de sexe masculin. Sa condition populaire et villageoise (Domrémy) elle aussi étonne et a donc été mise en doute; son inspiration divine et ses fameuses voix continuent de faire sourire les incrédules, nombreux parmi les historiens. Mais, plus que tout, l’hommage que lui rendent le Front National et Jean-Marie Le Pen chaque 1er mai depuis plus de trente ans (« Jeanne ! Au secours ! » a crié cette année devant la statue de l’héroïne le vieux chef destitué par sa fille) contribue à maintenir l’épopée johannique en dehors de l’histoire bien pensante et de gauche voulue par l’Education nationale dirigée par la franc-maçonnerie. L’émission de France 2, présentée par Stéphane Bern, fait dire par conséquent à certains francs-maçons, ainsi Mélanchon, qu’on assiste depuis quelque temps à un « révisionnisme » historique anti-républicain de très mauvaise augure; des professeurs d’histoire se mettent à écouter Radio-Courtoisie, voire à se déclarer royalistes, et un peu partout le régionalisme anti-jacobin fait de nouveau entendre sa voix contre le centralisme parisien, étatique, énarchique, oligarchique !

L’épopée de Jeanne s’inscrit dans le contexte d’un royaume de France divisé en 3 autorités (Armagnacs, Bourguignons, Anglais), qui le pillent, le rançonnent et l’agressent. La terreur guerrière favorise l’apathie politique et les assassinats ou les arrangements entre « grands ». La population se soumet, cependant que la religion populaire redouble de prières et de dévotions, faisant craindre aux dignitaires de l’Eglise et aux clercs de l’université de nouvelles manifestations hérétiques enflammées par des incidents « miraculeux ». L’épopée de Jeanne emprunte un peu à la ferveur religieuse mais beaucoup plus à la mobilisation militaire et patriotique; l’occupation anglaise devient pesante (déjà, à cette époque, les Anglais se signalent par une certaine arrogance et vulgarité), et l’arrivée énigmatique de la jeune fille apporte un regain d’audace offensive aux troupes françaises. Le 18 juin 1429 à Patay les archers anglais sont mis en déroute; on prête à Jeanne ce commentaire sans doute apocryphe:  »on leur a mis la pâtée à Patay ! » – Ne t’enflamme pas trop vite, lui aurait répondu son compagnon d’armes, La Hire.

2) Actualités géopolitiques: si l’histoire peut prêter à caution, que dire alors des actualités ? Tissu de mensonges et de manipulations médiatiques ! Hélas, il ne suffit pas de s’en rendre compte pour s’en trouver libéré; le mal est pire, à la manière du mari découvrant les infidélités de sa femme ! Oui, je le dis, mon petit coeur de Français souffre vivement; la vue de Hollande me fait mal, entendre sa voix n’est plus possible; ses ministres me consternent, toutes et tous ne défendent ni la France ni les Français, mais d’autres gens, d’autres puissances, les immigrés soi-disant réfugiés, Feuq-land, Israël, etc. Jeanne, reviens !

J’enseigne actuellement à mes gentilles terminales un chapitre intitulé « des cartes pour comprendre le monde »; et je me suis empressé de leur dire qu’il n’en était rien, que les cartes sont toutes fausses, déformées, propagandesques, belliqueuses, grossières et grotesques ! Circulez, y a rien à voir ! La cartomanie est une maladie; à la rigueur, je veux bien admettre la possibilité poétique ou rêveuse que peut constituer l’observation d’une belle carte du monde, ou celle d’un globe lumineux posé sur sa table de chevet (ce n’est pas une carte alors !) – Mais au-delà d’un certain âge, la manie des atlas et des manipulations cartomatiques passe à mes yeux pour un loisir douteux; quant aux géographes (j’en ai rencontré) qui s’adonnent de façon frénétique et systématique à des croquis et schémas, je les tiens pour de funestes idéologues !

3) Archives littéraires: voici un livre ancien, « Lettres choisies du XVIIe siècle », présentées par le R.P Chauvin de l’Oratoire; il servait de manuel dans les écoles chrétiennes à la fin du XIXe; j’en lis quelques pages, les premières de l’introduction, elles me semblent parfaites. Extraits:  » S’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir de l’esprit, de la vivacité, le tour rapide et la main légère; il n’est personne qui ne doive traduire avec justesse ses pensées et ses sentiments. C’est la première leçon que nous offrent les maîtres du XVIIe siècle… Que de secrets et de confidences nous révèlent les lettres, lorsqu’elles sont de véritables lettres, c’est à dire un épanchement de l’âme et non une forme artificielle de composition ou un communiqué d’affaires ! Elles entrent bien plus avant que l’histoire dans le mystère de notre coeur… Et non seulement ces correspondances nous ouvrent, pour ainsi dire, des âmes d’élite, nous font entrer dans leur vie, nous dévoilent le mystère de leurs pensées et de leurs sentiments, mais elles projettent une vive lumière sur l’histoire de tout le siècle. Faits nouveaux et circonstances ignorées apparaissent; et voici que les événements connus eux-mêmes, déjà ensevelis et confondus dans un lointain gris et uniforme, se détachent de l’ensemble, reprennent leur couleur propre, leurs teintes premières et semblent ressusciter à nos yeux… Quel riche et beau pays, tout varié d’aspects, que ce XVIIe siècle !… Que de recoins ignorés tout à coup découverts ! Que de perspectives changeantes ! Quelle riche végétation de sentiments élevés et délicats ! Quels ombrages et quels parfums ! Que de sources jaillissantes, d’une fraîcheur délicieuse ! Du dehors, nous avons admiré les grandes lignes du paysage et des masses imposantes de verdure. Au dedans, tout un monde de merveilles nous surprend, nous instruit et nous charme, et, au milieu de cette variété de sensations, pour peu qu’on se recueille, on est frappé d’une religieuse admiration devant ces croyances intimes et profondes qui sont la plus grande force de la société et lui donnent sa cohésion, devant ce foyer central de chaleur, qui rayonne partout comme un fécond principe de vie morale et qui s’appelle le christianisme. »

                                         

Rapport de stage

 

Ecrit en avril 2015

Je viens de participer (très modestement) à un stage de nouvelle pédagogie; les formateurs et les inspecteurs (à plus forte raison les inspectrices) partent du « postulat » que le cours magistral ne peut plus et ne doit plus être la forme dominante et dominatrice de l’enseignement de l’histoire-géo; les élèves, disent-ils, ne veulent plus et ne peuvent plus écouter passivement un professeur, ils aspirent à des compétences plus actives, et doivent être « acteurs » de leur propre formation ! Même si le « savoir » reste la priorité, et parce qu’il reste la priorité, il faut le transmettre en sollicitant, en mobilisant des compétences intellectuelles rigoureusement identifiées et hiérarchisées; les voici dans l’ordre: mémoriser, restituer, comprendre, appliquer, analyser, créer, synthétiser. Les sept piliers de la sagesse ! Les sept branches du chandelier ? Tel est l’enjeu de la nouvelle autonomisation intellectuelle des élèves, et la raison de ma présence à ce stage… Pas si nouvelle en vérité. Voilà trente ans que les pays anglo-saxons l’appliquent plus ou moins, avec les résultats que l’on sait, catastrophiques. Les formateurs (des collègues de mon âge) s’appuient sur un auteur canadien, un certain Bloom (Blum ?), qui a échaffaudé une « taxinomie » des compétences intellectuelles à solliciter chez les élèves, sous la forme d’un tableau avec des cases; le document me tombe des mains. J’en profite pour regarder la longiligne collègue assise en face de moi, et qui, penchée sur sa feuille, absorbée par sa lecture (la concentration des femmes pour ce qui n’a aucun intérêt est pour moi une certaine cause de perplexité) laisse entrevoir un ravissant soutien-gorge noir et une non moins ravissante gorge blanche…

Ce que la taxi-chose de ce Bloom ne mentionne pas, et qui l’invalide en grande partie, c’est la distraction des élèves (et des professeurs !), leur capacité à s’échapper des cases où les pédagos veulent faire entrer leurs compétences; par ailleurs, l’intelligence ne se découpe pas en petites tranches, mais forme au contraire un mouvement, avec ses accélérations et ses ralentissements; je trouve donc bien artificiel et saugrenu cet exercice de classement, et du reste les collègues se trompent ou ne sont pas d’accord quand il s’agit de distinguer « mémoriser-restituer » de « comprendre » et « comprendre » de « analyser »; quant aux compétences finales, « créer-synthétiser » puis « évaluer », tout le monde convient qu’elles reposent essentiellement sur la capacité des élèves à écrire convenablement. Une capacité qui a beaucoup décliné ces dernières années; la nouvelle pédagogie va t-elle y remédier ? Les collègues-formateurs éludent la question.

Leurs réponses ou leurs objections partent de postulats ou de « conditions optimales »; par exemple que les élèves n’aiment plus le cours magistral et qu’ils se prêtent volontiers aux nouvelles méthodes (tables en îlots); ce qui n’est pas vrai du tout quand le cours magistral est intéressant ! Un autre postulat consiste à valoriser le travail collectif aux dépens du travail individuel; l’un des formateurs explique que les « tâches complexes » doivent être menées en classe et que le travail personnel en dehors doit être réduit voire facultatif; c’est l’argument habituel des bobos de gauche qui prétendent que le travail à la maison est sociologiquement discriminant. J’émets une objection, que certaines ambiances de classe peuvent ne pas être satisfaisantes, et qu’on travaille beaucoup mieux tout seul dans ce cas. Propos mal-pensant qui soulève un léger remou dans l’assistance (ma collègue longiligne a remonté son pull), mais sans plus, car c’est le moment de la pause-café. Sans le café je me demande si l’enseignement pourrait être encore possible.

J’observe à travers des bribes de conversation que certaines collègues (car ce sont des femmes en effet) ne prêtent plus guère attention au « contenu » des cours et sont avant tout préoccupées par le « contenant »; comme si le contenu ne posait plus aucune difficulté, ou ne devait plus en poser aucune ! L’une d’elles me parle de la « carte heuristique » et tente de m’expliquer ce que c’est en griffonnant un schéma; mon air étonné lui a fait croire que je pouvais m’intéresser à ce genre de connerie; je m’amuse de la naïveté grotesque de toutes ces bien pensantes  »Je suis Charlie » ! La taxi-machin-truc de Bloom ne tient d’ailleurs pas compte du tout de la capacité des élèves à feindre et à mentir, elle part du postulat que tout le monde est sincère ou du moins que « tout le monde joue le jeu » selon l’expression consacrée des pédagos ! Ce Bloom est décidément un piètre observateur des moeurs, et il est bien navrant que la France, pays de grande tradition dans l’analyse des caractères, des tempéraments et des physiologies, en soit aujourd’hui réduite à s’inspirer d’aussi minables auteurs anglo-saxons !

Malgré toutes mes réserves je parviens à rester tranquillement à ma place jusqu’au bout du stage; ma collègue d’en face a resserré sa monture et ne laisse plus voir que son visage oblong et austère; mon voisin de gauche est en effet de gauche et sa conversation ne présente aucun intérêt, il confond certains termes, « discours » et « déclaration », et l’on comprend mieux ainsi la cacophonie socialiste actuelle (ce voisin occupe en effet une petite fonction municipale sous l’étiquette PS)… Pour nous aider à supporter nos semblables et notre époque, quand on a compris la vanité et la médiocrité de leurs entreprises (le terme lui-même est excessif), ainsi que le caractère général fort malfaisant et belliqueux du monde, il existe des voies de sortie, de dégagement et de retraite. Certains collègues partent en vacances, parfois fort loin, d’autres restent chez eux, se reposent, lisent, écrivent, écoutent de la musique. Ils s’ébranlent doucement, comme dirait la marquise de Sévigné.

            

Eloge du décolleté

 

Oui, je sais, j’ai des copies à corriger, mais je vais de plus en plus vite, à mesure que les élèves écrivent de plus en plus mal ! Je n’ai plus la patience de décrypter leur charabia, j’écris dans la marge « rédaction à revoir ! » ou je trace un gros point d’interrogation démissionnaire, et basta ! Les causes de ce scribouillage ne sont pas si récentes qu’on pourrait le croire; certes, le niveau d’expression des étudiants continue de s’effondrer mais l’origine du problème remonte à loin, très loin; Michel Onfray estime par exemple que le jargonnage philosophique a commencé après la seconde guerre, avec Sartre ! Avant lui l’école française de la pensée était fort claire; « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » répétaient les maîtres. Dans la foulée de Sartre, les nouveaux philosophes talmudiques n’ont rien arrangé au style ! Sans oublier que les marxistes, parfois associés aux précédents, pas toujours, et s’inspirant de leur maître à penser, écrivent eux aussi de façon incompréhensible; les penseurs libéraux, en revanche, influencés peut-être par Tocqueville, ont une souplesse d’expression agréable et qui pourrait presque rendre valables leurs arguments. Quant à Clouscard, dont se réclament aujourd’hui les intellectuels dissidents, pour l’avoir un peu lu, il me faut bien reconnaître avec tristesse qu’il écrit très mal et que sa lecture m’est pénible; Jean-Claude Michéa est à peine moins désagréable. En revanche, Finkielkraut, dont je ne partage sans doute pas les idées, est un auteur d’une écriture élégante; et cette apparence, trompeuse si l’on veut, parvient justement à séduire l’amateur superficiel que je suis. C’est ainsi, on ne se refait pas; lorsque je préparais l’agrégation en 1990 (à laquelle j’ai échoué), je me souviens d’un professeur d’histoire médiévale qui résuma d’un trait ma prestation orale: « certes, vous êtes élégant, vous parlez bien, mais votre raisonnement est largement inconsistant ! » – Pour un fils de plouc, passer quasiment pour un bourgeois mondain, c’est quand même très fort ! Disons que ce fut mon époque de travesti !

Parlons des apparences vestimentaires; ma collègue de philo déplore et condamne les élèves trop légèrement vêtus, notamment les filles dont on voit les soutiens-gorges. Pas moi ! Elle estime qu’elle n’a pas à subir la vulgarité de leur… J’ai oublié la suite de son propos. En tout cas, nous avons dû subir, nous autres ses collègues, la vulgarité de son « Je suis Charlie » qu’elle portait ostensiblement sur son pull pendant le mois de janvier de cette année ! Et nous n’avons rien dit, tandis qu’elle, dotée de son petit pouvoir de prof de philo prétentieusement universaliste (et immigrationniste cela va sans dire !), elle demande à ses élèves de cacher leurs épaules et les contours de leur gorge ! Je trouve très agréable au contraire le spectacle des décolletés où il m’arrive de puiser une partie de mon inspiration pédagogique ! Pour vous en donner une petite idée, voici à quoi cela peut ressembler….

 DECOLL~1

Une belle poitrine est un ravissement pour l’esprit, c’est en effet un idéal de symétrie et un idéal de rondeur; se trouvent donc associés deux grands principes de jouissance esthétique et morale, le principe d’ordre et de régularité, ainsi que le principe de souplesse, de douceur, et de rondeur; deux principes qu’on peut admirer dans certaines architectures, dans certaines peintures, dans certains paysages et jardins. Les jeunes filles qui offrent à la vue cet idéal méritent tout le respect; car la jouissance esthétique (« une promesse de bonheur » comme dirait Stendhal) est ce qui permet de rendre supportable la non-jouissance effective de la matière ! Vous faut-il un dessin ? la photo ne vous suffit pas ? La vraie et terrible frustration serait en revanche de se priver aussi du plaisir de voir et d’imaginer. Soyons iconophiles, et merde aux puritains à la con !

Toutefois, l’affaire est délicate, ne faisons pas les bravaches ! Car la jouissance esthétique suppose et nécessite une distance (plus d’un mètre au moins !), sans quoi elle n’est plus aussi efficace; elle exige aussi une loi morale à l’intérieur de l’esprit, qui exerce son emprise sur les membres qui pourraient se tendre vers la matière en question (la paire de seins !); cette loi morale doit être solidement établie dans les entrailles de la conscience si je puis dire; cette fixation est l’affaire de l’éducation et de l’enfance. Sans cette loi solide, les autres lois, celles des codes, qui interdisent et punissent, voire sanctionnent très lourdement, ne sont pas toujours efficaces. Par ailleurs, il ne faut pas non plus soumettre la loi morale à des défis de type exotique, comme celui de Gandhi couchant avec des filles nues afin d’éprouver sa résistance à la tentation; la loi morale dont il s’agit n’est pas une loi universelle ou universaliste; elle est, je l’ai dit, une oeuvre d’éducation, limitée à un cadre géographique et historique, définie aussi par des considérations sociales, culturelles, politiques. C’est tout le danger des grands voyages exotiques, où cette loi morale peut se trouver ébranlée, si l’on peut dire. Mais elle peut aussi se trouver en danger dans son propre cadre géographique, par exemple sur une plage où seraient alignées les plus belles paires de fesses qui soient (cela peut arriver !), elle peut aussi se retrouver face au défi d’une population provocatrice, souvent jeune. Mon conseil est le suivant: il ne faut pas tenter le diable, et il faut donc fuir ces faux défis, ces offres sataniques, et ainsi vous jouirez de la clémence du Beau et du Bien paisiblement associés. Amen.

Du reste, petite mise au point historique: Gandhi n’était pas aussi exemplaire que cela, et ses défis comme celui fort connu que je viens de signaler en faisaient aussi une personnalité peu conciliante et d’un caractère hostile; il imposait à son entourage des exigences de petit chef (ce n’était pas drôle pour les jeunes filles nues dormant avec lui, elle devaient avoir froid les pauvres petites chéries !) qui nous éloignent de l’image du « guide spirituel » supérieur, « l’idole des jeûnes » ! Et comme l’a dit un de ses collaborateurs, « il faut beaucoup d’argent pour maintenir Gandhi dans la pauvreté ! » 

                                                          

Du calme

 

1) Chez ma coiffeuse: les premiers paquets de copies approchent, je vais devoir lever la main de l’ordinateur; et j’irai sans doute puiser dans mes archives pour proposer un peu de lecture à mes rares et bienveillants lecteurs. Pour me calmer de mes opinions (« historien de merde ! ») je suis allé ce matin me faire couper les cheveux; « cheveux courts, idées longues, cheveux longs, idées courtes » disait mon père. Il faut d’abord être patient, car le salon prend sans rendez-vous les clients, et j’ai beau arriver dès l’ouverture je suis toujours devancé par trois ou quatre grands-mères ! Je m’installe quand même au bac à shampoing revêtu d’une blouse verte, et là je m’apaise, je ferme les yeux, et je souris intérieurement (mais aussi extérieurement) des conversations de la clientèle âgée; on y parle beaucoup de la famille et les coiffeuses livrent elles aussi leurs impressions et leurs sentiments; c’est une bonne parole, ni trop intrusive ni trop distante, tout un art en somme, et que les professeurs seraient parfois bien inspirés d’imiter; il faut mettre un peu d’intimité dans ses cours, ne pas être guindé, grandiloquent, abstrait, soporifique; telle me semble avoir été mon évolution pédagogique au cours de ces dix dernières années, et je crois que je parviens à mieux capter ainsi l’attention de mes classes… La coiffeuse me félicite pour la bonne tenue de mes cheveux, je lui réponds que je suis très content des produits Kérastase qu’elle m’a vendus (notamment le flacon noir, « Capital Force », un peu cher mais très efficace), « c’est une excellente marque en effet » qu’on ne trouve pas dans les grandes surfaces; à la différence des femmes qui font des couleurs, avec des sortes de papillottes dans les cheveux, ma coupe est beaucoup plus rapide (un quart d’heure) et moins onéreuse (22 euros contre 67 euros pour une couleur !); en si peu de temps je ne raconte pas ma vie à la coiffeuse, nous nous en tenons à des recommandations pratiques, combien de minutes par exemple faut-il consacrer à son shampoing (au moins cinq minutes, le défaut de beaucoup d’hommes est d’être trop rapide, me dit-elle… oui, c’est vraiment un problème civilisationnel, cette précipitation dans toutes les activités… ) – Le jeune apprenti du salon, un garçon très efféminé (une vraie caricature !), ne prend pas assez d’initiatives au goût de ses collègues, il manque de confiance en lui, et perd du temps à demander quatre fois la même chose; mais ses petites manières précieuses lui valent souvent la sympathie des clientes âgées, qui lui donnent raison quant à sa prudence un peu excessive; puis s’engage un autre débat à propos de la température ambiante du salon, l’autre coiffeuse (celle qui ne s’occupe pas des hommes) a toujours chaud, tandis que la mienne s’avoue un peu frileuse, « vous savez que j’ai pris mon petit déjeuner ce matin sur ma terrasse » réplique la précédente, vraiment ? nous sommes tous un peu étonnés, et ma coiffeuse me confirme que sa collègue est toujours  »en chaleur », ah bon ? fais-je, évasivement…   

2) Au cinéma: je rentre chez moi bien reposé; un peu de vélo tout à l’heure me fera le plus grand bien. Mon dérailleur et ma chaîne parfaitement nettoyés brilleront au soleil, et si le vent n’est pas trop défavorable j’envisage de pousser un peu ma moyenne. La querelle Onfray est bien médiocre à côté d’une telle prouesse physique ! Assez d’enfumage et de confusion médiatiques, place à la limpidité de mon rythme de pédalage. Parlons vélo justement; je suis allé voir le film « The Program » consacré au système de dopage de l’équipe Armstrong sur les Tours de France; le film n’étant pas diffusé dans les salles subventionnées « art et essai », j’ai dû payer le tarif plein: 10,10 euros ! Nous n’étions que 4 dans la salle, dont un petit couple d’ados sans doute venu là pour se peloter en regardant des images de peloton… J’ai été bien déçu; il faut dire aussi que mon regard sur le vélo est fort bien averti, et que le film ne m’a rien appris, rien montré que je ne savais déjà; oui, Armstrong s’est dopé, ni plus ni moins que les autres, mais sans doute mieux, avec une influence plus grande auprès des instances dirigeantes, en raison de ses victoires et de la notoriété, donc de l’argent qu’il a apporté au Tour (le marché Feuq-land !); le film montre les transfusions et les piqûres, le « programme » du docteur italien Michele Ferrari, qui permet d’optimiser scientifiquement les efforts des cyclistes; l’acteur principal (Ben Foster), qu’Armstrong a refusé de rencontrer, s’efforce d’imiter le champion par ses expressions, son aplomb, mais ne parvient pas à pousser très loin l’illusion dès qu’il monte sur le vélo. Le film utilise par conséquent des images d’archives, avec le vrai Armstrong ! C’est la limite du cinéma. Je suis déçu, dis-je, car le public non averti va s’imaginer que le dopage scientifique suffit à faire un champion; Armstrong, le vrai, le seul, s’entraînait comme un forcené, grimpait plusieurs fois en reconnaissance les cols du Tour, et imposait à ses coéquipiers des séances d’une rare intensité. Il se comportait en patron, comme l’ont été tous les vainqueurs du Tour; je ne connais pas un seul champion qui n’avait pas un méchant caractère; même Fignon pouvait être très cassant et très désagréable. Et si Poulidor n’a jamais gagné sur la Grande Boucle, c’est faute d’avoir fait preuve de ce sale caractère et de quelques paroles bien rudes pour tenir en respect les autres.

3) Sur mon vélo: voilà, je viens d’accomplir ma tournée; ce fut une réussite; jamais en dessous de 30 (sauf en ville); le nettoyage de ma chaîne et des pignons a porté tous ses fruits; c’était un plaisir d’entendre le vélo siffler sur la route; et puis le type qui est dessus n’est pas mal non plus; je me suis aperçu rapidement dans une vitrine de boulangerie en traversant un village; grande satisfaction ! On aurait dit un vrai coureur du Tour ! Me voilà tout à fait d’aplomb pour affronter une semaine de corrections.     

                                                      

Historien de merde !

 

Je suis atterré par ce que je viens de lire dans Ouest-France, mercredi 16 septembre, sous la plume d’un historien, directeur de recherche au CNRS et président du conseil scientifique du Mémorial de Caen. Il faut citer un long extrait de la nullité de sa prose, tellement c’est assez épouvantable et effrayant:

« Je me fous qu’on me dise qu’on ne doit pas tout mélanger, que chaque situation historique est singulière. La question n’est pas de dire que les Syriens d’aujourd’hui sont les Juifs d’hier. Mais elle est de constater qu’il y avait 40 millions de réfugiés il y a soixante-dix ans… et qu’il y en a aujourd’hui plus de 60 millions… La comparaison est valable quand on constate que, dans les années 1930, les frontières de nombreux Etats démocratiques se sont fermées aux réfugiés qui fuyaient les persécutions et les menaces de mort du nazisme et du fascisme; et que ces mêmes frontières sont largement étanches pour les réfugiés de Syrie. Honte aux régimes démocratiques qui bafouent leurs valeurs ! « 

Mais de quoi parle au juste cet historien ? Les millions de réfugiés de 1945 n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui (qui ne sont pas des réfugiés ! mais des émigrants, volontaires, déserteurs, et assez riches pour payer des passeurs !) – Et quelles frontières se sont fermées aux Juifs (car c’est d’eux dont parle l’historien) pendant les années 30 ? Celles de la France ? Mais comment alors expliquer la présence de nombreux juifs allemands sous le régime de Vichy (ceux qui ont effectivement été raflés !) ? Celles de Feuq-land, oui, se sont fermées ! Et pour cause: la crise ! Tout de même une raison valable et qui ne bafoue pas du tout les valeurs démocratiques ! Au contraire elle s’efforce de les protéger. Les démocraties ont en revanche fort à craindre des déferlements migratoires, qui menacent leurs fébriles opinions publiques. Enfin, où cet historien a-t-il vu que les frontières actuelles étaient étanches ? Ce sont au contraire de vraies passoires, et il faut bien du cran aux gouvernements hongrois et slovaque pour contenir la pression migratoire !    

Mais poursuivons le « point de vue » de l’historien:  » Je me fous qu’on dise que je représente ainsi la bourgeoisie libérale plutôt nantie, loin des conditions de vie du prolétariat et du sous-prolétariat ou autres catégories en graves difficultés de nos cités et de nos campagnes. »

Quel aveu ! Traduisons: je me fous des conséquences des migrations pour les pauvres qui vont en pâtir, directement ou indirectement; moi, j’ai ma belle maison, ma résidence secondaire, qu’aucun migrant ne viendra souiller, moi je vis au crochet de l’Etat (CNRS) depuis des dizaines d’années, j’écris de temps en temps des livres que personne ne lit, des articles et des points de vue complètement crétins, mais je m’en fous, et j’emmerde le peuple français (qui majoritairement ne souhaite pas accueillir de migrants !) -    

Et il continue !   » Il y a des priorités absolues… la défense des valeurs héritées de la Révolution et de la Résistance plutôt que le rejet, la peur, le repli sur soi. Qu’avons-nous fait de notre message universaliste ? »

Pauvre mec ! Pauvre mec !!  Associer les valeurs de la révolution et de la résistance ? On croit rêver ! Et bien sûr, la rengaine des bien pensants sur la peur, le rejet, etc. Mais c’est toi le peureux, le petit intello bien tranquille dans ses douces sinécures, le ratiocineur de banalités pompeuses, le monsieur Homais de la minable république franc-maçonne qui lui octroie des médailles et des gratifications ! On aimerait te voir face aux migrants ? Connais-tu leur langue ? Ah bien sûr ce n’est pas ton problème ! Mais dans ce cas ferme-là ! Garde ton universalisme pour tes conversations bourgeoises et ne viens pas faire la leçon à des Français dont tu méprises l’existence ! Quel culot ! C’est à s’étrangler de honte ! Toi historien ? Mais tu n’es qu’un petit fonctionnaire ! un phraseur minable ! un dépravé sous des allures grandiloquentes de condescendance ! 

D’ailleurs, ta prose épouvantablement nulle et conne adopte vers la fin de l’article le fameux « on » des couilles-molles:  » On va se contenter de faire en sorte que, dans l’horreur d’aujourd’hui, celle qui a trouvé son nouveau terrain de jeu au Moyen Orient, on mette en sécurité ces hommes, ces femmes et ces enfants qui demandent simplement de vivre en échappant aux meurtres, aux viols, à la mise en esclavage, à la mort par arme chimique, à la dictature. Je me fous des logiques comptables quand la mort de masse est en marche. Debout les consciences ! » -

Mais que sais-tu de ce qui se passe vraiment au Moyen Orient ? Tu récites la propagande de BHL ! Qui a provoqué le bordel dans ces pays ? De quelle mort de masse s’agit-il ? C’est vrai, tu te fous des logiques comptables ! Des femmes et des enfants réfugiés ? Les migrants sont surtout des hommes, et jeunes… Tu n’as pas remarqué ? Tu t’en fous en fait ! Tu avais un point de vue à écrire pour Ouest-Torchon, que tu as dicté à ta secrétaire, en première classe du TGV qui te conduisait à un séminaire de bien pensants… Tu t’en tapes des migrants ! Mais attention, debout les consciences ! Qu’un historien comme toi se livre à de telles phrases nulles et creuses, à de telles assertions, n’est-ce pas une manière de vérifier la pourriture de la « classe » de bien pensants subventionnés à laquelle tu appartiens ? Je suis fort content de n’avoir jamais lu un seul de tes bouquins de merde, et de ne pas connaître la subtilité de tes analyses de fion !   

Ton mépris pour la France et les Français ne mérite aucun respect, historien de merde ! Ton blabla universaliste tu peux te le mettre comme suppo là où je pense !   

     

 

 

 

 

                     

Quand Onfray effraie…

 

Serait-ce ma paire de lunettes ? mes vêtements noirs ? ma parole discrète ? Toujours est-il que mon apparence sérieuse, responsable et outrageusement bien pensante m’a valu avant-hier d’être abordé au CDI par un collègue de français, homosexuel, pédant, précieux, pédagogue universaliste-immigrationniste (ah, la fascination pour les petits arabes…) et désireux semble-t-il de connaître mon avis sur Michel Onfray… Il a dû rester sur sa faim… C’est que je ne me livre pas comme ça au premier venu ! Emma Bovary, ce n’est pas moi !

Voilà, me dit-il, prenant un air déploré, voilà donc cet Onfray qui se prétend anti-système mais dont les opinions s’étalent partout… Et il me montre un magazine normand où le philosophe exprime son point de vue sur la réunification (il est contre), puis la Une de Libé (15 septembre) et les quatre pages suivantes, qui, sous la plume de Joffrin, veulent régler son compte à ce provincial et poujadiste « intellectuel », dont les dernières interventions ont effrayé les bien pensants. Notamment celle sur BFM TV où il s’en est pris à BHL, « les cons ça ose tout… », puis celles données au Figaro qui, selon Libé, flirtent avec les thèses du Front National et du Bloc identitaire ! Mon collègue est effaré, effrayé par tant d’impudence, « c’est un imposteur ! » -Je lui fais remarquer qu’il ne l’est pas moins que BHL, dont l’influence politique et géopolitique est autrement plus grande que celle de Onfray; comment cela ? mon interlocuteur récuse ma comparaison, car selon lui le cas de BHL est réglé depuis longtemps, en somme j’enfonce une porte ouverte ! J’adopte une moue dubitative; BHL règne sur France-culture, lui fais-je remarquer (il écoute régulièrement cette radio);  comment cela ? Certes, il n’intervient pas directement mais il a ses relais (Caroline Fourest qui chaque matin défend ses conceptions géopolitiques, un exemple, l’émission du 7 septembre: « Faut-il sauver la Syrie en bombardant BHL ? ») – Mais non ! mais non ! Tu n’as pas de preuves ! Lis plutôt les réponses très solides de Joffrin ! Ne nous fâchons pas, je vais les lire.

Effort ingrat, je ne suis plus habitué à la prose merdique de ce torchon de merde; l’argumentaire de Joffrin contre Onfray n’est guère innovant, on ressort les habituelles accusations: il n’a pas de sources fiables, il généralise, il invoque même des rumeurs et des calomnies, il devient presque complotiste, et surtout il accuse les élites d’être méprisantes à l’égard du peuple… Les psychanalystes s’étaient mobilisés autour de Roudinesco de la même façon il y a quelques années pour attaquer les remarques presque antisémites auxquelles selon eux Onfray s’était bassement livré en faisant la critique de l’oeuvre de Freud ! Mon collègue, petit certifié de province (certes hors-classe !), est très attentif et sensible aux arguments d’autorité; Onfray n’est même pas agrégé ! Je rencontre la même réaction chez la collègue de philo du lycée, qui préfère de loin écouter la prose séduisante de Raphaël Enthoven (agrégé lui !). Onfray leur donne l’impression d’être un gros plouc, poujadiste, bovin, massif, et qui en arrive à présent à citer le père Audiard (gros réac !), comme le font en général les vieux cons de droite; tandis que les belles consciences de gauche vont voir les films du fils ! Je m’efforce d’aller au bout des réponses de Joffrin, qui défendent en somme l’actuelle politique de Hollande, et le rôle méritoire de l’Etat, par exemple auprès des agriculteurs (Joffrin manifestement n’y connait rien en agriculture !); elles défendent aussi la « ligne BHL » sur le Proche-Orient; et que la photo du petit garçon mort sur la plage ne fut pas du tout un montage ou une manipulation comme le laisse entendre Onfray, puisque c’est une agence de presse turque qui l’a envoyée à toutes les rédactions d’Europe ! Vous parlez d’un argument ! Pauvre Joffrin, sous l’apparence de ses larges idées généreuses, on peut entendre les jappements d’un petit cabot qui lèche la main pleine de sucre des….  Bref, vous avez compris. Libé depuis longtemps est un journal de l’oligarchie mondialiste dont la stratégie est d’affaiblir les nations. Ses outils idéologiques ? Le cul, la drogue, la méchante musique ! Et la pédagogie des IUFM ! Et l’immigration ! Bref, l’enculage des peuples !

Cette stratégie n’est pas infaillible; l’influence de Libé a beaucoup décliné ces dernières années; à part les petits profs de gauche pédérastes, qui lit encore ce torche-cul ? Toutefois je suis vaguement inquiet sur le compte de Onfray; BHL n’a pas directement réagi à la répartie « les cons ça ose tout… », ou la chose a pu m’échapper, car je n’ai pas l’oeil constamment à toutes ces affaires (j’ai mon boulot aussi !) – BHL est un type dangereux, très dangereux. Il ne laisse rien passer. Onfray sera d’une manière ou d’une autre puni; comment ? C’est là que réside mon inquiétude. Son université populaire de Caen n’est pas protégée du tout; un djihadiste peut y débouler badaboum avec sa kalach’; tac-tac-tac ! Et salut Onfray ! Y aura-t-il ensuite dans les rues de la cité normande des défilés avec des petites pancartes: « Je suis Michel » ? Rien n’est moins sûr. L’avenir est très incertain. Et comme le ciel d’aujourd’hui, lourd de gros nuages de pluie ! Pas un temps de cycliste !

Rien de nouveau par ailleurs, mon inspectrice comme d’habitude nous communique les dates importantes des commémorations shoatiques à venir; devoir de mémoire n’oubliez pas ! Je préfère ne pas réagir et moins encore m’inscrire à quoi que soit. Vivons heureux vivons casher ? A mes gentilles élèves de terminale je montre l’extrait de l’émission entre Zemmour et Léa Salamé à propos du livre de Paxton sur Vichy; elles sont très agacées (surtout les deux petites noires du premier rang) par les interruptions de Salamé, et dans l’ensemble, elles donnent raison à Zemmour ! Comme je suis bien content ! Mon enseignement commencerait-il à porter ses fruits ? Strange fruits ?

   

                                        

Et Madame Bovary en 2015 ?

 

Dimanche pluvieux, je reste à l’intérieur sur mon canapé, Madame Bovary entre les mains; depuis quelques années, je prends goût aux relectures; du moins pour certains livres; celui de Flaubert en fait partie… Mes gentilles élèves de terminale doivent l’étudier, justement; et c’est sans doute par sympathie (souffrir avec) que l’idée d’en faire autant m’est venue l’autre jour. Quand ai-je lu Madame Bovary pour la première fois ? Ni au collège ni au lycée; probablement juste après, profitant du temps libre de l’université. J’eus l’impression, alors, de lire un roman féministe, le portrait d’une femme aimante et voluptueuse entourée de tristes bonshommes, à commencer par son pauvre mari. Puis j’en discutais un jour avec un camarade d’université qui me dit tout le mal qu’il pensait de cette connasse doublée d’une salope, de cette prétentieuse, de cette vaniteuse, de cette petite bourgeoise psychotique; ce camarade semblait avoir une expérience des femmes, surtout urbaines, qui n’était pas la mienne, car je me contentais alors de braves rurales peu farouches ! Dix ans plus-tard environ je relus la Bovary, non sans avoir entre temps lu tout le reste de Flaubert; je fus alors sensible au tableau social, aux comices, aux personnages secondaires, à Homais surtout; sans doute un goût d’historien, du moins de professeur d’histoire. Puis une troisième fois, vers 40 ans, mon intérêt fut attiré par la mise en scène, les ambiances, les descriptions paysagères, et le rythme croissant puis haletant des « aventures » d’Emma; je crois bien qu’il me fallut atteindre cet âge pour me rendre compte de la hardiesse romanesque de Flaubert, et juger par conséquent fort compréhensible que son roman ait pu être considéré à l’époque comme immoral, démoralisant, indécent. Je viens donc d’en terminer avec ma quatrième lecture de Madame Bovary. Qu’ai-je apprécié cette fois ?  

D’abord, la facilité avec laquelle Emma se donne au premier venu, à condition qu’il soit jeune, bien formé, ayant de la conversation; le diagnostic de Rodolphe, son premier amant, est impeccable: cette petite femme s’ennuie, « ça bâille après l’amour, comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine. Avec trois mots de galanterie, cela vous adorerait, j’en suis sûr ! ce serait tendre ! charmant ! … Oui, mais comment s’en débarrasser ensuite ? » – Finalement, Rodolphe y parviendra aisément, en écrivant une lettre de rupture désinvolte (« après quoi, il fuma trois pipes et s’alla coucher ») qui clouera au lit Emma pendant plusieurs semaines et la rendra convalescente de longs mois. Et c’est ce même Rodolphe, pourtant, qu’en désespoir de cause elle va voir pour 3000 francs, qui la sauveraient (provisoirement) de la faillite, du déshonneur, du mensonge. « Je ne les ai pas, chère madame » répond l’ancien amant, imperturbable. Définition de l’amour ? « Offrir ce qu’on n’a pas à qui n’en veut pas » selon Lacan, aphoriste creux; en vérité, ne pouvoir offrir ce qu’on n’a pas à qui en a terriblement besoin ! 

Deuxième appréciation, Madame Bovary est aussi (et surtout ?) un drame d’argent;  la jeune femme s’endette, avec facilité, auprès du vendeur d’étoffes, L’Heureux, qui lui offre des possibilités avantageuses, des délais, tout en la tranquillisant: « mais rien ne presse; quand vous voudrez; nous ne sommes pas des juifs ! » – La suite est connue, les dettes s’accumulent, défaut de paiement, huissiers, saisie ! L’Heureux fait le malheur d’Emma, bien plus encore que ses amants; car sans la ruine, les adultères auraient pu continuer; d’autres occasions se seraient présentées; le monde rural et provincial n’est pas un désert sexuel, tout au contraire ! ça fornique dur sous les chaumières, entre les fourrées ! La jeune femme n’en était qu’à ses débuts de nymphomanie; la voie de la débauche et de l’addiction était toute tracée ! Autre addiction, très proche, Emma est une acheteuse « compulsive », et cette névrose consumériste où se trouvent associés le désir de posséder et le désir d’être possédée, ne me semble pas avoir été suffisamment soulignée par les commentateurs; j’ai parcouru quelques sites de littérature (scolaire), lu la préface de mon édition (par Thierry Laget), examiné les critiques des amateurs ici et là, cette névrose n’est pas mentionnée; on me parle d’une femme passionnée, en quête d’idéal, souffrant de la vulgarité et de la médiocrité de son mari, on me parle surtout de son ennui et de sa langueur, jamais de sa frénésie d’achats, ni de ses innombrables impulsions, qui en font une femme virevoltante, impétueuse, et insatiable (la scène du fiacre !)… Le pauvre Charles, si routinier, si casanier, ne sait plus où elle se trouve !

Troisième appréciation, le fameux style de Flaubert, souvent présenté comme imparable, indiscutable, m’a paru au contraire bien maladroit en de nombreuses occasions; que penser par exemple de ce passage: « L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, – ouragan des cieux qui tombe sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le coeur entier. Elle ne savait pas que, sur la terrasse des maisons, la pluie fait des lacs quand les gouttières sont bouchées, et elle fût ainsi demeurée en sa sécurité, lorsqu’elle découvrit subitement une lézarde dans le mur. » ? Je n’en pense pas beaucoup de bien. Le style de Flaubert, du moins dans Madame Bovary (car il est bien meilleur dans l’Education sentimentale) est souvent déséquilibré, bancal, boiteux, les phrases manquent de souplesse et de finesse; le jeune romancier (il a entre 31 et 35 ans au moment de l’écriture) me semble avoir eu le désir d’épater un peu le lecteur, en s’adonnant à un genre de « baroquisme » et de tape-à-l’oeil stylistique, avec pléthore d’arabesques (Flaubert revient d’un voyage en Orient !) et d’effets de scène ou de situation, dont le sens échappe un peu au lecteur casanier; ainsi « Emma reprit le bras de M. Léon. Elle marcha rapidement pendant quelque temps; puis elle se ralentit, et son regard qu’elle promenait devant elle rencontra l’épaule du jeune homme… » – Donc elle n’était plus à son bras ? J’avoue être un peu perdu. Enfin, Flaubert défend à plusieurs reprises dans sa correspondance que l’auteur ne doit pas exprimer de point de vue et encore moins d’idée personnelle; qu’il doit être absent et mystérieux à la fois; pourtant, le roman contient de très nombreuses réflexions qui ne viennent pas des personnages et ne sont guère motivées par leurs actions, par exemple: « Les bonheurs futurs, comme les rivages des tropiques, projettent sur l’immensité qui les précède leurs mollesses natales, une brise parfumée, et l’on s’assoupit dans cet enivrement sans même s’inquiéter de l’horizon que l’on n’aperçoit pas. » C’est magistral ! Mais n’est-ce pas aussi quelque peu grandiloquent ? condescendant ? Le Créateur se rit de la souffrance des créatures !   

Encore une chose, qui modère mon admiration pour ce chef d’oeuvre: la première phrase « Nous étions à l’Etude, quand le proviseur entra », sous-entend cette présence magistrale et souveraine qui me gêne d’autant plus qu’elle disparaît dès la page suivante; pourquoi l’avoir suggérée ? Quant à la fin du roman, je la trouve bien faible sur le plan du style, qu’on en juge: « Quand tout fut vendu, il resta douze francs soixante  et quinze centimes qui servirent à payer le voyage de mademoiselle Bovary chez sa grand-mère. La bonne femme mourut dans l’année même; le père Rouault étant paralysé, ce fut une tante qui s’en chargea. Elle est pauvre et l’envoie, pour gagner sa vie, dans une filature de coton. » Pourquoi ce temps présent qui déséquilibre et désorganise l’impression générale d’une fatalité historique ?     

                                                 

2001-2002

 

Je me souviens assez bien, mais sans plus, de ce 11 septembre 2001; c’était un mardi, j’avais eu cours le matin, et j’étais rentré chez moi, libre pour l’après-midi; je menais déjà à cette époque une vie bien casanière, à peine dérangée par la fréquentation peu assidue mais sérieuse en apparence d’une douce et discrète compagne, qui étudiait sur Paris; le calme souverain de mon appartement n’avait pas l’ampleur résonnante de celui d’un manoir ou d’un château rural; la résidence qu’alors j’habitais m’apportait toutes sortes de petits bruits, les uns faciles à identifier, mais d’autres plus intrigants; beaucoup de très jeunes gens, des étudiantes en médecine par exemple, allaient et venaient au gré de leurs cours et de leurs fréquentations; cette activité, disons républicaine, mélange d’ambitions et de plaintes, de brefs plaisirs corporels et de sempiternels ennuis d’esprit ou de conscience, animait la résidence tout en lestant les attitudes quotidiennes, les conversations, d’un fardeau de tristesse, de morne mélancolie, de responsabilités incertaines et de tracasseries administratives.

Il est fort possible que je me fusse assoupi après mon déjeuner; dans la même pièce se trouvaient ma table à manger, mon canapé, mon bureau, un ordinateur, une télé, une chaîne hi-fi, et un meuble de rangement; à plus de trente ans je vivais comme un étudiant, ce qui peut se comprendre par le fait d’avoir mal supporté ma période universitaire, ses examens et ses concours, où tout se froisse nerveusement, sans y avoir trouvé le plaisir cartésien du travail accompli; si tout livre est en effet un objet de liberté voire de sédition morale, on finit toujours par le ranger soigneusement sur une étagère… J’allais donc à ma table classer quelques papiers, organiser un plan de cours, quand la radio allumée sur France-musique (je suis formel), interrompant son programme habituel, m’informa de ce qui se déroulait alors à New York; il devait être 14 h 30 en France et 8 h 30 là-bas. La suite de mon après-midi se passa devant la télé; les tours s’effondraient, mais pas moi; je me souviens de mon état d’esprit, plutôt émoustillé et presque voluptueux face au spectacle bien troublant de la grande puissance pénétrée dans ses flancs financiers, militaires, politiques; j’appelais ma copine, enfouie et engourdie dans ses manuels de prépa. Son attention n’en fut qu’à peine détournée; je sentis un genre de déception à ne pouvoir partager ma stupéfaction presque enthousiaste; le sexe féminin a des froideurs curieuses comme il a des chaleurs impromptues.

Les semaines et les trois mois qui suivirent, jusqu’à la fin de l’année, furent animés par l’état de guerre déclaré par Feuq-land aux terroristes islamistes, comme à leurs alliés supposés; j’avais déjà en tête tous les arguments de la critique et même de la détestation de la super-puissance, et je voyais défiler à la télé, j’écoutais sur France-culture et je lisais dans Le Monde (« Nous sommes tous Feuq-landais » de Colombani !) tous ses plus ardents défenseurs, qui jetaient sur mes arguments une huile incendiaire; quant aux dirigeants de Washington, ils présentaient à mes yeux toutes les apparences de la corruption et du mensonge; très vite, je fus sensible aux hypothèses d’un « complot »; n’ayant preuve de rien, je soupçonnais tout; mais je parlais peu. La lecture du « Choc des civilisations » de Huntington (paru en poche en 2000, pour 65 fr.) ne m’avait pas entraîné sur la pente, très glissante, d’une diabolisation de l’islam; je me faufilais entre les grandes croyances, m’esquivant et me dissimulant, non par calcul, mais parce que telle était, ombrageuse, vagabonde, épineuse, la complexion de mon esprit. « Espèce de petit renard », m’appelait parfois ma discrète compagne, que je n’osais de mon côté appeler « ma petite poule »-

La France était alors dirigée par le gouvernement Jospin qui dégageait l’apparence du sérieux et d’une certaine austérité; toutefois se produisit au cours de l’automne le match de foot France-Algérie qui fut du plus mauvais effet; le public immigré siffla La Marseillaise puis envahit le terrain en deuxième mi-temps; le mythe d’une équipe « black-blanc-beur » et vitrine de l’intégration se fracassait; les grands joueurs noirs avaient évincé les petits blancs, y compris ceux d’origine arabe; quant à la politique sociale du gouvernement (35 heures) elle ne créait pas d’emplois dans les banlieues désindustrialisées, mais favorisait une situation de déshérence commerciale, de trafics, de travail au noir, et de bouffonnerie culturelle aux accents venimeux (Jamel Debbouzze). Le sérieux même de Jospin devint synonyme de faiblesse et d’hypocrisie (« Mon programme n’est pas socialiste », « Je suis un austère qui se marre »), tandis que Chirac, occupant l’Elysée, voyait la possibilité de s’y maintenir en jouant l’argument de la modestie et de l’autorité symbolique. Tout cela était bien faible et bien creux à mes yeux; j’avais déjà compris à cette époque la soumission de la France au grand capitalisme international, aux marchés financiers, aux lobbies, à Bruxelles et à New York; les rivalités droite-gauche puis internes à chaque camp me consternaient; les protagonistes eux-mêmes n’y croyaient pas, se devinaient chaque jour davantage leurs connivences et leurs privilèges; le parti de Jean Marie Le Pen, dénonçant tout le système de « l’establishment », ne pouvait que profiter d’une telle situation de méfiance; les réparties incisives du vieux chef du Front National s’enfonçaient aisément dans le mou verbiage bien pensant de ses adversaires. Le mythe gaulliste s’était lui aussi effondré ou affaissé (Philippe Séguin) devant les grimaces ambitieuses des « french young leaders » du PS et du RPR (future UMP) qui avaient leurs entrées à l’ambassade de Feuq-land à Paris. Les Guignols de Canal Plus achevaient de rendre affligeant un pareil tableau.

J’ai tenu mon journal de 2002, dont le titre ne fut fixé qu’après les élections présidentielles: « J’ai voté Gluckstein ». Pour la première et dernière fois de ma vie, en effet, je votai (d’un geste furtif) pour le candidat trotskiste, dont les brèves interventions à la télé, lapidaires, rejoignirent en quelque sorte mon désir idéologique de faire table rase de la classe politique occupante; on ne fut pas nombreux à voter pour lui (moins de 1% je crois, le plus faible score de tous les candidats !), et le « choc du 21 avril » ne me consterna point, tout au contraire, car d’une certaine façon j’y avais contribué (en ne votant pas pour les « grands partis »). La suite de l’année apporta une autre consternation qui elle aussi fit ma réjouissance: l’élimination de l’équipe de France de foot à la coupe du monde, dès le premier tour, et sans marquer le moindre but !

                                                                                        

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